LES MEGALITHES
PIERRES DE MÉMOIRE
Jean-Pierre Mohen
.<
DÉCOUVERTES GALLIMARD
ARCHÉOLOGIE
13
M enhirs, dolmens, cromlechs
sont les noms que la légende
a donnés à ce que la science appelle
monolithes, pierres dressées, chambres
funéraires. Ces mégalithes ont été
érigés depuis sept mille ans sur
la façade ouest de l'Europe, du Portugal
à la Scandinavie, en un véritable mur
de l'Atlantique, avant d'imposer
leur présence massive et leurs mythes
tenaces presque partout dans le monde.
CHAPITRE PREMIER
LES PIERRES DE LA LÉGENDE
I nspirateurs de
légendes et lieux
de cérémonies, les
mégalithes sont au
cœur de l'imaginaire
européen. Stonehenge
(à droite) est vu
comme un centre de
cérémonies druidiques.
A Quiberon, en
Bretagne (à gauche),
les menhirs du Moulin
servent de cadre aux
feux de la Saint-Jean.
aux «pierres dressées
pour en interdire
expressément le culte.
Cet acharnement réitéré est le signe certain,
en ces temps de christianisation triomphante,
de la permanence de religions obscures. La crainte
des mégalithes provoque leur destruction. Saint Eloi
se fait le pourfendeur de ces idoles païennes. Mais
les croyances populaires sont profondes et secrètes;
elles donnent naissance à d'énigmatiques toponymes,
qui convoquent les fées, les nains, les géants et les
diables, et même parfois quelques saints locaux.
Au XVIII e siècle, les « Antiquaires » vont interroger la
Bible, première source antique de références : Moïse
ne voulait-il pas qu'on érigeât au Seigneur des autels
de pierre «où le fer n'avait point passé»? La découverte
de haches en pierre polie à proximité immédiate des
mégalithes semble une preuve : ces pierres dressées
sont bien les autels réclamés par Moïse.
La table de Pantagruel, le doigt de Gargantua
Rabelais raconte au chapitre V de Pantagruel (1532)
comment son héros, désirant dresser une table pour
y faire banqueter ses amis étudiants, prend une
grosse roche de 23 mètres de pourtour, « et la mit
Nous avons
vu quelquefois de
ces pierres appelées
pierres-caillasses ou
pierres-sottes [...] dont
les trous nombreux
et irréguliers donnent
facilement l'idée de
figures monstrueuses.
Quand les inspecteurs
des routes les
rencontrent, ils les font
briser et elles n'ont que
ce qu'elles méritent.»
L e géant Pantagruel
dresse en 1532
la Pierre levée de
Poitiers, une grande
table à banqueter
destinée aux étudiants,
plus attirés par les
nourritures culinaires
que par les nourritures
intellectuelles.
Une gravure du
XVI e siècle (à droite)
montre ce dolmen
sur lequel sont gravés
les noms des professeurs
de l'université.
14 LES PIERRES DE LA LEGENDE
G eorge Sand, en
1858, consacre
une nouvelle aux
mégalithes du Berry.
Son fils Maurice Sand
les illustre comme
de grosses têtes
intrigantes forgées
dans leur état lithique
brut et primitif.
Pierres impies, pierres bibliques
En 398 à Carthage, puis à nouveau
en 452 à Arles, en 567 à Tours, en 681
à Tolède, en 826 à Paris, conciles
p»<- CT7-nr»rGc c ( pn nrpnnpnt
DES IDOLES PAÏENNES
sur quatre piliers au milieu d'un champ, bien CEÜJ
à son aise, afin que lesdits écoliers, quand
ils ne sauraient autre chose faire, passassent
le temps à monter sur ladite pierre, et là
banqueter à force flacons, jambons et pâtés,
et écrire leurs noms dessus avec un couteau
- et à présent on l'appelle la Pierre levée». gQ&ug
Manière plaisante d'évoquer un monument
de l'époque «postdiluviale», comme on
disait alors par précaution - la référence
biblique protégeant contre le risque encouru
à évoquer ces pierres «païennes», dont le culte
a été strictement interdit par l'Eglise. En impliquant
le légendaire Pantagruel, Rabelais inscrit le mégalithe
dans une tradition française, et le monument bâti
par le géant est ainsi débarrassé de toute aura
maléfique - mais non de son origine magique.
De nombreux mégalithes racontent le temps des
géants. La Dent de Gargantua à Saint-Suliac, en
Ille-et-Vilaine, son Doigt au fort La Latte, dans
les Côtes-d'Armor, sont deux menhirs attribués
au père de Pantagruel. Géants et ogres pétrifiés
se partagent la genèse de ces pierres dressées.
L es mégalithes
de Suède et
de Norvège sont
représentés par Olaus
Magnus dans son
Historia de 1567
comme des stèles
géométriques.
Ils forment ainsi
une forêt de signes
marquant
l'emplacement des
tombes de guerriers
construites par des
géants (ci-dessus).
A. '^-iv '•.^^K^&v'^ï' •.'* : îÜ&
Fées,, sibylles et Méduse
A Essé, la Roche aux Fées est constituée de blocs
de schiste rouge transportés dans le tablier des fées
depuis un affleurement distant de 4 kilomètres.
Le menhir de Rumfort est l'une de ces pierres,
perdue en chemin. Dans la forêt de Brocéliande
se trouvent le tombeau de Merlin l'Enchanteur,
et un coffre mégalithique où s'abritait
la fée Viviane. Encore en 1660,
la sibylle de la Drenthe tenait
boutique sous un dolmen, et
ne tarissait pas de divinations
surnaturelles. En Corse, la plupart
des menhirs anthropomorphes
témoignent de la présence active
de Méduse, dont le regard pétrifiait.
Légende encore de pétrification
à Néant-sur- Yvel, où saint Méen
figea ainsi des moines débauchés; à Carnac,
les célèbres alignements seraient les restes
statufiés par le Seigneur de trois mille légionnaires
pourchassant saint Cornély. A Langon et à Saint-Just,
les mégalithes sont des Demoiselles pétrifiées
pour avoir dansé sur la lande à l'heure des vêpres; et
D écors pour les
sabbats de sorcières
(ci-dessus et à droite),
les pierres deviennent
aussi des êtres animés :
les menhirs de Carnac
vont boire le soir de
Noël à Saint-Colomban,
la grève voisine.
UN MONDE SURNATUREL 17
à Bristol, en Angleterre, le curé qui n'avait HR A
pas dit sa messe a connu le même sort.
Ces pierres dressées par voie «-* * ’ * ’
surnaturelle sont d'ailleurs souvent
animées de convulsions secrètes.
Le menhir de Saint-Martin-d'Arcé
tourne sur lui-même aux douze coups -
de minuit, celui de Culey-le-Patry KWa
ne s'immobilise qu'au chant du coq,
d'autres virevoltent pendant la messe -JnifTt*
de minuit, à Noël, ou se soulèvent
pour laisser passer, à Mesnil-Hardray, .
un cortège de jeunes filles toutes de i 5
blanc vêtues dansant la ronde au milieu
de la lande. A Carnac, les pierres se :
meuvent jusqu'à la mer pour aller
se baigner; et à Plouhinec, une fois
par siècle, à minuit le soir de Noël,
elles descendent boire à la rivière.
Mais malheur à quiconque ose vérifier
la véracité des faits ! Car les pierres sont des êtres
vivants quoique invisibles, aussi chaleureux
mip «mçrpntiRIpc;
Des pierres pourvoyeuses de santé
Pierres vivantes, les mégalithes sont des
entremetteurs de magie blanche : ces grands
monuments phalliques favorisent l'amour, la fécondité,
la santé. Nombre de légendes et pratiques liées
aux dolmens et aux menhirs
concernent la vigueur
masculine et la fertilité
féminine. Les jeunes
filles troussent
leur jupon pour
étreindre la Pierre -
de-Chantecoq ou
un pilier de
la Roche-Marie,
ou se glissent
à califourchon sur
le menhir penché
de La Tremblais à
Saint-Samson-sur-
Rance. Pour avoir
de beaux enfants,
le mari et la
femme frottent
leur ventre nu sur
les deux faces du
menhir de Kerloas
DES SYMBOLES DE FERTILITÉ ET DE VIGUEUR 19
à Plouarzel; à Nohant-Vic,
la femme stérile doit sucer
un caillou de grès rouge
provenant de la dalle
du dolmen.
Les dalles à trou
transmettent également
la vigueur. Celle de
Constantine, en
Cornouailles, est utilisée pour purifier les bébés,
que les parents passent par cet orifice pour
une renaissance symbolique garanti
bonne santé. Le «trou de l'âme» da
les tombes mégalithiques du Bassir
parisien permet de revigorer
l'esprit des défunts quand
il entre et sort
du tombeau.
Le couloir même
Lie ces tombes,
souvent condamné
par un remplissage de
pierres, a aussi été interprété
comme un lieu de passage
symbolique de messages destinés
à renforcer la vitalité des vivants
et des morts.
La christianisation des mégalithes
Ces croyances sont tenaces.
Adroitement, l'Eglise, qui malgré
son intolérance première comprend
qu'elle ne peut heurter de front
certaines superstitions, récupère
le potentiel magique des sites
mégalithiques. Un tableau du
XVI e siècle peint pour l'église
Saint-Merry à Paris montre
sainte Geneviève, protectrice de
la ville, entourée de ses moutons
au milieu d'un cercle de pierres
dressées, dominant la citée fortifiée
qui vient d'être sauvée. La religion chrétienne,
L es traditions
populaires associent
souvent aux mégalithes
une force vitale qui
favoriserait amour et
santé. Des croyances
renforcées par la forme
phallique de nombre
de ces pierres (menhir
de La Tremblais,
à gauche) qui suscite
diverses pratiques,
rondes, embrassements
ou frottements.
La ronde des femmes
(vers 1900) de Plonéour-
Lanvern, dans le
Finistère (au centre),
s'interprète sans
équivoque comme
un rite de mariage et
de fécondité. En Alsace,
la dalle en équilibre
de la Pierre aux maris
de La Baroche, que
ceux qui cherchent
un conjoint viennent
consulter, donne sa
réponse en fonction
de la façon dont on l'a
fait bouger (en haut).
On assure la santé
des nouveau-nés en les
faisant passer dans le
hublot d'un mégalithe
à dalle d'entrée perforée
(ci-dessus, le dolmen
de Trie-Château).
20 LES PIERRES DE LA LEGENDE
selon le Code théodosien de 438, a adapté ses cultes
aux lieux sacrés païens, dont les rites souvent très
anciens ont été dès lors déformés, ensommeillés
ou en grande partie effacés. Les mégalithes n'en
continuent pas moins à vivre à leur rythme de pierre.
Des croix sont sculptées ou fixées à leur sommet,
comme à Saint-Duzec, où le menhir, décoré d'un
côté de longs plis évoquant une cape, et de l'autre
des instruments de la Passion, est surmonté d'une
croix. Enfin certaines idoles de pierre sont devenues
muettes : dans les premiers textes notariaux de Saint-
Cado, dans la Bretagne de l'an mil, des mégalithes
sont réduits à de simples bornes limitant les terroirs,
repères d'une société laborieuse qui cache ses secrets.
S ainte Geneviève,
la patronne de
Paris qui au V e siècle
avait sauvé la ville
des armées d'Attila,
est symboliquement
assise au milieu de
ses moutons protégés
par un enclos - en fait,
un cercle de pierres
dressées. Ainsi apparaît
la symbolique religieuse
de ce cercle protecteur,
et l'alliance du
christianisme et
de la religion païenne.
LE TRIOMPHE DES SIGNES CHRÉTIENS 21
Des patronymes pour les pierres
Depuis le XVI e siècle qu'existent
des écrits relatifs aux mégalithes,
il apparaît que la fréquentation
quotidienne des pierres s'est toujours
accompagnée d'une volonté curieuse
d'explication. Ce n'est qu'assez
tardivement, à la fin du XVIII e siècle,
que les Bretons donnent aux
mégalithes des noms génériques :
la pierre dressée est désignée par
le nom celte de peulvan et surtout
par celui de menhir. Les pierres
dressées disposées en cercle,
appelées par les celtomanes
du nom gallois cromlech ,
constituent un cercle
magique,- celui de
la forêt de Brocéliande,
par exemple, rend
invisible aux yeux de
tous Merlin, l'amant
de la fée Viviane qui
l'y a enfermé.
La Tour d'Auvergne,
un Breton passionné
d'antiquités, adopte
en 1792, pour qualifier
les tables des festins des géants, un
nom finistérien : «L'énorme pierre qui
couvre ce monument de l'Antiquité
s'appelle, dans notre langue, dolmin»
(ou dolmen , la table). Le même
ensemble est dit Hunenbedden
(lits de poules) ou Riesengrabern
(tombes des géants) dans les pays
germaniques. Chacun, incapable
d'imaginer l'antiquité des mégalithes,
les affuble d'un nom tiré de ses
racines - fort postérieures à l'érection
des pierres. On emprunte cairn
au breton pour désigner un massif
D eux personnages
sont agenouillés,
en prière, face à un
menhir. Mais au
sommet du mégalithe
a été ajoutée une croix,
et la pierre elle-même
s'orne d'une peinture
illustrant la passion
du Christ : en haut, les
outils et les emblèmes
du sacrifice du fils de
Dieu; au centre, la
crucifixion. La ferveur
religieuse païenne
inspirée par l'énorme
pierre dressée est
devenue chrétienne.
Le menhir de Saint-
Duzec, à Plomeur,
en Côtes-d'Armor (ci-
dessous), est l'un
de ces exemples
de monolithes
christianisés.
22 LES PIERRES DE LA LÉGENDE
de pierres recouvrant une tombe mégalithique.
Carnac tire ainsi son nom du cairn, ou tumulus
Saint-Michel, qui domine la commune.
Ainsi sont désignés les deux grands types
d'architecture mégalithique : celui des tombes,
ou architectures fermées, et celui des pierres
dressées, ou architectures ouvertes. En réalité,
les premières, par leur orientation et leur façade,
présentent également une ouverture sur l'espace
environnant, tandis que les menhirs accueillent
parfois à leur base des offrandes qui rapprochent
des architectures fermées.
Après le temps des légendes, le temps.
de la pseudo-histoire : la naissance du druidisme
La Tour d'Auvergne avait écrit dans Les Origines
gauloises , publié en 1796, à propos des dolmens :
«C'est sur de tels autels, où l'art ne disputait
presque rien à la nature, que les Gaulois, au rapport
de Diodore de Sicile, juraient leurs traités, et que
les druides, leurs prêtres, sacrifiaient à la divinité,
choisissant le plus souvent des hommes pour
victimes. » Voilà que s'expliquaient les ossements
humains trouvés à la base des piliers des dolmens !
Le même auteur cite aussi César à propos des
druides qu'il fait se rassembler à Carnac, parmi
ces «monuments» de pierre. C'est ainsi que
se répand un druidisme «historique», tout
aussi fictif que le druidisme poético-religieux
L es auteurs antiques
avaient créé la
notion de druide
pour désigner dans
la société celtique les
savants et les devins
qui présidaient aux
sacrifices, arbitraient
les grands conflits
et diffusaient, grâce
à leurs dons de poètes,
les messages inspirés
par les dieux. A partir
du xvm e siècle, la
figure du druide, prêtre
aux longs cheveux
blancs et à la barbe
abondante vêtu
d'une grande
chasuble, est associée
aux monuments
mégalithiques,
leur donnant une
dimension religieuse
et rituelle. Cette vision
romantique marque
pour longtemps
l'orientation des études
sur les mégalithes.
L'iconographie en
prend le relais, faisant
du druide et de la
druidesse les servants
d'une religion liée
aux pierres (ci-dessous,
une scène druidique
devant un dolmen).
RITES ET SACRIFICES
de Stukeley dans la première
moitié du XVIII e siècle.
Chyndonax, archidruide :
tels sont les nom et titre
<.|ue s'est attribués William
Stukeley ( 1687-1 765 ),
membre du clergé
dans le Lincolnshire. ; : '
Cet original pense
pouvoir lire dans la
topographie paysagère des sites d'Avebury
et de Stonehenge les symboles druidiques
de la société patriarcale. Il publie en 1725 son
L es découvertes
d'ossements
humains dans les
dolmens ont accrédité
l'idée qu'il s'agissait
bien d'autels sur
lesquels on sacrifiait
des victimes
humaines. C'est ce
thème qu'illustre
la gravure de Gustave
Doré (ci-dessus).
Le xix e siècle a aussi
imaginé des druidesses,
tenant à la main la
faucille pour couper
le gui - référence
à ce que rapporte
César dans La Guerre
des Gaules. Le terme
même de druide
semble issu du mot
grec drus, qui signifie
« chêne sur lequel
pousse le gui».
Et à la cueillette
du gui correspondait,
selon Pline, un rituel
magico-médical
proposant entre autres
comme moment
idéal de la cueillette
le sixième jour de
la lune.
24 LES PIERRES DE LA LÉGENDE
•- **<*##***,
W •• O ,"Vv
CJp
///\
S tukeley s'est fait
représenter sous
l'effigie de Chyndonax,
archidruide, qui veut
faire la synthèse entre
la chrétienté, la
religion juive et
la religion des
druides telle
qu'il la ,•*
reconstitue. »*.«*
Le goût de l'autorité théocratique
de William Stukeley
// s
/. P h.
Vy et re
^ ^ rlnnnp
//
Dans son histoire du monde, il pense
que l'idolâtrie des Phéniciens et
des druides doit maintenant se
conjuguer avec l'enseignement
de Moïse, de Platon et de l'Eglise
réformée anglaise. La monumentalité des cercles
de pierres symbolise l'autorité du Père de la religion
initiale ou «cause première», dont provient
t ^« Sa vision
philosophique
religieuse a
donné naissance
à l'ophiolâtrie,
ou culte du serpent,
puisque c'est la forme
de cet animal que
Stukeley reconnaît
dans les alignements
de pierres dressées,
en particulier à
Avebury, dans le sud de
l'Angleterre (ci-contre,
au centre et à droite).
premier ouvrage, Itinerarium Curiosum.
Loin de commencer une exégèse historique
des textes antiques qui mentionnent les druides,
Stukeley veut rassembler les églises à la gloire
du Christ, y compris la religion juive, et la
religion druidique, ou chrétienté patriarcale
'jA* 'JÏrtiù u&- **
LA VISION DE STUKELEY 25
le Sauveur sous la forme traditionnelle
d'un serpent, représenté par les alignements
des monolithes d'Avebury. Le culte
du serpent ou ophiolâtrie est au cœur
de la religion mégalithique, selon
Stukeley. En 1781, Henry Hurle, en
accord avec Stukeley, crée l'Ordre
des druides, qui se réunit encore /„
aujourd'hui régulièrement
à Stonehenge le jour *
du solstice d'été.
Vers la fin de sa vie, 0 • « * t V*
Stukeley rencontre * %
lames Mac Pherson,
l'« inventeur» du poète
gaélique Ossian, à l'origine du fantastique
romantique et de la celtomanie. Toute
une époque s'enthousiasme pour ce
curieux syncrétisme qui
mêle mythes celtes et
chrétiens. La forte
influence de Stukeley,
le prêtre druidique, sur
son chantre William
Blake, le barde orphique,
illustre l'aventure
9
rr£-Jr*ùt- Satrift e* ef*4t
\\
intellectuelle de
la Jérusalem judéo-
chrétienne et de ses ^
prêtres, alliés avec Avebury
ou Stonehenge et ses druides
celtiques. Le poète se réclame NTx.
de l'anarchie qui inspire l'âge d'or
et le prêtre dévoile l'ordre sacré.
Le druidisme inventé par Stukeley
est donc une réflexion poétique et sacrée
originale, qui ne se rattache en rien à la science
des druides, ces prêtres gaulois connus par
César au I er siècle avant J.-C.,
c'est-à-dire un millénaire et /fa
demi après la fin de l'utilisation
cérémonielle des monuments
mégalithiques.
I mprégné par
l'iconographie
religieuse, Stukeley
représente en 1759
les sacrifices des
druides devant
Stonehenge à la fois
comme une crucifixion
chrétienne (la victime
humaine, tel le Christ
sur la croix) et comme
un sacrifice païen
(l'animal sur le bûcher).
Y».
's*.
•N
***£:.<
JX JL VJ-
t'rvm tJu Jtuu Jàài 5r.
26 LES PIERRES DE LA LÉGENDE
Druidisme,, celtomanie et sectarisme
Le druidisme mystique de Stukeley transcendait
les chauvinismes. En revanche, au début du siècle,
les rassemblements sur le site de Stonehenge,
le temple solaire, motivent des foules rassemblées en
de véritables sectes. Le 24 août 1905, la «grande loge
druidique de l'ancien ordre» visite pour la première fois
le site pour l'initiation de masse de 650 à 700 frères,
qui doivent connaître le mot de passe, et de 256 novices.
Les rites commencent par un banquet, et la musique
joue La Marche des druides, spécialement composée
nonr l'occasion.
A la suite de
la renaissance
de ces mouvements
druidiques, des
rassemblements se
forment à Stonehenge
pour fêter le solstice
d'été. Ce renouveau
est particulièrement
spectaculaire lors de la
cérémonie du 24 août
1905 (ci-dessous).
DES RASSEMBLEMENTS D'INITIES 27
Des druides gallois habillés de blanc se rassemblent
ainsi autour de la pierre de Pontypridd Rocking. Les
autorités craignent des dérives politiques. En 1910
d'ailleurs, le parti travailliste organise une
manifestation autour de la même pierre.
Depuis 1928, en Cornouailles, des bardes vêtus
d'une chasuble bleue officient au centre du cercle
de pierres dressées de Boscawen-Un. Stonehenge
reste aussi un centre fréquenté par les adeptes du
culte druidique. Le 21 juin 1914, le superintendant
du Wiltshire y interdit une réunion organisée par
le grand druide, qui doit quitter les lieux. Depuis
cette date, le site de Stonehenge, devenu propriété
L e monument
devient le cadre
privilégié d'un rituel
qui met en scène des
personnages habillés
de longues chasubles
blanches, brandissant
des crosses et de longs
bâtons. Une vision
typique du début
du XX e siècle, qui n'a
rien à voir avec
les rituels antiques
ou préhistoriques
dont nous ne savons
pratiquement rien.
28 LES PIERRES DE LA LEGENDE
d'Etat, est l'objet de mesures de protection face
aux débordements des fidèles du druidisme, qui
se rassemblent le jour du solstice d'été, et face
à l'enthousiasme provoqué par ces cérémonies.
Ainsi, en 1969, deux mille motards rejoignent
les druides pour célébrer le soleil. En 1974, cette
cérémonie du soleil attire encore les représentants
de nombreuses religions adeptes de
Bouddha, d'Allah, de Jésus, de la Terre,
de l'environnement, d'Oglolala, une
divinité océanienne, et même d'un
dieu sioux. La foule est telle que la
cérémonie doit être interrompue, /àjfi
En Bretagne, les druides •
fréquentent certains lieux
sacrés comme la tombe
mégalithique de Merlin
dans la forêt de Brocéliande
où se mêlent ésotérisme
et célébration de la geste
d'Arthur. D'autres groupes ** < r ^
druidiques se réunissent '<
D ans la chambre
dolménique de
la Table des Marchand
(à Locmariaquer,
Morbihan), la dalle
de chevet est décorée
de crosses symboliques.
Si les motifs en
sont fidèlement
rendus par la
gravure qui illustre
les Voyages
pittoresques et
romantiques dans
f / l’ancienne France,
parus en 1845,
l'auteur ne
cherche pas
à en donner
d'explication. A
notre époque, le
mythe du menhir
. perdure, puisqu'il se
retrouve jusque dans
la bande dessinée
d'Astérix.
DES CROYANCES BIEN ANCREES 29
A new dawn for the Stonehenge Druids’ ritual
dans la forêt celtique des Carnutes, sans référence
à un quelconque mégalithe. Il en est de même
des druides de la forêt de Saint-Germain-en-Laye
qui adorent le soleil et les arbres séculaires.
Le druidisme inspire encore des sectes de création
récente, pour lesquelles les mégalithes sont une
source d'inspiration ésotérique, avec des
connotations parfois bien équivoques.
La subjectivité de cette approche des grosses
pierres est telle que les signes piquetés présents
sur certaines dalles et constituant l'art mégalithique
- l'une des clés qui rendent accessibles les
intentions des constructeurs - sont à peine signalés :
incompréhensibles, ils n'intéressent pas les celtomanes.
Au XIX e siècle, Prosper Mérimée exprima ainsi son
désarroi après une visite des dalles décorées de
Gavrinis, dans le golfe du Morbihan, «couvertes de
dessins bizarres, des courbes, des lignes, droites, brisées,
tracées et combinées de cent manières différentes...»
A Stonehenge,
le culte druidique
se perpétue (ci-dessus,
un rassemblement,
le 22 juin 1987, c'est-
à-dire le lendemain
du solstice d'été). Les
observations et études
réalisées sur ce site
n'ont fait qu'éveiller la
curiosité des nouvelles
sectes et celle des
archéologues. Le
mystère du cycle solaire
auquel il faut sans
douteiajouter le cycle
lunaire est, pour les
druides initiés habillés
de blanc, l'occasion
de se recueillir et
de rassembler
autour d'eux toute
une population
d'adorateurs du soleil.
31
Q uand en 1825, l'abbé Mahé,
chanoine de Vannes, s'adresse
directement aux mégalithes :
«Parlez... mais parlez donc», il se fait
le porte-parole de ses confrères les
«Antiquaires», membres des sociétés
savantes qui viennent de se créer
pour se consacrer à l'étude du passé,
et en particulier des mégalithes.
CHAPITRE II
ANTIQUAIRES ET SAVANTS
L a passion des
mégalithes pousse
les «Antiquaires» à
interroger directement
les monuments en
les observant sur place
(à droite, à Gordom's
Edge, en Grande-
Bretagne) et en
pratiquant les
premières fouilles
(à gauche, à Udleire,
au Danemark).
32 ANTIQUAIRES ET SAVANTS
Sous le feu du rationalisme
Au début du XIX e siècle, Jacques de Cambry remet en
cause les délires poético-religieux de Stukeley et leur
oppose le rationalisme révolutionnaire des Antiquaires.
Pour faire parler les pierres, ceux-ci partent du
principe qu'elles méritent d'être étudiées avec plus de
pertinence : il faut rechercher leur nature géologique,
en explorer les parties cachées dans le sol, se
préoccuper de leur environnement archéologique
et astronomique. L'Académie celtique naît en 1805
et Cambry en est le premier président. Elle se
transforme cependant dès 1814 en Société royale
des Antiquaires de France, changement révélateur
de l'évolution des mentalités vers
une recherche plus historique.
A partir de 1830, le
gouvernement de Louis-
{ Philippe sent la nécessité de
nommer un inspecteur pour la
surveillance et le classement des monuments.
Prosper Mérimée est ainsi le premier inspecteur
général des Monuments historiques et découvre
lors de ses voyages, en particulier en Bretagne,
que les pierres mises en œuvre à l'époque
préhistorique constituent une véritable /
architecture. En 1867, les préhistoriens, Æj: aM
rassemblés en Congrès à Paris, adoptent Æ > •'Æ
le terme de «mégalithe», proposé
par la Société polymathique du
Morbihan, nouvellement créée.
En 1879, le Comité pour la — \
conservation spéciale des Monuments SRI
mégalithiques est annexé par le ministre des Beaux-
Arts à la Commission des Monuments historiques.
Le temps des fouilles
Vers 1600, des ossements humains avaient bien été
découverts à Stonehenge, mais l'Eglise considérait
alors que les exhumer serait un sacrilège. Ce n'est
qu'au début du XIX e siècle que sir Richard Colt
Hoare et son chef de fouille W. Cunnington peuvent
se consacrer à l'exploration des grands tumulus de
P armi les trésors
recueillis dans les
tumulus de la région
de Salisbury, où
se trouve également
Stonehenge, figurent
ces ornements de
l poignards et ces
parures en or.
On les date vers
2000 avant J.-C.,
période de l'âge
du bronze qui
vit l'apogée du grand
site cérémoniel.
Les fouilles des
tumulus entraînent
la constitution
de collections, les
premiers classements
d'objets et le début
des chronologies.
la région de Salisbury, au sud
de l'Angleterre, où le Devizes
Muséum va recevoir la collection
d'objets archéologiques issus
de ces recherches. Suivent
Pitt Rivers dans l'East Dorset,
Thomas Bateman dans le
Derbyshire, Canon William
Greenwell dans le Yorkshire
dont la collection est
aujourd'hui au British
Muséum. Toute l'Angleterre est jÆ
ainsi passée au crible des A
L'archéologie est devenue
désormais une science officielle, ‘
qui passionne même les L / ««8 SHgal
souverains. Le roi Frédéric VII
Zélande sur la
tombe exhumée dans
la tranchée creusée
de part en part d'un
tumulus de l'âge de bronze.
En France, Napoléon III crée il
permettra d'expliquer
ces monuments et les
cérémonies qui s'y
étaient déroulées.
L'INVENTION DES «MÉGALITHES» 33
S ir Richard Colt
Hoare (à gauche)
et W. Cunnington
(ci-dessous) assistent
à l'exploration, à la
pelle et à la pioche,
d'un tumulus arasé
de la région de
Stonehenge (aquarelle
de Philippe Crocher,
1807, ci-contre). La
méthode est expéditive
mais elle a eu le mérite
de fournir des objets
dont l'interprétation
archeologiqut
dans les turm
dessinées et s
présentées so
de planches p
dans les revui
sociétés savai
Les objets pei
ainsi être con
et étudiés par
communauté
LES PREMIÈRES COLLECTIONS 35
en 1862 le musée des Antiquités nationales de
Saint-Germain-en-Laye : il reçoit entre autres
collections celle du baron de Baye, constituée
dans les hypogées de la Marne, et celle que
Du Chatellier a patiemment rassemblée dans
le Finistère lors de fouilles de monuments
mégalithiques. Le musée de la Société polymathique
du Morbihan présente les objets découverts par
ses membres, tandis que le tout nouveau musée
de Carnac rassemble les collections de James Miln,
un Ecossais associé au jeune Breton Zacharie Le Rouzic.
La passion des fouilles ouvre une ère faste pour
l'étude des mégalithes, désormais renouvelée sur
des bases concrètes et objectives. Malheureusement,
les méthodes des fouilleurs, malgré un sens pertinent
de l'observation, sont expéditives et destructrices.
Il y a alors trois façons d'explorer un tumulus :
r creuser au sommet un puits
pour atteindre la tombe
directement, pratiquer une
grande section ou tranchée
à travers tout le tumulus
ou encore... raser
le tumulus !
Z acharie Le Rouzic
(ci-dessous),
par son activité
rigoureuse de fouille
et de restauration
des dolmens, est
l'un des fondateurs
de l'archéologie des
mégalithes bretons.
L a fouille
d'un tumulus
(ci-contre, en 1844,
près d'Aylesford,
Grande-Bretagne)
s'apparentait à une
véritable chirurgie :
les ouvriers
' creusent
à la pelle et
à la pioche une
tranchée qui
éventre le
tertre jusqu'à la
tombe centrale,
tandis que
les Antiquaires
en chapeau
commentent
les travaux
' (ci-contre).
36
37
Mégali thomania
C hristophe Paul
de Robien ( 1698-
1756), magistrat au
Parlement de Bretagne,
peut être considéré
comme l'initiateur
de l'archéologie
bretonne; le premier,
il s'interroge sur
les monuments
mégalithiques
qu'il interprète déjà
comme des tombeaux.
Le recueil manuscrit
de ses relevés rend
compte de l'état de
ces monuments
au xvm e siècle :
à gauche, les différents
dessins du dolmen
de la Roche aux Fées ;
ci-contre, dans le
registre du milieu,
les monuments
de Locmariaquer
- en particulier le
Grand Menhir brisé
et le dolmen de la
Table des Marchand;
ci-contre, en bas,
les alignements
de Carnac. C'est dans
ce même site de Carnac
que Jacques de Cambry
fit entreprendre des
recherches (pages
suivantes). Paru en
1805, son ouvrage
Le Monde celtique
le montre en train
d'examiner, de
mesurer, d'interpréter
des monolithes aux
formes exagérées.
Avec Cambry,
représentant typique
des Antiquaires, naît
la «mégalithomania».
42 ANTIQUAIRES ET SAVANTS
ALIGNEMENTS
CAVAl /£
CAR N AC
MENEC
VI HAN
ALIGNEMENTS
CARNAC
Seuls les vestiges les plus
importants, appelés «fossiles
directeurs » car typiques d'une
époque, sont recueillis, sans
relevés précis. Objectif de
la fouille : retrouver la forme
initiale du monument et le
dater, en recueillant les pièces
exceptionnelles qui viendront
garnir les vitrines du musée.
Relevés et cartes postales
Comme toute architecture,
les monuments mégalithiques
étudiés commencent bientôt
à être mesurés et relevés.
Dès 1762, le comte de Caylus
demande aux ingénieurs des
ponts et chaussées d'établir
les plans et profils des pierres
«gauloises». L'ingénieur
Duchesne prend en charge
le relevé isométrique
de la célèbre Pierre levée
H enri de Cleuziou
est connu au
xix e siècle pour ses
livres à vocation
populaire, où il
vulgarise les travaux
récents sur les origines
de l'homme. Lui-même
s'intéresse aux
alignements de Carnac.
A gauche, son plan de
l'alignement du Ménec
indique avec un grand
réalisme la disposition
des pierres dressées par
rapport au parcellaire.
Cette carte va de pair
avec une coupe
transversale du
même alignement
(ci-dessus, dans
la partie supérieure)
avec ses menhirs
encore en place
en 1873. La coupe
transversale du dessous
est celle de Kermario
avec ses menhirs
tels qu'ils apparaissent
en 1874.
CARTES, PLANS ET COUPES 43
COUPES
TRANSVERSALES
me’mec.
de Poitiers, pour avoir des données plus précises que
les «douze toises en carré, et d'épaisseur quatorze
pans» de Rabelais... Des mesures précieuses sont
notées en 1860 par les Anglais Lukis et Dryden,
sur un plan des alignements de Carnac, avant que
les pierres ne soient abusivement relevées.
Le goût des chiffres se répand. Un tableau des
dimensions des quinze mégalithes les plus imposants
est publié par Gabriel de Mortillet, avec en tête
le Grand Menhir brisé, évalué à 340 tonnes et à
P our le comte de
Caylus, l'ingénieur
Duchesne dessina
la Pierre levée
de Poitiers, de face,
de profil et de dessus,
selon les angles
axiométriques
(ci-contre). L'œuvre
maîtresse de Caylus
dans le domaine de
l'archéologie reste son
Recueil d’antiquités
égyptiennes, étrusques,
grecques, romaines et
gauloises paru à Paris,
en sept volumes entre
1752 et 1768. Il y
exprime l'idée que «les
monuments antiques
sont propres à étendre
les connaissances»,
autant que les textes des
historiens. Les dessins
méthodiques de ces
monuments peuvent
être considérés comme
les sources d'une
réflexion typologique
et archéologique.
44 ANTIQUAIRES ET SAVANTS
20,50 mètres de haut. Les mesures d'angle
caractérisant les alignements ou les entrées des
tombes intéressent le capitaine Devoir, un marin
qui cherche une relation entre les architectures
et les astres. En 1894, de Mortillet décompte
6 192 mégalithes en France, dont 3 450 dans le
Morbihan. Dans les îles Britanniques, on
dénombre 900 cercles de pierres dressées.
L'intérêt des scientifiques pour les mégalithes
se popularise avec l'édition de cartes postales
dont l'âge d'or coïncide avec l'Exposition de
Paris de 1900. Une première étude est réalisée à
E sprits originaux
et passionnés,
les Antiquaires
se réunissaient dans
les sociétés savantes
qui s'étaient créées
dans toute l'Europe.
En instituant en 1830
une Inspection
des Monuments
historiques, l'Etat
français officialisait
la préoccupation
de sauvegarder
le patrimoine dont
faisaient partie les
mégalithes. Un souci
de protection que
l'on retrouve dans
les îles Britanniques,
au Danemark, en
Allemagne et dans
la péninsule Ibérique.
L'étape suivante fut
l'acquisition par l'Etat
de certains de ces
monuments afin de
les protéger et de
les mettre en valeur.
En témoigne ce
montage de dix
photographies (1888)
représentant des
monuments
mégalithiques achetés
par l'Etat français : les
alignements de Carnac,
le fameux Menhir brisé
de Locmariaquer et
divers dolmens étayés
en vue de travaux
de consolidation.
INVENTAIRES ET PUBLICATIONS 45
partir de 1 200 cartes représentant des
monuments bretons et de nombreux
personnages pittoresques. La photo typie,
procédé apparu en 1890 et préfigurant
l'off-set, permet alors de donner un état
précis de chaque monument important
et de son paysage environnant.
Phénomène universel ou religion
mégalithique?
A la fin du XIX e siècle, la découverte
de mégalithes hors d'Europe occidentale,
combinée à la méthode analogique,
qui tente d'établir des filiations d'un
monument à l'autre, soulève l'hypothèse
d'une religion mégalithique : des prêtres-
marins missionnaires l'auraient répandue
sur tous les continents, à partir de l'Egypte ou
de la Mésopotamie, voire de la Grèce, berceaux
de ces constructions géantes que sont les pyramides,
les ziggourats et les tholos. Dès 1872, James
Fergusson publie Rude Stone Monuments, synthèse
d'une enquête mondiale : comme en Europe, les
■«géants» ont construit des tombes mégalithiques en
Corée ou en Inde, et apparaissent tels les héros d'une
mythologie universelle, tant il est tentant d'établir
des filiations entre les différents monuments.
La relation de ces architectures avec la mort
se précise cependant peu à peu, tout au long de
la première moitié du XX e siècle, de même que
la certitude d'une volonté d'organisation, visible
notamment dans les orientations
astronomiques. Puis l'invention des
techniques de datation physico-
chimique, à partir des années
1950, attire l'attention
sur les importants
gggr écarts dans le temps
v entre l es différents
foyers mégalithiques.
VU,. , .QUUtS -U..
L e succès de
l'ouvrage de
James Fergusson était
dû autant au texte, qui
prouvait l'universalité
des mégalithes, qu'à
l'illustration soignée,
qui donnait à voir
des monuments pour
la plupart inconnus,
avec souvent un
personnage pour
en indiquer l'échelle :
en haut, un trilithe
à Tripoli (en fait,
un pressoir antique
à huile d'olive!),
ci-dessus, un grand
caveau mégalithique
en Inde. En bas,
à gauche, dans le
Caucase, un dolmen
à dalle d'entrée
perforée d'un hublot
rappelle certaines
allées couvertes
du Bassin de Paris.
46
48
Stoneheagtf. This is said to hâve been buüt as a Temple for tho worship of the Sun 8,700 ;
ago. Others say that it was erected in tho roign of Aurelius Ambrosius King of Britain, 4!
commémorât© the defeat of the Britons by Hengist. The stones are supposed to hâve been brc
from Ireland by tRe Magio of Merlin.
CAKN'AC
175. CARNAC — DolœeABt Menhirs de Kermario,
•c^r if //*«- I
P our la seule région
de la Bretagne, plus
de 1 200 cartes postales
ont été publiées entre
1900 et 1926 sur le
thème des monuments
mégalithiques, fierté des
communes (ci-contre,
Camac). Le phénomène
affecte aussi bien
d'autres régions
européennes. Le grand
intérêt des cartes
postales est qu'elles
montrent les
monuments dans leur
paysage et souvent leur
contexte humain avec
les enfants, les femmes
et les hommes en
costume traditionnel
donnant l'échelle de
ces grosses pierres. Cet
état des lieux, souvent
de qualité au niveau
des prises de vue et
des tirages, constitue
une documentation
essentielle pour
la connaissance de
ces vastes ensembles.
Les photos prises par
Adrien de Mortillet
(le fils de Gabriel)
en 1893 dans la région
de Sartène, en Corse,
(pages précédentes)
prouvent cet intérêt
pour les mégalithes
dans toutes les
provinces françaises.
Le dolmen est celui
de Fontanaccia.
Quant au site de
Stonehenge, en
Angleterre, il devient
un lieu touristique
dès le début du siècle :
les cartes postales en
font foi.
de mégalithes
51
E ntre les V e et II e millénaires avant
notre ère, le mégalithisme d'Europe
>ccidentale a connu plusieurs phases
le développement caractérisées par
les types architecturaux spécifiques,
concernant à la fois les dolmens, ou
chambres mégalithiques, et les menhirs,
>u pierres dressées. Ces monuments,
vénérés pendant des siècles, ont
parfois subi des transformations et
des reconstructions.
CHAPITRE III
TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
L e dolmen à portique,
avec les deux piliers
supportant un énorme
bloc de couverture, type
architectural datant
du IV e millénaire, est
caractéristique du
nord-ouest de l'Irlande,
(à gauche, le dolmen
de Groleck). A l'origine,
les blocs étaient
recouverts par les
pierrailles d'un tumulus,
que les fouilles
modernes permettent
de retrouver (ci-contre,
sur le site des
Fouillages, à
Guernesey).
52 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
Polémiques autour d'une
datation
En 1955, sur le promontoire de Plouézoc'h, au nord
de Morlaix dans le Finistère, le long tumulus de
Barnenez - 70 mètres et onze chambres à couloir,
construites selon un plan circulaire en pierres sèches
complétées par quelques dalles - est menacé de
destruction. Un tertre voisin similaire vient de
disparaître. La menace impose de dater
scientifiquement ces énormes vestiges de pierre.
La méthode du carbone 14, inventée en 1949
par l'Américain Libby, est appliquée à Barnenez
et les résultats obtenus sur des charbons de
bois étonnent la communauté scientifique
le monument, aménagé en deux phases,
date du milieu du V e millénaire avant
J.-C. Plusieurs archéologues
refusent l'évidence,
prétendant que
[ y es datations
k -L/au carbone 14
pk réalisées sur
llQi des charbons
de bois trouvés
sur le sol ancien
du monument de
-y l'île Carn dans le
W Finistère
(ci-dessous)
indiquent une
fréquentation du site
entre 4400 et 4200 avant
J.-C., ce que confirme
la céramique trouvée
sur place (à gauche).
Cet amas de pierrailles
architecturées,
recouvrant des
chambres funéraires,
est appelé « cairn •>
en breton, d'où le nom
de l'île.
uennoc
Carn,
OH i KUlb MILLE ANS D'ARCHITECTURE
Quelques années plus tard,
en 1973, à Bougon (Deux-Sèvres),
dans un pays calcaire favorable
à la conservation des ossements
humains, des datations au
carbone 14 sont réalisées à partir
des ossements de deux tombes (les 4000 arç. J. c.
tumulus E et FO) : les résultats sont
compris entre 5040 et 4390 avant
J.-C. A l'évidence, le mégalithisme
a commencé en Bretagne et dans le
centre-ouest de la France vers 4500
avant J.-C., voire parfois auparavant!
Les datations - si anciennes 3000
qu'elles soient - des mégalithes
seront par la suite confirmées,
en particulier grâce à la méthode
de thermoluminescence, qui évalue
l'âge de la dernière cuisson des
poteries et qui est testée, entre
autres, sur des échantillons du
monument I de Poço de Gateira
et d'une tombe voisine du Haut-
Alentejo, au Portugal. Le gigantisme
mégalithique, en cours de découverte
dans le dolmen daté
au carbone 14
d'Alberite
(Cadix), est ainsi attesté
dans la péninsule ibérique
dès le V e millénaire avant
J.-C. et pose le problème de
l'autonomie de certaines
évolutions locales.
Ces datations physico-
chimiques remettent
définitivement en cause
toute influence orientale,
en particulier celle de la
Grèce mycénienne (tombe
des Atrides). André Malraux
résuma parfaitement
l'importance que
L e mégalithisme
est l'une des formes
les plus anciennes
de l'architecture
sacrée. A preuve,
cette comparaison
entre les premières
constructions
monumentales en
Orient (tour de Jéricho,
mastaba et pyramide
d'Egypte, ziggourat
mésopotamienne)
et les grands cairns,
les tumulus à chambre
mégalithique carrée,
les allées couvertes et
les cercles de pierres
dressées.
DES MONUMENTS ANTERIEURS AUX PYRAMIDES 55
prirent tout à coup les architectures mégalithiques
e n décernant, lors d'une visite au monument de
Ihirnenez, le titre de «Parthénon mégalithique»!
I )ès lors, la question cependant s'imposait :
d'où viennent ces architectures mégalithiques?
I )es «protomégalithes »...
I I semble que le caractère collectif des coffres
sépulcraux d'époque mésolithique (VIII e -V e
millénaire) de Téviec et d'Hoédic en Morbihan
évoqué au Portugal les cimetières de Muge et au
I )anemark les sépultures collectives de Bôgebakken
t de Skateholm. Est-ce le point de départ au
V e millénaire avant J.-C. de la sépulture
mégalithique? Les sépultures en pleine terre,
sous dalle mégalithique à un ou deux squelettes
(région de Malesherbes, Loiret) ou à squelettes
multiples placés sur le ventre (Pontcharaud, près
de Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme), datées de
la seconde moitié du V e millénaire, introduisent
l'usage des grosses dalles, mais n'offrent pas encore
la monumentalité des tombes mégalithiques.
Les coffres du type de Saint-Martin-la-Rivière
(Vienne) sont également aménagés dans une fosse,
L a façade atlantique
de la péninsule
Ibérique, de la Galice
au Portugal,
présente des formes
mégalithiques dès
le V e millénaire
avant J.-C. Les pierres
dressées, décorées
de cercles piquetés
disposées en cromlech
à Almendres, près
d'Evora, au Portugal
(à gauche), se
rapprochent des
monuments similaires
de Bretagne et de
Grande-Bretagne.
De même, les grands
dolmens de Viseu
(ci-dessous, toujours
au Portugal) sont
à la fois originaux par
le plan de la chambre
et proches des autres
grandes architectures
mégalithiques de
l'Ouest atlantique.
56 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
sous le niveau du sol; dans l'ouest de l'Europe,
ils peuvent être protégés par des tertres, comme dans
le tumulus complexe des Fouillages (Guernesey)
ou encore dans les longs tumulus morbihanais
de Saint-Michel et du Moustoir, à Carnac, ceux
du Mané-er-Hroeck et du Mané-Lud, à Locmariaquer,
ou ceux de Tumiac, à Arzon. Les grandes
architectures « protomégalithiques » combinent donc
le coffre funéraire - d'origine mésolithique dans
la zone atlantique et néolithique ancien en Suisse
- et le long tumulus
monumental, forme
très ancienne de
la première moitié
du V e millénaire avant
J.-C. en Bretagne et
dans le centre-ouest
de la France, peut-
être apparentée aux
longues structures
palissadées des
nécropoles de la
Haute-Bonny, à Rots
(Calvados), et de Passy
(Yonne) dans l'est du
Bassin parisien.
... aux mégalithes
La tradition du long tumulus protomégalithique
durera pendant tout le quatrième millénaire avant
J.-C., au Danemark et en Grande-Bretagne. Mais dès
le milieu du V e millénaire, le tumulus de Barnenez,
tout en s'inscrivant dans cette continuité, innove.
A la place des coffres apparaissent des chambres
L e tumulus
de Barnenez
possède toutes
les caractéristiques
de l'architecture
mégalithique :
la monumentalité,
la présence de
sépultures collectives
(plan en haut, à
gauche) et l'utilisation
de grosses pierres
(ci-contre, intérieur
d'une chambre). Le
tumulus, architecturé,
a été construit en deux
phases, vers 4700 avant
J.-C. pour la partie
ouest et 400 ans plus
tard pour la partie est.
LES CRITÈRES DU MÉGALITHISME 57
sépulcrales faites de grosses pierres
ouvertes vers l'extérieur par un couloir
d'accès et propres à des rites collectifs.
Ces trois critères - tumulus, rites
funéraires collectifs et grosses pierres -
caractérisent l'architecture mégalithique.
La genèse du mégalithisme semble bien
liée à la sédentarisation, vers 6000 avant
J.-C., des nouveaux agriculteurs porteurs d'un mode
de vie né au Proche-Orient et en quête de terres
fertiles. Arrêtés par la façade atlantique, ils ont dû
inventer une solution pour survivre et gérer une
sédentarité permanente. En organisant le culte
des ancêtres grâce à ces monuments, les hommes
ont légitimé leur possession d'un territoire tout
en affirmant leur identité culturelle.
L e tumulus Saint-
Michel à Carnac,
surmonté aujourd'hui
d'une chapelle, recouvre
des coffres sépulcraux
sans couloir d'accès,
forme archaïque par
rapport aux tombes
de Barnenez mais sans
doute contemporaine.
58 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
L a forme sépulcrale
la plus simple est
celle du coffre ou
ciste (dessin du haut),
limité par des dalles et
protégé par un tumulus
bordé de grosses pierres
(ci-dessous, en photo,
le tumulus arasé du
Manio III à Carnac,
avec sa bordure de
Typologie de l'architecture mégalithique
Depuis les cinquante dernières années, des
inventaires systématiques sont rédigés à la suite
de vastes campagnes de fouilles, en Allemagne
du Nord, en Irlande, dans les îles Britanniques,
en Bretagne, dans la péninsule Ibérique, à Malte...
Grâce à la confrontation des observations menées
lors de ces investigations, les archéologues ont pu
établir une classification
des architectures
mégalithiques en Europe
occidentale - celles des
dolmens, c'est-à-dire ce
qui reste des tombeaux
lorsque le tumulus
protecteur a disparu,
et celle des menhirs,
ou pierres dressées.
Un aménagement
simple et fermé, coffre ou ciste, de plan carré
ou rectangulaire de dimensions modestes,
formé de dalles protégeant les restes d'un
ou le plus souvent de plusieurs squelettes,
est à l'origine de la «chambre dolménique».
Cette forme simple est très répandue, enterrée
ou couverte d'un tumulus, à Monchique en
Algarve (Portugal), à Carnac, aux Chamblandes
en Suisse, au Danemark, en Angleterre.
Au stade suivant, la chambre «dolménique»
proprement dite est caractérisée par des
dimensions assez importantes (2 à 6 mètres et
parfois plus). Elle est accessible par un couloir
pierres et son coffre
central). On trouve
ensuite des chambres
sépulcrales à couloir
d'accès, soit circulaires,
soit quadrangulaires
(dessins ci-dessus et
monument ci-contre
de la nécropole de
Champ-Chalon en
Charente-Maritime).
L'ÉVOLUTION DE LA CHAMBRE SÉPULCRALE 59
ou vestibule, depuis
l'entrée aménagée sur
la façade du tumulus.
La tombe était donc
fermée ou ouverte
pour permettre
de nouvelles
inhumations,
répondant ainsi
à une fonction
funéraire collective.
Les archéologues
ont établi leur
classification d'après
le plan de la chambre.
Le dolmen à
chambre ronde et
couloir est construit
en pierres sèches, et
son plafond est en
encorbellement. Des dalles renforcent
le couloir et le pourtour de la chambre.
Cette forme architecturale, fréquente
dans l'Ouest de la France (à Barnenez,
par exemple) est apparue au début du
V e millénaire, mais se prolonge encore
au IV e millénaire. L'usage de plus en plus
fréquent de larges dalles pour remplacer
les pierres sèches entraîne le passage
du plan circulaire au plan hexagonal,
comme au Portugal.
Le dolmen à chambre rectangulaire
et couloir traduit une évolution vers
un mégalithisme plus marqué, car il est
formé de grandes dalles, pour la chambre comme
pour la couverture. L'augmentation de la taille des
dalles situe en effet le niveau de mégalithisme.
La démultiplication des chambres autour d'un
même couloir aboutit au type irlandais des « Court
dolmens » : deux à quatre chambres rectangulaires
simples alignées dans un même tumulus à façade
concave formant une «Cour», et même à des plans
transeptés comme celui de Newgrange, fréquent
D u plan simple
quadrangulaire,
les chambres à couloir
passent à des phases
plus complexes comme
le plan «transepté».
L'exemple de
Newgrange, vers 3000
avant J.-C. (photo ci-
dessus, plan d'ensemble
du tumulus et détail
du plan de la tombe),
montre la disproportion
entre l'architecture
fonctionnelle interne
et la monumentalité
externe, conçue pour
impressionner la
communauté.
60 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
également dans les
Orcades, en Angleterre
et en Pays de Loire.
L'élargissement et
l'allongement de la
chambre dolménique
sont manifestes avec le
type angoumoisin (région d'Angoulême) et le type
angevin (région d'Angers), où l'on trouve les plus
mégalithiques de tous les dolmens : ceux de la Roche
aux Fées et de Bagneux ( 1 7,30 mètres sur 4,25 au sol,
sur 2,5 mètres de haut). Ce gigantisme se retrouve au
sud de l'Espagne avec la Cueva de Menga à Antequera
et avec le dolmen d'El Pozuelo à La Huelva.
L'allongement seul des chambres donne des formes
architecturales en couloir. Le dolmen allongé du type
de Midhowe dans les Orcades possède un couloir
axial. En Allemagne du Nord et dans les Pays-Bas,
les dolmens sont majoritairement pourvus de
couloirs latéraux. En Bretagne, une forme particulière
de dolmen allongé et coudé possède aussi un
couloir latéral (les Pierres plates, à Locmariaquer).
L'allée couverte,
enterrée ou pas, a pour
originalité l'existence
d'un vestibule entre
un couloir court et
la chambre.
L a Roche aux Fées
(ci-dessus), avec sa
chambre rectangulaire
(19,50 mètres sur 6
et 4 mètres de hauteur
extérieure), représente
l'apogée de la
construction
mégalithique dans
l'ouest de l'Europe, au
début du IV e millénaire.
Son couloir axial, assez
court, est moins long
et moins haut que
la chambre dont il est
isolé par un portique.
L'allongement des
chambres se retrouve à
la fin du IV e millénaire
dans une région limitée
de Bretagne avec
le dolmen long et
coudé des Pierres
plates à Locmariaquer
(ci-contre).
I
DOLMENS ET ALLEES COUVEKits 01
L / allée couverte est
1 vers 3000 avant
J.-C. une chambre-
couloir allongée,
bordée, et le plus
souvent couverte,
de dalles de même
hauteur. L'entrée, dans
l'axe du monument,
se fait à travers un
vestibule parfois séparé
de la chambre par une
dalle-hublot. Certaines
allées couvertes sont
enterrées comme celles
du Bassin parisien
(ci-dessous, la Pierre
Turquaise à Saint-
Martin-du-Tertre,
Val-d'Oise, avec
ses dalles de grès
qui devaient affleurer).
D'autres allées
couvertes, celles de
Bretagne, de Belgique
et de Westphalie,
construites au niveau
uz, iKUia iviiLLt ANS D'ARCHITECTURE
H ■ 4000 ans av. J. G.
• 3000 ans av. J. C.
o 2000 ans av. I. C
Callanish
t nrfess-Brogar
aes Howe
Bygholrû Norremj
Groenhc
Ncwgrânge
ênge /
.odgeA
@La Chaussée-Tirancourt
Les Mounouards, Le Mesnil-sur-Oger
'Ce Razet, Coizard
Passy
Aillevans
® . .5 ' -y ? ■
Chamblandes
îcharaud 2
.ugasson
Roaix
Arïes-Fontvielle
* Orgon S~s
Lamalou, Rouet
Pépieux® ®
Pilitosal
PP ço de Gateira
tKtalaia
kneira 4, Monchique
LosMillares
Anfequera
*£l Tudons Anghelu Ri
.erra d'Alto
San An<
:araque
Barranquete
-pllücio
Roknia
/ Hal Saflièm, Malte
Ggarttija, Gozo ’ >;
Tàrxien, Hagar Kim, Malte’
L'EUROPE DES MÉGALITHES 63
L / hypogée de
Coizard, dans
la Marne (ci-dessus),
servait aussi de
tombeau, avec son
couloir au premier
plan, son antichambre
et sa chambre
à l'arrière-plan.
Ci-dessous, le plan
de l'hypogée d'Arles
creusé dans le sol
et couvert de grosses
dalles, est révélateur
de la relation étroite
entre le mégalithisme
et ce type particulier
de monument
de conception
méditerranéenne.
Page de gauche,
les principales
zones mégalithiques
européennes.
Ce plan des allées
couvertes, avec la
chambre quadrangulaire,
l'antichambre et un couloir
d'accès très court, se
retrouve dans les hypogées,
ces grottes artificielles
creusées dans la roche
du Bassin parisien et des
cônes méditerranéennes
(région d'Arles et de
Sardaigne). Leur apogée
est daté des environs
de 3000 avant J.-C.
D'autres hypogées,
chambre circulaire,
ont été creusés au Portugal,
Malte, en Crète et en
Palestine. Près de Lisbonne,
plusieurs nécropoles à
hypogées, dont ceux de
Palmela, les plus célèbres,
p résentent une chambre
parfaitement circulaire et
un vestibule aux parois concaves. A Malte, l'hypogée
d'Hal Saflieni s'étage sur trois niveaux souterrains
creusés au cours de plusieurs phases d'utilisation.
En tout, une vingtaine de chambres contenaient sept
mille squelettes. En Crète, l'hypogée est un prototype
tle la tombe à tholos, celle de Képhala, par exemple,
qui annonce le tombeau des Atrides à Mycènes, un
monument daté vers 1300 avant J.-C., que l'on avait
jadis cru être à l'origine du mégalithisme occidental!
04 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
A Saint-Just (Ille-
et-Vilaine).
des menhirs effondrés
ont servi de paroi
à des coffres funéraires
(à droite).
Les différents types de menhirs
Quant aux pierres dressées, leur classification est
plus simple : elles sont soit isolées, soit alignées
selon un axe rectiligne, soit disposées en cercle.
Les alignements de Carnac sont constitués de
plusieurs ensembles : Ménec, Kermario et Kerlescan.
Ils sont associés à des menhirs disposés en ovale
et en rectangle, les grands axes de ces alignements
sont le sud-est et
le sud-ouest,
les directions
du lever et
du coucher
du soleil.
LES PIERRES DRESSEES 65
C omme les tombes
mégalithiques,
les menhirs font partie
des grands décors
de cérémonies en
souvenir des ancêtres.
Ils peuvent être isolés
ou alignés en fonction
d'un axe céleste
particulier. Avebury,
non loin de
Stonehenge, est un
ensemble de trois
grands cercles de
pierres dressées; le plus
grand, qui entoure
les deux autres, est
aménagé le long
d'un large fossé.
Certaines des pierres
peuvent avoir une importance
particulière, comme la pierre
de visée, dite hellstone
à Stonehenge. Les pierres
dressées peuvent, en outre,
se rattacher aux pierres
aménagées en tombes, dans
la mesure où certaines sont
sacralisées grâce à un dépôt
à leur base d'ossements
humains; ou que d'autres-
sont le point de départ, lors
d'une phase ultérieure de
ur vénération, de la construction d'un petit coffre
néraire, comme c'est le cas dans l'alignement
de Cojoux à Saint-Just.
.yMrâ^‘
67
Statues-menhirs
et « torre » de Corse
et des Baléares
E n Corse,
les premiers
monuments
mégalithiques - des
coffres comme ceux
de Porto-Vecchio et
des dolmens comme
celui de Fontanaccia
près de Sartène
- datent des IV e et
III e millénaires avant
notre ère. Des torre,
tours associées à
des statues-menhirs
de l'âge du bronze
(II e millénaire avant
notre ère), forment
un ensemble
spectaculaire
à Filitosa (page
de gauche). Dans
l'île de Minorque,
aux Baléares,
subsistent deux
types de monuments
mégalithiques,
formes d'architecture
funéraire et
cérémonielle :
la taula (ci-contre,
en haut), reste
d'un édifice à
encorbellement,
et la naveta,
tour de plan
quadrangulaire,
comme celle
d'Els Tudons
(ci-contre, en bas).
• : /
69
Les tombes géantes
de Sardai gne
R iche en
monuments
mégalithiques, la
Sardaigne connaît
dès le V e millénaire
avant notre ère
des hypogées
ornés de motifs
anthropomorphes
et bovins. Les tombes
des Géants sont l'une
des originalités sardes
une tombe allongée
faite de dalles (page
de gauche, en bas)
est accessible depuis
une entrée aménagée
à la base d'une dalle
sculptée monumentale
(ci-contre), intégrée
au milieu d'une façade
creuse (page de gauche,
en haut). La Sardaigne
connaît aussi des
pierres dressées, et en
particulier des statues-
menhirs coniques très
stylisées présentant
deux seins féminins.
Le nuraghe est une
tour massive qui
protège une chambre
intérieure à fonction
peut-être religieuse.
: lh : i ■
msmmmÉmp m
Te mples e t h y po g ées
de Malte
L f insularité explique
l'originalité de
l'architecture
, mégalithique des
| deux îles voisines
’ de Malte et Gozo,
l au sud de la Sicile :
' des hypogées
funéraires comme
celui d'Hal Saflieni
(en bas, à gauche],
creusés dans la roche,
» imitent les détails
[ d'architecture des
temples extérieurs
au plan trèfle
aujourd'hui en ruines
et sans couverture
(ci-contre et en bas,
; à droite, le temple de
Î Mnadjra). Une même
religion dominée
par la déesse-mère
(ci-dessous, la
Dame endormie
d'Hal Saflieni) est
attestée dans tous
ces monuments
\ du IV e millénaire
J avant notre ère,
et en particulier
dans la Xaghra Stone
Circle, une structure
cérémonielle,
récemment découverte.
72 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
Cairns et tumulus : des monuments composites, _
à usage de nécropole et de centre cérémoniel
Les longs tumulus spectaculaires et monumentaux
s'associent à des formes architecturales
plus ou moins mégalithiques.
Ceux de Charente-
Maritime,
le Douhet, le Gros
Dognon (Charente), sont
gigantesques, comme ceux du Morbihan,
d'Angleterre et du Danemark. Ils ne présentent
pas de grandes structures funéraires vraiment
mégalithiques mais ils peuvent être composites,
comme le long tumulus de Bygholm Norremark au
Danemark, qui révèle cinq phases d'aménagement
dans le courant du IV e millénaire avant notre ère
mais dont seule la dernière est vraiment
mégalithique.
A l'inverse, dans la nécropole de Bougon
(Deux-Sèvres), qui occupe 2 hectares au centre
d'un territoire néolithique d'une dizaine de
kilomètres de diamètre, on trouve des tombes
mégalithiques dans un tumulus rond
augmenté, lors d'une seconde phase, d'un
massif rectangulaire de pierre qui leur donne
des allures de tumulus géants. Une manière
d'amplifier leur effet visuel et monumental
au sein même de la nécropole qui juxtapose
spectaculairement cinq tertres composites.
Sur le bord du golfe du Morbihan, à Arzon,
le cairn du Petit Mont comprend, lui, quatre
phases de construction. Le monument initial
tertre à fosse centrale, sans doute funéraire, long de
50 mètres, daté de 4580-4440 avant J.-C., sur lequel
est construit un premier cairn de plan rectangulaire.
L e phénomène
mégalithique est
cumulatif. La fonction
de ces monuments
s'est transmise d'une
génération à l'autre,
pour conserver le
message des ancêtres
initiaux. D'où le
développement de
certains sites, tel
le tumulus du Petit
Mont (ci-dessous)
dont les quatre phases
couvrent les trois mille
ans du néolithique.
servi
DES TUMULUS GÉANTS, UTILISÉS PENDANT TROIS MILLE ANS 73
L a nécropole de
Bougon comporte
cinq monuments
juxtaposés ayant
évolué à travers
v les siècles, de part
\\ et d'autre
SOsN des carrières
mW a y ant
Celui-ci est flanqué, à son tour, d'un
ajout monumental, appelé cairn II,
destiné à protéger une première chambre
mégalithique à couloir, dont le plan
est déterminé par une stèle
anthropomorphe abattue. Le cairn III,
qui recouvre l'ensemble précédent, forme une masse
de pierre trapézoïdale et architecturée de 50 mètres
de longueur, et sur sa façade débouchent les
couloirs de deux nouvelles tombes mégalithiques.
Des tessons de vases campaniformes attestent que
la fréquentation cérémonielle du monument a duré
jusqu'à la fin du III e millénaire avant notre ère.
Le complexe de Locmariaquer s'étale sur
500 mètres - et peut-être 1 700 mètres si la chambre
allongée et coudée des Pierres plates, la plus récente
et la plus méridionale, lqi est associée. Cet ensemble
a été aménagé du nord au sud, avec d'abord le grand
tumulus à coffre du Mané-Lud (et peut-être le Mané-
er-Hroeck), puis avec la série des pierres dressées
géantes dont les fragments se retrouvent à la
Table des Marchand, à Er Grah et à Mané Rutual.
D'autres vastes paysages sont ainsi transformés
en immenses sanctuaires : le célèbre site de Carnac
occupe avec les alignements et ses cercles de pierres
sanctuaire.
à leur construction.
Les chambres les plus
anciennes, celles du
E et F0 (extrémité sud),
datent de 4700 avant
J.-C., celles du B et du
C de 4300 avant J.-C.
Les grands dolmens
couverts d'une dalle de
32 tonnes (F2 au nord
du tumulus F) et de
90 tonnes (A) ont été
construits vers 4000
avant J.-C. et réutilisés
comme chambres
funéraires vers 3000
avant J.-C., preuve de
la longue fréquentation
et de la vénération
séculaire de ce
74 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
dressées, ses tumulus et ses tombes mégalithiques,
une campagne de plus de 3 kilomètres de longueur.
Les fouilles de Cojoux à Saint-Just (Ille-et-Vilaine)
ont, de même, dégagé des architectures
mégalithiques sur plusieurs kilomètres.
Rec yclag e et récupération : la réutilisation
des idoles géantes
Lorsqu'en 1983 Charles-Tanguy Leroux dégage
par le haut la dalle de couverture de la chambre
de Gavrinis, il voit apparaître le dessin d'un grand
bovidé aux cornes en lyre de 3 mètres de long,
et deux autres motifs interrompus par deux
cassures franches de ce bloc intermédiaire : la partie
supérieure d'un autre bovidé et la partie inférieure
d'une «hache-charrue». L'examen de la roche de
l'orthogneiss, originaire d'un affleurement
distant de 15 à 20 kilomètres, a permis
d'identifier les deux autres fragments,
à 4 kilomètres de Gavrinis, à
Locmariaquer,- ils y étaient utilisés
pour couvrir les dolmens d'Er Grah et
de la Table des Marchand, à proximité
du Grand Menhir brisé, en granit
à deux micas. Le premier monolithe
graphiquement reconstitué mesure
14 mètres et pèse 200 tonnes tandis
que le second atteint 20 mètres
pour un poids évalué à 350 tonnes.
Les fouilles de Locmariaquer ont ainsi
mis en évidence au moins dix-neuf
fosses remplies de pierres de calage
pour maintenir debout des mégalithes
géants vénérés - avant leur
destruction systématique et la
réutilisation de leurs fragments
dans la construction des dolmens
morbihanais vers 4000 avant J.-C.
Ainsi ces grandes pierres récupérées,
et disproportionnées par rapport
à l'architecture des chambres
funéraires et de leur couloir,
décorées de motifs interrompus
A Locmariaquer, dix-
neuf fosses avec
leurs pierres de calage
servaient de base à des
menhirs géants, tel
le Grand Menhir brisé
(20 mètres de haut,
350 tonnes), resté sur
place et jadis dressé (à
gauche). Une démesure
dont le personnage
(ci-dessous, à côté
d'un autre menhir de
la même série) donne
l'échelle. Deux autres
monolithes décorés
faisaient sans doute
partie de cet alignement
avant d'avoir été
réutilisés dans le
dolmen du Mané
Rutual à Locmariaquer
(page de droite, en bas).
LES MENHIRS DEVENUS DOLMENS 75
n découvrant sur
la face
supérieure
SB cachée de la dalle
■H de couverture brisée
Êm du dolmen de Gavrinis
le dessin d'un grand
taureau de 3 mètres
<jj| de long (ci-contre),
jffil le chercheur C. T.
Leroux a aidé à établir
rcL? la complémentarité
entre cette dalle et
le fragment qui
couvre la chambre du
- -1 dolmen des Marchand
à Locmariaquer
par des cassures, sont-elles des blocs prélevés sur
des stèles ou des menhirs géants : le dolmen du
Mané Rutual à Locmariaquer est recouvert d'une
stèle brisée de près de 4 mètres de long,
' ornée d'une idole écusson piquetée.
Dans le monument du Petit Mont,
à Arzon, une grande stèle au profil
anthropomorphe, haute de 5,5 mètres,
a semble-t-il été dressée devant
le cairn I. Lors de l'extension du
monument, le cairn II a été appuyé
sur le précédent et a couvert une
nouvelle chambre à couloir
conçue à partir de
la stèle abattue, la partie
inférieure formant
la dalle de chevet
et la partie supérieure
le plancher de la nouvelle
architecture.
A
■ il
(ci-dessus, la section
cassée). On voit en
effet sur ce bloc la suite
du dessin du second
taureau (les pattes),
dont la ligne de dos et
les cornes se trouvent
sur le bloc de Gavrinis.
Le monolithe était
à l'origine haut de
14 mètres et pesait
environ 200 tonnes
(reconstitution en page
de gauche). Le bloc
supérieur, le troisième,
est sans doute celui
qui couvre le dolmen
d'Er Grah. L'alignement
des idoles géantes
de Locmariaquer
comprenait sans doute
aussi la dalle-idole
de chevet du dolmen
des Marchand, restée,
elle, en place.
76 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
UN ART CACHÉ POUR LES MORTS 77
C onsidérées
à juste titre
comme l'apogée
de l'art mégalithique
breton, les dalles
décorées de Gavrinis
(à gauche) constituent
les parois d'un long
couloir et d'une
chambre carrée.
La surface visible est
couverte d'un style
baroque, dans lequel
les lignes piquetées
répètent certains
motifs classiques de
l'art mégalithique
breton - idole féminine
associée au serpent,
hache, crosse et arc,
attributs du pouvoir
masculin. Sensiblement
à la même époque,
un art différent, moins
ordonné, avec pour
thème majeur le soleil
rayonnant, est attesté
près de Gavrinis,
au Petit Mont à Arzon.
Il fait penser à l'art
irlandais de la vallée
de la Boyne, qui se
développe à la fin du
IV 1 -' millénaire. Ainsi,
à Knowth (ci-contre),
on reconnaît des
spirales, des cercles
rayonnants et
concentriques, des
zigzags, des losanges
et des cupules,
et curieusement
des pieds !
78 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE
L es thèmes
célestes de l'art
mégalithique se
retrouvent aussi bien
en Irlande (ci-contre,
un «cadran solaire»
sur l'une des dalles
de Knowth) qu'au
Portugal : ci-dessous,
le soleil et la lune
peints sur le dolmen
de Antelas à Oliveira
de Frades (Viseu) et
le soleil du menhir
de Bulhoa à Monsaraz
(Alentejo).
Signes et décors
La façade en pierre de Gavrinis a peut-être
été complétée par des aménagements en
bois comme les fouilles l'ont attesté.
Mais rien de
l'extérieur ne laisse M \
supposer la richesse \
baroque des décors C
couvrant l'ensemble y
des dalles du long
couloir d'accès à la (
chambre, elle-même
entièrement décorée
de motifs piquetés y \
répétés, haches, \ y
crosses, idoles- W I
Quel changement idéologique explique c
modifications radicales ? Des rivalités inter
tribales comme à l'île de Pâque? Le phénol
est différent dans le Morbihan puisque cha
fragment est réintégré dans un nouveau ty]
d'architecture mégalithique plus proche
du rituel funéraire. Le culte des ancêtres l's
t-il emporté sur le culte des idoles géantes
Au prix alors de quelle énergie - de quelle
révolution des croyances au sein d'une
même civilisation!
LE LANGAGE DES MÉGALITHES 79
écussons, arceaux et zigzags
emboîtés - ou représentés
une seule fois, comme l'arc
et le serpent. L'iconographie se
rapporte aux emblèmes du pouvoir
masculin (arc, hache, crosse) et
sans doute à une divinité féminine
(idole-écusson), peut-être en
relation avec le serpent. Le site
de Gavrinis, construit vers 4000
avant J.-C., représente l'apogée
de l'art morbihanais et plus
généralement de l'Ouest français.
Tout aussi riche et foisonnant,
le foyer irlandais d'art
mégalithique est cependant peu
comparable à Gavrinis. La vallée
de la Boyne, au nord de Dublin,
rassemble une série de tumulus de
plan circulaire dont le plus célèbre
est Newgrange (Meath) : l'une des
dalles de la chambre est piquetée
d'un grand triscèle, éclairé par un
rayon de soleil passant par le couloir le jour du
solstice d'hiver. L'entrée du couloir est entravée par
une dalle ornée de spirales (dont une préfiguration
du triscèle), de losanges et de zigzags. Quatre-vingt-
dix-sept blocs ornés des mêmes motifs géométriques
circonscrivent le tumulus, lui-même entouré de
trente-huit menhirs.
Dans un ensemble voisin, à Knowth, le tertre
central est aussi ceinturé de dalles finement
piquetées avec des motifs circulaires, spiralés,
ovés ou anguleux, de chevrons, de zigzags,
géométriquement originaux. Sur l'un des blocs,
on pourrait reconnaître un cadran solaire. Le style
de Newgrange et de Knowth est ordonné et se
distingue du style libre de Loughcrew au nord-ouest
du comté de Meath. Une même inspiration s'y
retrouve, à base de soleils, de mouvements spiralés
L e tumulus de
Newgrange est
entouré de blocs
décorés de ces motifs
célestes très présents
dans l'art irlandais, sur
lesquels on reconnaît
(ci-dessus) la spirale,
qui exprime peut-être
la course du soleil.
Outre son décor, le
bloc du haut, placé
devant l'entrée du
couloir du tumulus,
a aussi une autre
fonction, toujours liée
au cycle du soleil : le
jour du solstice d'hiver,
il laisse le soleil
levant pénétrer par
une lucarne aménagée
au-dessus de l'entrée
et d'enchaînements en dents de scie. Les dates de
ces monuments se situeraient vers 3000 avant J.-C.,
quand Gavrinis était abandonné depuis longtemps.
du couloir jusqu'au
fond de la chambre
sépulcrale.
81
L a société rurale et villageoise
de l'Europe occidentale qui se met
en place au cours du VI e millénaire
avant J.-C. invente une religion forte :
celle des ancêtres. Et s'affirme grâce
à une innovation : les mégalithes,
conçus symboliquement pour protéger
les plus prestigieux de leurs morts,
ou pour les évoquer. Techniques
et rites illustrent la vitalité de
ces constructions, leur pérennité.
CHAPITRE IV
LE PALAIS DES MORTS
ET DES DIEUX
L es tombes
mégalithiques
(à gauche, l'une de
celles de Barnenez)
sont des monuments
sacrés; elles deviennent
des sanctuaires
lorsque y sont vénérés
des personnages
appartenant à des
familles dominantes
qui ont acquis le
statut d'ancêtres
(ainsi au Lauzet-Ubaye,
dans le dolmen du
Villard, ci-contre).
82 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX
L e cortège exalté
qui s'avance
devant l'entrée d'un
tombeau mégalithique,
brandissant des torches
pour pénétrer dans le
monde des ténèbres, est
une vision romantique
des cérémonies
funéraires. La réalité
est plus complexe,
intégrant des rites
secondaires, c'est-à-dire
des manipulations
symboliques qui révèlent
l'intention des vivants
Depuis cent mille ans,
les hommes se sont préoccupés
de leurs défunts, qu'ils ont le plus
souvent placés délicatement, isolés 01
en groupe, dans des fosses creusées
dans les grottes ou à
proximité d'habitats de
plaine. Quelques grosses
pierres ont parfois servi
à sceller ces fosses.
Avec les constructions
mégalithiques, naît
l'architecture de plein air en matériaux
durable (certains chercheurs évoquent une volonté
d'imiter les grottes) destinée à recevoir les corps
des ancêtres, selon des rites complexes et renouvelés.
L'esprit des morts, et probablement des dieux
- dont a besoin, selon Jacques Cauvin, une société
qui progresse par symboles - habite alors la pierre
des caveaux ou la pierre dressée commémorative.
Ancêtres redoutables et protecteurs : le culte
des reliques
Les sépultures mégalithiques sont collectives et
leurs rites funéraires résultent d'un déploiement
considérable d'énergie et d'un engagement total
de la société. L'examen de la sépulture de
Pontcharaud (antérieure à 4000 avant J.-C.), près
de Clermont-Ferrand, montre l'attention portée
Dans la sépulture
collective de
Pontcharaud (en haut),
les corps d'hommes,
de femmes et d'enfants
(une dizaine) sont
couchés sur le ventre,
la tête tournée sur
le côté. Pour que
ces morts ne puissent
ni bouger ni revenir
à la vie quotidienne,
mains et pieds ont été
coupés, et ils ont été
recouverts de lourdes
dalles. Ces pratiques
funéraires démontrent
la peur des ancêtres.
aux défunts mais aussi la crainte qu'ils inspirent :
pieds et mains coupés, ils sont disposés sur le ventre
afin de ne progresser que vers les ténèbres; de plus,
des blocs de pierre ont été déposés sur eux pour qu'ils
ne s'échappent pas vers la lumière. Les ablations
des mains et des pieds ont sans doute été réalisées
lors de rites secondaires, postérieurs à la mort.
Ces rites permettent d'apporter toute la
symbolique qui transforme le corps en relique, et
le défunt en ancêtre. Il n'est pas rare de trouver dans
les chambres mégalithiques les restes d'ossements
de plusieurs corps, déplacés depuis un autre lieu
de présentation, ou amputés d'ossements reliques.
Ainsi, dans la chambre du tumulus B1 de Bougon,
des calottes crâniennes associées à quelques
ossements longs et alignés représentent ces reliques
limitées à l'essentiel, différentes de simples
réductions d'ossements, comme on le voit à
La Chaussée-Tirancourt.
L e dégagement
de la tombe n° 5
de Tagarp en Suède
(ci-dessus) fait
apparaître la structure
du tumulus et de
ses différentes parties
- couloir et chambre
funéraire. La sépulture
mégalithique joue
un double rôle :
à l'intérieur, c'est
un mémorial pour
le défunt; à l'extérieur,
un lieu de culte devant
lequel, génération
après génération,
les fidèles continuent,
une fois le couloir de
la tombe bouché,
à vénérer le souvenir
des ancêtres présents
par leurs ossements
devenus des reliques.
84 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX
Caveaux collectifs et distinctions sociales
Au cours du IV e millénaire avant J.-C., les
tombes mégalithiques se répandent dans
une grande partie de l'Europe occidentale.
Celles présentant un plan simple carré
ou circulaire se multiplient aussi bien
dans le Midi, l'Espagne, les Pyrénées ou
les Causses que dans les régions nordiques
- Irlande, Allemagne du Nord, Danemark.
D'autres tombes à chambre allongée
dolmens coudés de Bretagne puis allées
couvertes de Bretagne, d'Ile-de-France,
de Belgique, de Hollande et d'Allemagne,
apparaissent comme des caveaux plus
collectifs. Des hypogées connus dans
les régions méditerranéennes mais aussi
dans la Marne présentent les mêmes
traces rituelles que celles observées
dans les allées couvertes. Dans l'hypogée
de Roaix (Vaucluse, III e millénaire), un
niveau comprenant trente-cinq squelettes
déposés ensemble - comme l'indique
l'étude des connexions anatomiques des ossements -
correspond à la fonction d'ossuaire, sans doute à la
suite d'un carnage guerrier. L'existence de charniers
est attestée dès le V e millénaire, à Talheim, près
de Stuttgart, et ce climat d'insécurité a sans doute
encouragé la solidarité
exprimée dans les
caveaux collectifs.
Le problème des
sacrifices humains est
posé dans un contexte
guerrier, comme à
Auzay (Vendée).
Dans la plupart des
autres monuments
mégalithiques, la fonction de caveau
et de reliquaire va de pair avec
des rites secondaires en usage sur
de longues périodes et laissant
apparaître des hiérarchies sociales.
L es deux corps de la
sépulture d'Auzay-
les-Chatelliers (Vendée,
III e millénaire, ci-dessus)
portent des traces
de mort violente qui
laissent supposer
un sacrifice humain.
Ci-dessus, le plan du
dolmen d'Axevalla, en
Suède, avec les loges
internes où sont rangés
les défunts par famille.
SÉPULTURES ET OSSUAIRES 85
Au Danemark, des maisons des morts^en bois -pv ans l'allée
couvertes de chaume, identifiées à Tustrup et à Vrone cou , ve ïî. e de La
TTl ,, Chaussee-Tirancourt,
Hede, ont pu recevoir les dépouillés de défunts avant les ossements d'un
qu'on les dépose, sous une forme préparée, dans la squelette ont été
tombe mégalithique. Les logettes limitées de petites groupés contre une
dalles retrouvées dans la longue chambre d'Ingelstorp doute^ouTmarquer
en Suède méridionale ou dans celle de Gnewitz en i a place de cet ancêt
Allemagne du Nord, sont faites pour recevoir les par rapport aux autr
«paquets» d'ossements secs d'aïeux qui appartiennent defunts -
à des familles aux rangs sociaux
la place de cet ancêtre
par rapport aux autres
défunts.
86 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX
Mégalithes et hiérarchie sociale
Le monument mégalithique est conçu pour être
vu de loin et jouer un rôle social et religieux
au milieu du territoire rural où s'organise la
sédentarisation progressive des paysans. La hiérarchie
des monuments exprime une réelle volonté
d'agencement du paysage. Les monuments de Kercado,
de Dissignac ou de Bougon s'intégrent ainsi depuis
le V e millénaire avant J.-C. au sein de leur territoire
limité par des monuments satellites. D'autres
jouent le même rôle depuis le IV e millénaire :
ainsi le tumulus central de Hagestad en Suède,
L j énorme tumulus
central de Knowth,
en Irlande (ci-dessus),
ne recouvre que deux
petites chambres
funéraires à long
couloir. Cette
monumentalité
révèle l'importance des
personnages inhumés;
elle est mise en valeur
par seize petits tertres
circulaires satellites
recouvrant chacun
une sépulture
mégalithique.
LES PLUS GRANDS D'ENTRE LES MORTS 87
ceux de Knowth et de Newgrange en Irlande, ou
encore celui de la Cueva de Romeral en Espagne.
A Jersey, l'énorme tertre de la Hougue Bie s'impose
aux autres constructions mégalithiques de l'île.
Parmi les monuments plus anciens, le cairn de
llarnenez, à l'intérieur de sa masse de pierraille, abrite
le dolmen à couloir H, au milieu des autres, le seul
a être couvert d'une dalle mégalithique, le seul
à présenter une chambre double et des décors piquetés.
C'est bien la preuve d'une hiérarchie des tombes.
Les études anthropologiques des squelettes des
tombes mégalithiques continentales plus récentes
(ainsi celle de La Chaussée-Tirancourt, ou les longs
tumulus anglais comme celui d'Hambledon Hill),
semblent montrer que le nombre apparemment
important des inhumés, 250 à 300 pour le premier et
350 pour le second, ne représente, sur des durées de
plusieurs siècles, que des populations sélectionnées.
Double hiérarchie donc, des personnages introduits
dans les tombes mégalithiques, et des tombes entre
elles. Le meilleur exemple de cette organisation
sociale, politique et religieuse est sans doute, pour
Colin Renfrew, le monument de Stonehenge, centre
cérémoniel de plusieurs territoires, chacun ayant
ses sépultures monumentales, ses sites cérémoniels
et ses habitats fortifiés.
L /intérieur (ci-contre)
de la chambre
mégalithique de la
Hougue Bie à Jersey
révèle la force de cette
architecture de blocs
bruts. D'après leur
origine géologique,
on sait que les blocs
proviennent de
plusieurs zones de
l'île, ce qui pourrait
bien indiquer la
participation de
communautés
secondaires au profit
d'une communauté
centrale dominante.
Pour mobiliser les
énergies collectives
nécessaires à la
construction de
mégalithes, il doit
en effet exister une
hiérarchie sociale et
religieuse. Même si,
par ailleurs régnait une
certaine égalité entre
les membres d'une
population donnée
habitant des maisons
similaires, avec des
modes de vie sans
doute assez modestes,
on peut penser que
la mise en œuvre
des tombes et des
sanctuaires était
le fait d'une élite
qui maîtrisait le
pouvoir politique,
la diplomatie, la
science et le secret
des dieux. A ce titre,
seuls quelques
hommes organisaient
les travaux collectifs
et présidaient au
culte des ancêtres.
A Stonehenge,
monument sacré
majeur, le prêtre
disposait d'un
important pouvoir.
; xm
W'm
.o> $
V:*" Les mégalithes
t a nécropole de Sine-
ys| Lj Ngayène, au sud
du Sénégal, est signalée
H par des cercles de
3 pierres dressées (ci-
9 contre). Dans chacun
fl d'eux, une fosse
WéL remblayée contient les
fl restes d'inhumations
H successives de l'âge
Sf. du fer, une pratique
SÙ qui semble avoir
lit* duré pendant le
kt I er millénaire de notre
'M ère. La reconstitution
ci-dessus des positions
^ d'inhumation des
squelettes du cercle
n° 25 fait apparaître
Wjj deux groupes, dans une
mise en scène destinée
'M à impressionner ceux
mi qui assistaient à la
WÊ cérémonie, rassemblés
tg au-dessus de la fosse,
Ig le long du cercle
Les pointes de lances
en fer disposées parmi
les corps prouvent
que c'est en période
de guerre qu'avaient
Heu ces inhumations
collectives.
A ux Célèbes, en
Indonésie, des
« champs de menhirs
alignés sont toujours
utilisés comme centres
cérémoniels par les
Toradja. Chaque
famille est propriétaire
de ses mégalithes,
■ mémoires du clan,
3 ordonnés selon
J la généalogie, et à ce
■ titre symboles de la
" grandeur ou du déclin
à du groupe. Les plus
1 grandes pierres
1 (6 mètres de haut et
8 tonnes) ont mobilisé
pour leur transport et
leur mise en place des
efforts considérables,
soutenus par des
^ cérémonies de
1 sacrifice qui ajoutaient
. à la magie du lieu :
des centaines de
cochons étaient
immolés. Aujourd'hui,
' j les pierres sont
j beaucoup plus modestes
(20 à 30 centimètres
I de haut seulement),
mais la tradition
perdure. Il s'agit
désormais d'une fête
à laquelle participe
l'effigie du mort plantée
devant le cercueil.
^ Des combats de buffles
, ont lieu dans la rizière
y voisine, avant que
• les animaux ne
soient abattus et
', < les morceaux distribués
au participants,
jg La fête autour des
■ pierres dressées dure
■ toute la nuit, et,
B entre prières et chants,
■ naît un nouveau
I mégalithe, dressé
■ au milieu de ses pairs.
d' Amériq ue
E n Colombie,
dans la vallée du rio
Magdalena, sur des
terrasses aménagées dans
la montagne, à 2 (X)0
mètres d'altitude, des
tombes mégalithiques
forment un ensemble à
la fois classique et isolé
en Amérique. Depuis
le VI e siècle avant J.-C.,
les habitants de San
Agustin construisent
des coffres en dalles
pour des inhumations.
Ces tombes deviennent
ensuite monumentales,
du type des dolmens à
couloir (ci-dessus). Les
statues-menhirs postées
à l'entrée évoquent
sans ambiguïté les
dieux d'Amérique
centrale : dieu jaguar
(ci-contre), dieu singe
et dieu saurien.
La ressemblance
entre ces monuments
et ceux de l'Europe
est un exemple
du phénomène de
convergence : à de
grandes distances et à
des époques différentes
les architectures
peuvent évoluer
de façon similaire,
sans relations directes
entre les régions.
94 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX
Les trépanations : chirurgie de la p athologie
ou traitement rituel des ossements humains
La trépanation des crânes humains révèle ce même
souci de connaissance de l'homme et de son
environnement - et au-delà laisse entendre que
les néolithiques appréhendaient le rôle du cerveau
dans le comportement humain. Les néolithiques,
qui déposent les leurs dans les monuments
mégalithiques, savent arracher des dents malades
et à l'occasion même trépaner - avec succès puisque
le patient survit parfois à l'épreuve. C'est ce qu'ont
découvert les premiers fouilleurs, comme le baron
Joseph de Baye, dès 1872, dans les hypogées de
la Marne. Certains crânes trépanés présentaient
des bourrelets osseux attestant de
la survie de l'homme, et les
rondelles crâniennes perforées
étaient aménagées en pendeloques.
Alors qu'Ambroise Paré, à la
Renaissance, attire l'attention
sur les difficultés de
l'opération - limiter
le saignement, particulièrement
abondant au niveau de la tête,
cautériser la plaie, qui risque de
s'infecter, utiliser des draps imbibés
de vinaigre pour éponger le sang et
éviter la putrification -, une série de crânes déposés
dans les tombes mégalithiques rodéziennes montrent
la fréquence de la trépanation au néolithique.
Dans le couloir du tumulus A de Bougon, une
calotte crânienne datée de 4000 avant J.-C. présente
trois trépanations successives. Pour la première,
une rondelle circulaire prélevée de biais pour
ne pas entamer le cerveau, sur l'occipital gauche,
devait peut-être guérir des douleurs dues à une
malformation du canal occipital axial. L'opération
a, semble-t-il, réussi, et les anthropologues estiment
que l'homme a survécu une dizaine d'années. Entre-
temps, il a été opéré une seconde fois pour l'ablation
d'une rondelle ovalaire qui agrandissait l'ouverture
originelle. L'homme continuait-il de souffrir?
L a pointe de flèche
en silex fichée dans
une vertèbre humaine
(à gauche), trouvée
dans l'une des grottes
artificielles des Ronces
à Villevenard (Marne),
a été lancée avec la
force d'un arc. Preuve
d'une agressivité
guerrière ou d'un
sacrifice qui a entraîné
mort d'homme. Dans
certains ossuaires
du midi de la France,
le dépôt simultané de
nombreux corps, dont
plusieurs présentent
des traces de mort
violente, formait
un niveau appelé
« couche de guerre >* .
Les manifestations
explicites de tueries
guerrières deviennent
plus nombreuses au
III e millénaire, qui voit
la fin du mégalithisme
et l'avènement de l'âge
des métaux.
L es crânes humains
trépanés témoignent
d'une véritable
chirurgie préhistorique
apparue vers 4000
avant J.-C. Avec des
outils en silex,
l'opérateur devait
détacher la rondelle
sans toucher le
cerveau. Ci-dessus,
des amulettes faites
de rondelles crâniennes.
TRACES DE MORT OU DE GUERISON 95
A sa mort, il semble jf
qu'il ait subi une autopsie, un
grand enlèvement au niveau du frontal et du
pariétal ayant été découpé au silex sans souci
de ménager le contenu endocrânien. Trois autres
exemples de cette vérification nécropsique
un signalé à Cibournios (Lozère) et deux dans
la vallée du Petit Morin (Marne) - confirment la
curiosité expérimentale et scientifique de l'homme
néolithique pour le fonctionnement du corps humain
vivant. Curiosité qui se poursuit après la mort,
comme le révèle le traitement rituel des ossements
humains, et les nombreuses pratiques des rites
secondaires pendant lesquels ces ossements, et en
particulier le crâne, acquièrent le statut de reliques.
S ur la photo
d'ensemble de ce
crâne provenant d'un
hypogée de la Marne,
et sur la radiographie
ci-dessus, apparaissent
très nettement les
traces des outils
utilisés pour la
trépanation.
96 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX
Wmmi
Cérémonies et conventions
le respect des valeurs
Les offrandes introduites dans
les tombeaux semblent pour
la plupart collectives, disposées
par exemple au centre des coffres
ou vers le seuil de la chambre
funéraire (comme dans l'hypogée
des Mournouards, dans la
Marne), pour tous les ancêtres
! présents dans le sépulcre.
Ce sont des armatures de
f flèche, des lames et des nucléus
en silex, tous objets d'utilité,
L es thèmes de
l'art mégalithique
se retrouvent dans la
sélection des offrandes
déposées dans les
tombes. Il en est ainsi
des haches de prestige
à talon pointu et
tranchant large, dont
le profil est sculpté
sur l'une des dalles
de Gavrinis (ci-contre);
des haches similaires
en jadéite ont été
placées dans les
tombes bretonnes
(ci-contre, à gauche).
Le tranchant sans
traces d'usage et la
perforation au niveau
du talon font de cet
objet non une hache
utilitaire mais un
pendentif, symbole
du pouvoir masculin,
de même que la crosse
en bois et l'arc
(que l'on a rarement
retrouvé mais dont
les pointes de flèches
en silex indiquent
la présence dans
les tombes).
98 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX
aboutissent
néolithique
Canterbury
w bêê ê Sês ê
m «
fejïi-r ••
à la conclusion que cette roche, prisée au
dans tout l'ouest de l'Europe et jusqu'à
(Kent), est d'origine alpine. La variscite,
abondante en Bretagne et dans le centre-
ouest de la France, et peut-être
originaire de Catalogne, la
! jadéite, et d'autres roches
'Ifk. précieuses, sans oubli
\ le cuivre et l'or,
Kk sont les étalons
vf* d'un s y stème de
valeurs qui donne
leur sens aux
| cérémonies qui
accompagnent
A côté des haches,
des pointes de
silex et autres symboles
masculins, des éléments
de parure sont déposés
dans les tombes.
qui se repetent dans
le caveau tant qu'il
est en fonction. Les
multiples ossements
d'aigle de la tombe de
Isbister, dans les Orcades, sont sans doute un
exemple rare d'identité tribale.; bes vestiges étalés
dans le couloir bouché et condamné des tombes
sacralisent sans doute le passage entre le monde
extérieur de la vie terrestre et le monde sépulcral des
ancêtres. Devant l'entrée dissimulée, d'autres offrandes
sont déposées, en vénération d'aïeux devenus des
entités abstraites. Des vases en abondance, identifiés
à partir des 7 000 tessons trouvés lors de la fouille,
ont été déposés devant la façade du tumulus
mégalithique de Groenhoef, à Horsens dans le Jutland.
Les architectures fermées et ouvertes, orientées selon
les grands axes solaires, réunies par des fonctions
BIJOUX ET SYMBOLES FÉMININS 99
L
L es perles et les
pendentifs en
variscite, roche
essentiellement
constituée de
phosphore, d'un très
beau vert turquoise,
étaient sans nul
doute très précieux.
Ci-contre, un pendentif
et des perles trouvés
dans le monument
mégalithique d'Er Grah
à Locmariaquer. Ci-
dessous, des perles en
variscite provenant des
tombes mégalithiques
de Tumiac et Tuchen
Pol, à Ploemeur,
également dans le
Morbihan. On retrouve
ces mêmes perles en
variscite au Portugal
et en Catalogne, où des
découvertes géologiques
rendent vraisemblable
l'exploitation
préhistorique.
funéraires plus ou moins
affirmées (comme le prouve
Palignement de Cojoux
à Saint- Just) furent
le cadre de cérémonies
aux valeurs savantes,
en hommage aux ancêtres.
La science de la parenté_
à l'origine des rites funéraires?
Dans l'allée couverte
mégalithique de La Chaussée-
Tirancourt, des cellules
d'inhumation ont été isolées,
parfois matérialisées par des
rangées de pierres - fréquentes dans
les monuments d'Allemagne du Nord, de Scandinavie
et des Orcades. Dans chacune
des cellules, les ossements
appartenaient-ils
à des membres
d'une seule
famille?
100 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX
A Talheim, près
de Stuttgart,
les fouilles menées en
1983-1984 ont révélé
des pratiques funéraires
collectives : seize enfants,
et au moins neuf
hommes et sept femmes
y ont été ensevelis vers
5000 avant J.-C. Le fait
que dix-huit crânes
présentent des traces
de coups de hache
prouve que cette
population homogène
a été massacrée,
les corps ayant
ensuite été rassemblés
dans cette fosse sans
attention particulière.
Les guerres ont
entraîné le creusement
de tels charniers qui
figent la réalité d'une
unité d'habitat.
Dès 1885, à Damerancourt (Oise), des
ressemblances ostéologiques physiques ont été
mises en avant pour reconnaître une unité familiale
En 1965, dans la maison des morts de Niederbosa
en Thuringe, le fouilleur Herbert Ullrich est frappé
par les caractères anthropologiques des squelettes
qui font apparaître deux groupes distincts de
la population. Claude Masset, à La Chaussée-
UN ÉCHANTILLONNAGE DE LA SOCIÉTÉ NÉOLITHIQUE 101
Tirancourt, observe trois sous-groupes
à partir des caractères osseux «discrets»
(suture supplémentaire sur le crâne,
trou nourricier dédoublé sur un os,
face articulaire supplémentaire dans
une articulation. . . ), qui coïncident avec
la répartition des ossements dans les
cellules physiquement individualisées.
Ces caractères semblent dans la
société néolithique typiques de règles
matrimoniales. Lorsque l'on dispose
d'un échantillonnage relativement
abondant, en particulier au néolithique final,
ils permettent d'envisager une structure
élémentaire de la parenté. La sépulture
collective correspondrait à un groupe
exogame et chacun des sous -groupes à des ensembles
endogames. Il est encore trop tôt pour déterminer si
ces sépultures collectives peuvent nous donner une
A l'intérieur de l'allée
couverte de La
Chaussée-Tirancourt,
des zones transversales
information sur la démographie de cette époque.
matérialisées au soi
par des alignements
de dallettes (ci-dessus)
constituent des cellules
symboliques
d'inhumations, dans
lesquelles étaient
déposés les corps ou les
ossements des membres
d'une même famille
ou d'un même groupe
(ci-contre, une cellule
en cours de fouille). Au
premier plan, à gauche,
le crâne et quelques-
uns des os longs d'un
même individu ont été
rassemblés contre
la dalle latérale et dans
l'angle formé par les
dallettes. Plus loin,
un autre crâne a été lui
aussi rangé le long de
la dalle. L'accumulation
des ossements, à
droite, donne une idée
de la difficulté à
interpréter l'ordre dans
lequel ces ossements
ont été déposés.
C /est pour répondre, dans l'Europe
néolithique, à une hiérarchisation
de la société, à des aspirations
religieuses et à des défis scientifiques
que responsables politiques, architectes
et prêtres ont conçu et réalisé des
constructions mégalithiques. Elles
représentent l'expression des axes
majeurs d'une grande civilisation
rurale dont l'implantation marque
encore nos paysages contemporains.
CHAPITRE V
ENTRE CIEL ET TERRE
y /architecture
J_f mégalithique est
un repère terrestre et
céleste dans le paysage.
Stonehenge a été conçu
pour observer à l'horizon
la position du soleil
levant le jour du solstice
d'été (à gauche) et établir .J|
ainsi le calendrier *
solaire et celui des *
travaux ruraux dont
sont garants ancêtres 1 <
ou dieux sculptés
dans la pierre (à droite, |
la statue-menhir
des Maurels à Calmels- |
et-le-Viala, Aveyron). I
104 ENTRE CIEL ET TERRE
Des matériaux de choix_
pour des hôtes de prestige
Contrairement à ce que
l'on croit, les mégalithes sont
rarement bruts ou sauvages.
Un œil attentif reconnaît
des piquetages, usés par le
ruissellement des pluies et par
le gel. Et même lorsque le profil
de la pierre est irrégulier, l'allure
générale prouve un choix dans
la carrière. La Roche aux Fées,
à Essé, le plus beau dolmen de
Bretagne, est construit à l'aide
d'énormes blocs de schiste rouge
extraits d'un banc rocheux distant de 4 kilomètres.
Les fées, en portant ces pierres dans leur tablier,
en laissèrent échapper une, un menhir isolé.
La texture et la couleur
du grain trahissent
moraines
■contre,
en Suède).
A Stonehenge (ci-
dessus), des pierres
bleues sont dressées au
premier plan, au pied
des grands trilithes
en sarsen, chaque type
de roche ayant une
fonction spécifique,
ix est dicté
possibilités
ngiques locales :
.nsi, dans le
nord de l'Europe,
les dolmens
ont en blocs
LA SÉLECTION DES QUALITÉS ET DES COULEURS DE ROCHES 105
connaissance géologique des affleurements rocheux.
Les prêtres-architectes prenaient ce qu'il y avait de
mieux dans les environs, dans un rayon de plusieurs
kilomètres. En pays calcaire, à Bougon, les piliers des
tombes sont régularisés et ajustés les uns aux autres
dans la roche locale, du callovien, tandis que les
dalles de couverture sont de texture plus tenace, en
bathonien à silex pour un bloc de 32 tonnes venant
d'un affleurement distant de 4 kilomètres et en
aigrin, massif corallien fossilifère de 90 tonnes tiré
sur plusieurs centaines de mètres.
Les pierres bleues de Stonehenge, pesant entre
1 et 1,5 tonne, forment un double cercle incomplet
dès les derniers siècles du III e millénaire avant J.-C.
Ce sont des dolérites pour la plupart mais quelques-
unes sont en lave volcanique gris-bleu, deux sont
en grès bleu et une en calcaire. La couleur, autant
que la géologie, a été le critère de sélection. Pourtant,
le gisement principal des dolérites se trouve dans
les Prescelly Mountains
au pays de Galles, soit
à 210 kilomètres de
Stonehenge, distance
révélatrice de la valeur
attribuée à ce type de
roche ! Les trilithes de
Stonehenge sont en
sarsen, un grès originaire
de Marlborough Downs,
à 32 kilomètres au nord
du site. L'exploit de la
traction des monolithes
en sarsen vient de leur
poids, évalué à 30 tonnes
en moyenne pour chacun d'eux. Aux Pays-Bas,
les constructeurs de Hunenbedden recherchaient
les «boulders», ces énormes cailloux de grès roulés
de moraines glaciaires, manipulés par les géants
et les nains. Le choix des matériaux dans la mise
en place d'un mégalithe était précis et dépendait
de la fonction et de l'aspect de la pierre. Il dénote
une familiarité totale avec le sous-sol géologique et
des échelles de valeur mêlant texture et couleur.
D ès le choix
des pierres,
minutieux, esthétique
et fonctionnel, la
dimension funéraire et
sacrée des mégalithes
apparaît. C'est bien
le cas du dolmen de
la Roche aux Fées
(ci-dessous). Le tombeau
était scellé et recouvert
par les remblais d'un
tertre, cette enveloppe
extérieure devenant
elle-même un lieu de
vénération. On a ainsi
l'impression que le
travail de construction
de la chambre était en
lui-même un acte sacré
qui possédait ses règles
et ses exigences. Le bel
ouvrage était destiné
aux ancêtres davantage
ne voyaient plus les
subtilités de la mise en
œuvre des blocs, mais
seulement le tumulus
de pierres et de terre.
C'est l'état de ruine
des monuments qui
nous fait comprendre
le dessein religieux
des constructeurs.
106 ENTRE CIEL ET TERRE
Les mégalithes, leur p aysa ge terrestre et cosmique
C'est vers 1723 que William Stukeley a, le premier,
l'intuition que les monuments
préhistoriques d'Avebury et R
de Stonehenge - mégalithes,
tumulus, fossés et levées de
terre - sont les architectures
d'un vaste ensemble
paysager, qu'il va dessiner
en déroulé. La topographie
y est bien observée,
d'autant que la campagne,
particulièrement dégagée
de tout arbre, en facilite
l'appréhension. Ses dessins
permettent de comprendre
que les monuments étaient
destinés à être vus de loin;
sans doute leur implantation
répondait-elle à une vision
cartographique, aux lieux
hiérarchisés, qui ne se
perçoit que sur des
projections aériennes.
Ce sens de l'espace est
la grande originalité des
L e site d'Avebury, et
son environnement,
(Wiltshire) apparaît
bien dans son ampleur
et sa complexité sur
le relevé dessiné
par Stukeley (page
de droite). Le plan
au sol ci-contre
montre la grande levée
de terre circulaire de
400 mètres de diamètre
doublée d'un fossé
intérieur puis d'un
cercle de pierres
dressées qui entoure
deux cercles plus petits
et tangents de menhirs,
aujourd'hui disparus.
Quatre passages situés
aux points cardinaux
servaient à aller
et venir dans ce vaste
ensemble circulaire.
DES MARQUES DANS LE PAYSAGE 107
D epuis la porte
Sud, un double
alignement de pierres
dressées rejoint, à
2 kilomètres, le petit
cercle du Sanctuary-,
une autre allée de ce
type partait de la porte
Nord. Toutes deux sont
visibles sur le relevé
ci-dessous.
architectures mégalithiques «ouvertes» que
révèlent les «avenues» de Stonehenge et de
Callanish, ou encore les alignements de pierres
dressées de Carnac et de Saint-Just, qui soulignent
sur des kilomètres, en ligne droite, les courbes
topographiques.
'y&rUn Jït éjp
108
110
113
Rêveries d ans
les ruines
L es romantiques,
peintres ou poètes,
ont fait de la poésie des
ruines antiques l'un de
leurs thèmes favoris.
Mais ils ont également
traduit leur émotion
devant ces monuments
inexpliqués en leur
temps que sont les
mégalithes. Devant une
tombe mégalithique
sombre, massive, dans
un paysage aux arbres
tourmentés, un
homme - le peintre
peut-être, Caspar
David Friedrich -
se penche sur le passé
(ci-contre). Johan
Christian Dahl,
peintre Scandinave,
a lui aussi représenté
des mégalithes
- au Danemark - dans
un environnement
solitaire (pages
114-115). Leurs
contemporains anglais,
Constable et Turner,
ont été, eux, fascinés
par Stonehenge.
Constable visite le site
pour la première fois
le 15 juillet 1820, et
retravaille longuement
à l'atelier, à l'aquarelle.
La vue de Stonehenge
au double arc-en-ciel,
qui donne du
monument une
vision cosmique,
date de 1835 (pages
108-109). Turner,
lui, est revenu à
plusieurs reprises
à Stonehenge. Il le
montre figé dans
l'éternité d'un paysage
pastoral (pages 110-111).
116 ENTRE CIEL ET TERRE
Les architectures «fermées» comme les tombes
mégalithiques, installées sur la crête ou le versant
des collines, sont quant à elles des points de
convergence d'où part le grand axe de l'orientation
du couloir d'accès rejoignant à l'horizon le point où
apparaît le soleil, un jour remarquable de sa course.
Car le paysage mégalithique n'est pas seulement
terrestre; la topographie modulée fonctionne avec
la lumière solaire, source de chaleur et de fertilité.
Le mouvement régulier du soleil va de pair avec
celui de la lune, dont l'observation semble fournir
dans certaines régions, comme l'Ecosse ou
l'Angleterre, d'autres points de repère sur l'horizon.
Tout le travail de l'archéologue est de retrouver
les traces d'occupation du sol, les différents types
d'habitat principaux et secondaires, et d'en établir
les chronologies pour tenter de reconstituer l'histoire
de ces territoires en leur paysage. Les géologues
testent les roches affleurantes tandis que les
amateurs d'ésotérisme viennent capter les courants
telluriques ou les nœuds magnétiques qui
caractérisent le lieu d'implantation de la pierre.
L e site de Callanish
(ci-contre et
ci-dessous), dans l'île
de Lewis (archipel des
Hébrides, en Ecosse),
est à l'origine une
tombe mégalithique
modeste protégée par
un tertre circulaire.
Celui-ci a été entouré
par la suite d'un cercle
de pierres dressées
duquel partent quatre
doubles alignements
orientés selon les axes
cardinaux.
DES AXES CARDINAUX 117
L'imaginaire mégalithique et la grande déesse-mère
L'enthousiasme pour l'étude des mégalithes,
la «mégalithomania», a connu son apogée au
XIX e siècle et a inspiré la plupart des études
actuelles. Les grosses pierres ont provoqué
puissamment l'imaginaire moderne. Les hommes
d'un lointain passé ont mis en relation architecture,
science et religion, prenant à témoin le grand
mouvement céleste, saisissant l'instant de la mort
pour exprimer, dans l'élaboration savante des
mégalithes, leur révolte affective et sociale.
Ces intentions inscrites dans les pierres nous sont
L / évolution de
1 Callanish semble
typique des îles
Britanniques, avec le
passage d'une tombe
mégalithique restant
une référence à
un monument
à architecture ouverte
hé à l'observation
du soleil et sans doute
de la lune comme à
Stonehenge. D'autres
cercles de pierres en
Ecosse étaient conçus
pour observer la lune.
j*'U> V
118 ENTRE CIEL ET TERRE
Le défi du néolithique
progressivement accessibles par de nouvelles
méthodes d'études pluridisciplinaires. L'imaginaire
moderne, qui se penche sur ces balbutiements
mythiques de l'art et de la science, rejoint ainsi
l'intention archaïque.
Tous participent de cette quête. La culture citadine
espère retrouver le sens des messages paysagers,
la culture rurale désire peaufiner ses connaissances
historiques et archéologiques. Les mégalithes sont les
témoins monumentaux, intégrés dans leur paysage,
de cette réflexion d'écologie fondamentale et sacrée.
Ils semblent dominés par un personnage féminin
que Jacques Cauvin n'hésite pas à reconnaître
comme la divinité néolithique - une déesse-
mère omniprésente, sous forme d'idoles
gravées, de sculptures et de statues-
menhirs. Un dieu guerrier serait son
pendant, représenté par le seul dessin de
ses armes, hache, crosse et arc au
néolithique, poignard à partir du
chalcolithique (III e millénaire).
L a statue
anthropomorphe
de Catel, à Guernesey,
à épaulement et tête
très stylisés, peut être
identifiée aux déesses-
mères néolithiques
à cause des seins
surmontés d'un collier,
et de la position des
bras et des mains qui
les rejoignent, comme
chez les déesses
du Proche-Orient.
Le visage n'est pas
sculpté, mais
était peut-
être peint.
Les impressionnantes mises en
œuvres mégalithiques d'Occident
- pierres dressés ou pierres de
tombeaux sous tumulus - posent
d'emblée le problème de la
hardiesse de la construction.
Il y faut un chef, volontaire et
diplomate, pour rassembler les
troupes capables de manipuler de
telles dalles,- puis des ingénieurs
géologues, qui sachent trouver
les bonnes pierres et maîtriser la
résistance des matériaux (pierre,
bois, cordes) nécessaires à la mise
en place - véritable prouesse -
des blocs géants. Il y faut sans
doute aussi un pouvoir religieux
pour déterminer l'emplacement
et l'orientation du monument
et donner à la construction
LES DEESSES-MERES 119
sa finalité - tombeau destiné aux reliques d'ancêtres
ou centre de cérémonies.
La traction et l'élévation des mégalithes ont longtemps
été une énigme, d'où les hypothèses les plus
extravagantes, jusque dans les années 1980 : écluse
hydraulique, tapis roulant de céréales, glissades sur
sol gelé, intervention d'extraterrestres, de forces
C reusée dans
la paroi en craie
de l'hypogée du Razet
à Coizard (Marne),
cette déesse-mère
se reconnaît aux seins
et au collier supportant
une grosse perle.
120 ENTRE CIEL ET TERRE
telluriques ou magnétiques - versions contemporaines
des titans d'autrefois. Pour en finir avec ces hypothèses,
plusieurs expériences ont été menées sur le terrain.
A Stonehenge, Richard Atkinson a fait tracter
des dalles par ses étudiants - trente-deux pour un
bloc de 1,5 tonne. En juillet 1979, sur le plateau des
Chaumes à Exoudun, où affleure le banc rocheux
d'où vient la dalle de 32 tonnes d'une tombe de
Bougon (Deux-Sèvres), pour la première fois, un bloc
du même poids a été tiré par deux cents personnes et
levé par soixante d'entre elles, manipulant en même
L / expérience réalisée
1 en 1979 à Bougon
a montré que deux
cents personnes
pouvaient tracter
un bloc de 32 tonnes
(ci-dessous). Le bloc
a été posé sur des
rouleaux, eux-mêmes
tournant sur des rails
en bois. Pendant que
les hommes tirent,
d'autres assurent
avec de petits leviers
temps
trois grands leviers,
utilisant les mêmes
matériaux d'origine - rouleaux de
bois, cordes végétales tressées, haches polies
pour tailler les troncs, pics en bois de cerf et coins
en bois pour entailler la roche, percuteurs siliceux
pour boucharder et régulariser le pierre. La technique
en a été améliorée en 1997 avec un système de
moyeu à rayons.
La mécanique mégalithique est astucieuse, et
sans savoir exactement celle qui était précisément
utilisée, on sait désormais qu'elle est non seulement
la progression
rectiligne du bloc;
quelques-uns, à
l'arrière, le poussent en
avant ou le retiennent.
En 1997, l'équipe de
Bertrand Poissonnier
a réussi à faire avancer
le même bloc de
32 tonnes avec
seulement quelques
dizaines de personnes
(en haut, à droite), en
fixant des leviers sur
chacun des rouleaux,
ce qui en a démultiplié
l'efficacité.
UN TRAVAIL DE TITANS 121
humainement accessible,
mais que pour défier le poids
des pierres, elle a atteint
un degré d'élaboration digne
des meilleurs architectes.
La mesure mégalithique
et la géométrie
un rationalisme empirique
Au début du siècle,
l'ingénieur A. Kerviler est
intrigue par
les distances assez
régulières qui séparent
les menhirs de Carnac et
d'ailleurs. Il propose une «unité de
mesure préhistorique» : le pied mégalithique
de 0,30 mètre, le «pas» mégalithique, qui équivaut
à 3 pieds c'est-à-dire à 0,90 mètre, et la corde de
30 pas, soit 27,10 mètres. Un professeur d'ingénierie
d'Oxford reprit la question et mesura les distances
C /est en se référant
aux Egyptiens qui
utilisaient le Nil pour
amener sur radeau les
pierres des pyramides
et les colosses des
temples que certains
archéologues comme
Richard Atkinson
pensèrent que des
pierres d'origine
lointaine, par exemple
les pierres de
Stonehenge, sont
arrivées par la mer
puis par les rivières.
Pour transporter un
bloc de 1,5 tonne,
l'équivalent d'une
pierre bleue de
Stonehenge, il relia
entres elles trois
barques à fond plat
et y fit reposer le bloc,
fixé sur des rouleaux
permettant ensuite de
le déplacer facilement
sur terre. Quatre de ses
étudiants dirigeaient
l'embarcation.
122 ENTRE CIEL ET TERRE
de centaines de pierres
dressées dans les îles
Britanniques et en
Bretagne. En bon Anglais,
il définit le « yard
mégalithique» qui
mesure 0,899 mètre
correspondant au «pas»
de Kerviler, puis la toise
mégalithique de 2,5 yards,
c'est-à-dire 2,08 mètres.
A partir de ces relevés
précis, le chercheur
Alexander Thom observe,
dans les années 1960, des constructions de figures
simples, hémicycles bâtis à partir de triangles-
rectangles à base pythagoricienne 3, 4 et 5. En 1977,
il décrit la géométrie des alignements de Carnac,
prenant pour unité le yard mégalithique. Il montre
l'importance du grand menhir du
tumulus du Manio et celle du
menhir brisé de Locmariaquer.
L'un et l'autre sont pour Thom
in
X3- £Z-
"/t „ -
iv/ i w ° ~i ~
/-À ,
12rny
\M rod>
Perimeter = 304 4 my
1 rod = 2Vi my
des frontons de mire pour les
observations solaires et lunaires.
Si les fouilles récentes de
Locmariaquer ne rendent plus
ces conclusions aussi évidentes,
II) O 20 40 60
imit i 1 1 — l — i i r
iüu o ioo
10 0 10 20 30
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0 4_50 60 70 80 mv
T-T-l 1 — I 1
West Cromlech Le Menec
80 m
200 ft
LA GÉOMÉTRIE DES ALIGNEMENTS 123
mate
mm
car le grand menhir n'était en fait pas isolé, les
archéologues restent intéressés par la démarche de
Thom et ses autres travaux. En Ecosse, celui-ci a pu
étudier les deux cents pierres dressées de Mid Clyth,
disposées en éventail selon une direction nord-sud,
et des files simples ou doubles de menhirs orientés
est-ouest sur des kilomètres comme à Eleven Sheares
et à Rhos y Beddan. De tels alignements de pierres
se retrouvent au sud de la Grande-Bretagne, en
Cornouailles, et dans le Dartmoor.
Des cercles de pierres, très nombreux dans les îles
Britanniques, ont été étudiés par A. Burl en 1976.
L'un de ces ensembles intégrés dans le paysage, situé
dans l'île de Mainland, dans l'archipel des Orcades,
combine une double fonction : funéraire d'abord, puis
d'observation astrale. Il comprend deux cercles voisins
de la grande tombe mégalithique de Maes Howe :
le premier est formé des douze « Stones of Stenness »,
disposées à l'intérieur d'un fossé interrompu par
une entrée qui mène à un coffre funéraire central;
le second cercle, dit «Ring of Brogar», de 104 mètres
de diamètre, est fait de soixante pierres bordant un
fossé creusé dans le grès rouge.
L es relevés de
A. Thom (page de
gauche) font apparaître
la construction
géométrique des
alignements du Ménec
à Carnac.
L / image virtuelle
réalisée par
Jean-Claude Golvin
reconstitue les grands
ensembles de Carnac.
Ci-dessus, sur la page
de gauche et sur celle
de droite, deux vues
d'ensemble des
alignements de
Kermario et de
Kerlescan, restituées
par l'ordinateur à partir
des informations
réunies par le Service
d'image scientifique
de l'université de
Bordeaux.
124 ENTRE CIEL ET TERRE
Les mégalithes, le soleil et la lune : la logique
des cycles
Deux monuments illustrent au mieux la fonction
d'observatoire de la course du soleil. Callanish Lewis,
dans les Hébrides extérieures, et surtout Stonehenge,
le plus révélateur. Dès 1666, John Aubrey avait
identifié ce site à un temple et découvert le cercle
de cinquante-six trous de 0,8 à 1,8 mètre de diamètre
(aujourd'hui comblés) qui bordent le talus doublé
d'un fossé circulaire, interrompu au nord-est par le
départ de l'« avenue» orientée vers le point du lever
du soleil, le jour du solstice d'été. Cette direction est
confirmée par la «Heel Stone», pierre en sarsen ou grès
de 6 mètres de haut, disposée dans l'axe de vision
d'un observateur placé exactement au milieu du
cercle. Ce premier aménagement correspond
L e site de
Stonehenge, dans
la plaine de Salisbury,
n'a rien d'exceptionnel
dans sa première
phase à la fin du
IV e millénaire : il s'agit
alors d'un simple fossé
circulaire bordé d'une
levée de terre. A la fin
de cette première
phase, l'entrée du site
et la «Heel Stone»
sont mis en place
(photo ci-dessous). Dans
une seconde phase,
trois à cinq siècles plus
tard, les cinquante-six
fosses dites «Aubrey
Holes» sont creusées
(schéma 1). Lors d'une
troisième phase, vers
la fin du III e millénaire,
les pierres bleues sont
dressées au centre du
site (schéma 2), tandis
que l'avenue confirme
l'orientation privilégiée
du site, celle vers le
point à l'horizon où
apparaît le soleil
levant, le jour du
solstice d'été. Les
trilithes en sarsen
auraient été construits
lors d'une quatrième
phase (schéma 3),
au début de l'âge du
bronze.
LES VISÉES CÉLESTES DE STONEHENGE 125
à la phase de Stonehenge I qui doit être de peu
antérieure à 3000 avant J.-C. Selon G. Hawkins
(astrophysicien américain auteur en 1954 du célèbre ;
Stonehenge Decoded ), un rectangle inscrit dans le <
cercle initial, à partir de quatre trous de poteau dont 1
deux sont entourés d'un petit fossé, est essentiel pour j
caler la position centrale de l'observateur et bien
l'orienter pour observer le soleil - et sans doute aussi ;
la lune, car les cinquante-six trous équivaudraient à
trois cycles lunaires nécessaires pour obtenir un
nombre entier de jours correspondant à un
nombre comparable de jours du cycle solaire.
Ainsi, les deux cycles se recouperaient, et en
particulier les éclipses seraient prévisibles.
Les autres aménagements de Stonehenge
(phases II, III, IV), plus spectaculaires
car ils concernent la couronne centrale
de trilithes et le « fer à cheval » en
sarsen, ainsi que le cercle des pierres
bleues, ne font que développer jusque
vers 1500 avant J.-C. la fonction
astronomique initiale.
j-i monument
circulaire de
Stonehenge peut être
considéré comme
le point d'observation
idéal du soleil et de
la lune, base pour une
véritable géométrie
astronomique.
L'orientation solaire, surtout par
rapport au levant, est fréquente dans
les constructions mégalithiques et
en particulier dans l'axe des couloirs
des tombes (Gavrinis, Newgrange...).
L'observation de la lune semble attestée
dans les cercles de pierres dressées en
Ecosse, dont la pierre d'autel ou recumbent
stone, au sud-ouest du monument, sert
à observer la course haute de la lune.
Survie et renaissance des mégalithes
Au-delà des efforts effectués pour
retrouver les techniques de construction,
les fonctions cérémonielles et l'insertion
■^^Tomorrow maybe too late.
Kescue
écologique ancienne des monuments mégalithiques,
les responsables de collectivités travaillent avec les
archéologues, les architectes, les paysagistes pour
rendre à ces architectures toute leur place physique
et spirituelle dans le monde contemporain. Tentative
audacieuse : O'Kelly est allé jusqu'au bout de ses
convictions avec la reconstitution de Newgrange, et
sa façade bicolore faite de quartz blanc et de boules
de granité noir. Le monument, avec ses pierres de
pourtour ornées et originales et son tombeau, est
devenu l'un des joyaux emblématiques de l'Irlande.
Il est plus difficile d'intégrer Stonehenge dans notre
monde contemporain, avide de sensations : le site, le
jour du solstice d'été, attire tous ceux qui cherchent
l'harmonie de la nature et du génie humain.
L es menaces
de destruction
des monuments
mégalithiques se sont
multipliées depuis que
les grands chantiers
d'autoroute, de chemin
de fer, d'aéroport ou
de remembrement
utilisent de redoutables
engins. Le symbole
de la destruction de la
mémoire archéologique
est cette affiche
anglaise du bulldozer
enlevant d'un coup
l'ensemble des trilithes
de Stonehenge.
QUEL DESTIN POUR LES MÉGALITHES? 127
Mais comment protéger Stonehenge de la foule ?
D'autres consolidations et présentations ont été
mises au point à Knowth en Irlande, à Barnenez et
à Bougon en France, à Hal Saflieni à Malte. Les sites
de Carnac et de Locmariaquer font certes l'objet
d'études, mais leur mise en valeur n'est pas simple :
que de tensions entre la fragilité des vestiges, leur
environnement naturel, et la demande d'un public
de plus en plus nombreux, attiré par le caractère
exceptionnel de ces pierres ! La renaissance de ces
architectures ne peut passer par la résurrection
d'une époque néolithique à jamais perdue. Elle
exige la sauvegarde et la vénération attentives
d'un héritage culturel impliqué dans nos mentalités,
notre culture, et notre sensibilité.
A près avoir été
exploré et fouillé
par O'Kelly, le tumulus
qui recouvre la tombe
mégalithique de
Newgrange a été
consolidé, et sa façade
reconstituée comme
elle l'était sans doute à
l'époque néolithique
(ci-dessus). Ce travail
de restauration protège
les parties originales
du monument, permet
l'accès des visiteurs
jusqu'à la tombe
centrale et fait mieux
comprendre la fonction
de cette architecture.
P ierres de mémoire,
les mégalithes
sont les plus lointains
témoins du passé de
l'Europe. Le site de
Stonehenge résume
à lui seul le caractère
exceptionnel de
ces monuments et
symbolise l'héritage
des hommes du
néolithique. Jamais
aucune image ne
l'épuisera (ci-contre,
le dernier plan
du film Tess, de
Roman Polanski).
TEMOIGNAGES
ET DOCUMENTS
66 Les siècles ont passé. Les descendants lointains des constructeurs
démunis disposent d’un pouvoir quasi illimité.
Ils peuvent lire dans ces pierres, rien que pierres mises à l’aplomb du sol
et que leur science déconcertée désigne d’un terme grec,
le premier témoignage d'une ambition obscure, la leur,
aussi démesurée, aussi mal dégrossie et aussi solitaire qu’elles.
Et ils admirent que des stèles difformes
inaugurent l'histoire entière de leur espèce.”
Roger Caillois,
Pierres suivi d'autres textes ,
Gallimard, 1966
130 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
L'analyse de Stukeley
L’auteur de Stonehenge,
a Temple Restored to the
British Druids, paru en
1 740, insiste sur l’aspect
architectural et religieux
de ce type de monument
si ancien et si original.
Son intuition va orienter
plusieurs générations
d’antiquaires.
Qui étaient les hommes
de Stonehenge ?
Stonehenge est certainement le
monument le plus imposant et le plus
singulier au monde dans son genre,
autant que l'on sache ; néanmoins il
en existe nombre d’autres, dont la forme
s’en inspire plus ou moins librement,
dont le volume est comparable et le
dessein le même, et ce dans toutes les îles
Britanniques. A tel point qu’on ne peut
douter qu’ils aient été édifiés par le
même peuple et cela sous la direction
des Druides britanniques.
Ces monuments sont innombrables :
de l’extrémité des terres de Cornouailles
jusqu’au promontoire le plus au nord de
l’Ecosse, que n’atteignit jamais le
pouvoir romain. On les retrouve dans
toutes les îles situées entre l’Ecosse
et l’Irlande, l’île de Man, les îles Orkney,
etc., ainsi que sur le sol irlandais même.
Et personne ne peut prétendre, autant
que je puisse savoir, que qui que ce soit
TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS 131
Aucun indice ne permet de savoir par
qui ils ont été édifiés.
Tout ce qu’on peut affirmer c’est que
la tradition les considère depuis toujours
comme sacrés. De nombreux faits
convergent dans le même sens :
qu’ils possèdent une vertu curative,
qu’ils aient été édifiés par des Irlandais,
qu’ils aient été rapportés d’Afrique,
qu’ils aient été de hauts lieux de culte,
des sanctuaires, des lieux de prière et
d’adoration, et que leurs noms soient ce
qu’ils sont. En outre, sur de nombreux
sites le souvenir et le nom des Druides
demeurent vivaces, et jusqu’à nos jours,
les populations enterrent leurs morts
à l’intérieur ou à côté de ces cercles,
pensant qu’il s’agit d’une terre sacrée.
Ce qui a été trouvé dans ces édifices,
ou à côté, appartient manifestement au
temps des Druides : urnes, ossements,
bijoux en ambre, perles de verre,
serpents de pierre, amulettes, objets
celtiques, hachettes en silex, pointes
de flèches et toutes sortes d’objets venus
des époques les plus reculées, de la plus
haute Antiquité, pratiquement des
premières implantations d’hommes dans
notre île, juste après le déluge de Noé.
J’ai toutes les raisons du monde
de croire qu’il s’agissait d’une colonie
orientale de Phéniciens; du moins
une colonie venue après la première
implantation celtique ici.
Stonehenge, a Temple Restored
to the British Druids ,
Stukeley, 1740,
traduction de Nathalie Daladier
d’autre ni aucune autre nation n’en
soient les fondateurs. Ces ouvrages sont
des cercles de pierres, généralement
brutes, de différents diamètres, dressées
sur un sol surélevé, dans un paysage de
landes et de petites collines herbeuses;
ils sont essentiellement composés
de pierres prises à la surface de la terre.
132 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
De la signification
des dolmens
Le Président de Robien est
le premier à avoir défendu
la fonction sépulcrale des
dolmens, mais d’autres
hypothèses, plus
romantiques, étaient
toujours préférées comme
celle de la table de sacrifices
humains. La signification
tombale des dolmens finit
enfin par s’imposer au
début de ce siècle avec
les comparaisons
ethnographiques.
Des tombeaux gaulois
Les tombeaux sont formés de pierres
d’énorme grandeur portées sur d’autres
élevées debout pour les supporter... On
sait que les Gaulois enterraient toujours
leurs morts hors des enceintes des villes
et leur élevaient de pareils tombeaux.
Ces pierres, qui frappent par leur
grandeur et qu’on a peine à regarder
comme des ouvrages de mains
d’hommes, n’ont rien d’étonnant quand
on considère les masses prodigieuses
des pyramides que les Egyptiens
destinaient à inhumer leurs morts.
Les Gaulois et les autres peuples
septentrionaux, plus grossiers mais non
moins religieux, suppléaient en
différentes manières à l’art et à la
magnificence des autres nations. Toute
la côte méridionale de la Bretagne enest
remplie ; la septentrionale ne l’est pas
moins et, si l’on n’en avait pas détruit un
très grand nombre, la multitude en serait
infinie.
De Robien,
Description historique et topographique
de l'ancienne Armorique ,
manuscrit conservé à la
bibliothèque de Rennes,
1698-1756
Un autel druidique
On remarque à quelque distance de
Carnac, entre Locmariaquer et les bois
de Kérantré, un autel druidique, dont la
table est soutenue par trois énormes
quartiers de rochers.
C’est sur de tels autels où l’art ne
disputait presque rien à la nature,
que les Gaulois, au rapport de Diodore
de Sicile, juraient leurs traités, et
que les Druides, leurs prêtres,
sacrifiaient à la divinité, choisissant le
plus souvent des hommes pour victimes.
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 133
L’énorme pierre qui couvre ce
monument s’appelle en notre langue :
dolmen.
La Tour d’Auvergne,
Les Origines gauloises, 1796
Un monument sacrificiel
Les autels permanents, en pierres brutes,
étaient ces monuments celtiques
désignés en archéologie sous le nom
de dolmens, autels qui devaient être
construits en pierres pures, c’est-à-dire
que le fer n’eût point touchées, parce
que son contact les aurait souillées. La
table des dolmens était l’aire sur laquelle
étaient offerts en sacrifices les animaux
qu’on immolait, et trop souvent elle fut
arrosée du sang des victimes humaines.
Après l’immolation et la combustion
de la victime, c’était encore sur cette ara
qu’on mangeait la portion de ces
victimes réservée pour servir d’aliments
à ceux qui les offraient et aux prêtres
qui y avaient droit.
Henry,
«Sur l’origine des monuments
en pierres brutes»,
Revue archéologique , 1850
De simples monuments funéraires
La destination des dolmens n’est plus
aujourd’hui douteuse. Il était encore
permis, il y a vingt ans à peine, d’y voir
des autels érigés pour des sacrifices
humains; la pioche n’avait pas alors
fouillé ces monuments et l’imagination
complaisante des archéologues pouvait
à son gré y voir la confirmation des
théories du temps; mais de nombreuses
explorations entreprises depuis cette
époque sont venues révéler dans
plusieurs de ces monuments la présence
de squelettes, ou du moins des traces
évidentes de sépultures. Il n’y a donc
plus à en douter : dolmens et tumulus
sont des monuments funéraires. Quant
aux prétendues cavités occupées par le
corps des victimes, aux rigoles destinées
à recueillir leur sang, il semble
aujourd’hui prouvé qu’elles n’avaient
de réalité que dans l’imagination des
savants antiquaires d’autrefois... S’il
fallait recourir à de nouvelles preuves
pour convaincre nos lecteurs de leur
origine funéraire, nous invoquerions
certaines appellations des plus
significatives qui se rattachent
à ces monuments. L’un d’eux, à
Locmariaker, s’appelle le Tombeau
du vieillard, Bé-er-gouss ou Bergouss.
Un champ, à Saint-Gildas-de-Rhuys,
qui contient une allée couverte, porte
le nom de Champ du Tombeau.
A Cléguérec, un chemin conduisant
à un dolmen s’appelle le Chemin du
Tombeau. Concluons donc que les
dolmens sont des tombeaux.
Abbé Hamard, préface pour
Ferguson, Monuments mégalithiques
de tous pays, 1878
Des dolmens aux Indes
Ayant appris par un de mes amis qui
a passé plus de vingt ans aux Indes qu’il
existait dans le pays des monuments
mégalithiques, j’ai voulu avoir de
plus amples renseignements, je lui ai
écrit, et il m’a répondu ceci : «Les
dolmens sont encore employés partout
pour réunir les restes des familles, ou
quelquefois toute une tribu en un seul
lieu. L’état absolument primitif de ces
peuples prête un intérêt particulier à
leurs coutumes ainsi qu’à leurs
monuments. »
Jenkyn-Jones,
«Des dolmens et les menhirs
sur les montagnes de Khasia»,
Bulletin de la Société archéologique
134 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
«Les pierres de
Carnac sont de grosses
pierres!»
L’ironie de Flaubert est
d’autant plus fondée que
lorsqu’il visite Carnac,
il est curieux et critique du
phénomène mégalithique
comme de tout ce qu’il
découvre en Bretagne.
Son enthousiasme pour
cette région fait peu de cas
des affabulations des
archéologues celtiques
de son temps.
Le champ de Carnac est un large espace
dans la campagne, où l’on voit onze files
de pierres noires, alignées à intervalles
symétriques et qui vont diminuant de
grandeur à mesure qu’elles s’éloignent
de la mer. Cambry soutient qu’il y en
avait quatre mille et M. Fréminville
en a compté douze cents. Ce qu’il y a de
sûr, c’est qu’elles sont nombreuses.
A quoi cela était-il bon? Sont-ce des
tombeaux? Etait-ce un temple? Un jour,
saint Cornille, poursuivi sur le rivage par
des soldats, allait tomber dans le gouffre
des flots, quand il imagina de les changer
tous en autant de pierres, et les soldats
furent pétrifiés. Mais cette explication
n’était bonne que pour les niais, pour
les petits enfants et pour les poètes,
on en chercha d’autres.
Au xvi e siècle, Olaüs Magnus,
archevêque d’Upsal (et qui, exilé
à Rome, composa sur les antiquités de
sa patrie un livre fort estimé partout, si
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 135
ce n’est dans ce pays même, la Suède,
où il n’eut pas un traducteur), avait
découvert que « quand les pierres
forment une seule et longue file droite,
c’est qu’il y a dessous des guerriers morts
en se battant en duel; que celles qui sont
disposées en carré sont consacrées à des
héros ayant péri dans une bataille; que
celles qui sont rangées circulairement
sont des sépultures de famille, et que
celles qui sont disposées en coin ou sur
un ordre angulaire sont les tombeaux
des cavaliers, ou même des fantassins,
ceux surtout dont le parti avait triomphé».
Voilà qui est clair; mais Olaüs Magnus a
oublié de nous dire comment s’y prendre
pour enterrer deux cousins, ayant fait
coup double, dans un duel, à cheval. Le
duel voulait que les pierres fussent
droites; la sépulture de famille exigeait
qu’elles fussent circulaires; mais comme
il s’agissait de cavaliers, on devait les
disposer en coin, prescription, il est vrai,
qui n’était pas formelle, puisqu’on
n’employait ce système que «pour ceux
surtout dont le parti avait triomphé».
O brave Olaüs Magnus ! vous aimiez donc
bien fort le Monte-Pulciano ? Et combien
vous en a-t-il fallu de rasades pour nous
apprendre toutes ces belles choses !
Selon un certain docteur Borlase,
Anglais, qui avait observé en
Cornouailles des pierres pareilles, «on a
enterré là des soldats à l’endroit même
où ils avaient péri » ; comme si
d’habitude on les charriait au cimetière !
Et il appuie son hypothèse sur cette
comparaison : « Leurs tombeaux sont
rangés en ligne droite tels que le front
d’une armée, dans les plaines qui furent
le théâtre de quelque grand exploit.»
Puis on alla chercher les Grecs, les
Egyptiens et les Cochinchinois ! Il y a un
Carnac en Egypte, s’est-on dit, il y en
a un en basse Bretagne. Or il est probable
que le Karnac d’ici descend du Carnac
de là-bas; cela est sûr! car là-bas ce sont
des sphinx, ici, des blocs; des deux côte
c’est de la pierre, d’où il résulte que les
Egyptiens (peuple qui ne voyageait pas)
sont venus sur ces côtes (dont ils
ignoraient l’existence), y auront fondé
une colonie (car ils n’en fondaient nulle
part) et qu’ils auront laissé ces statues
brutes (eux qui en faisaient de si belles),
témoignage positif de leur passage
(dont personne ne parle).
Ceux qui aiment la mythologie ont
vu là les colonnes d’Hercule; ceux qui
aiment l’histoire naturelle y ont vu une
représentation du serpent Python,
parce que, d’après Pausanias, un amas
de pierres semblables sur la route de
Thèbes à Elissonte s’appelait la Tête du
serpent , «et d’autant plus que les
alignements de Carnac offrent des
sinuosités comme un serpent». Ceux
qui aiment la cosmographie ont vu un
zodiaque comme M. de Cambry, qui a
reconnu dans ces onze rangées de pierres
les douze signes du zodiaque, «car il faut
dire, ajoute-t-il, que les anciens Gaulois
n’avaient que onze signes au zodiaque».
Ensuite, un membre de l’Institut
a conjecturé «que ce pouvait être bien
le cimetière des Venètes», qui habitaient
Vannes à six lieues de là, et lesquels
fondèrent Venise, comme chacun sait.
Un autre a écrit que ces bons Venètes,
vaincus par César, élevèrent tous ces
blocs, uniquement par esprit d’humilité
et pour honorer César. Mais on était las
du cimetière, du serpent et du zodiaque;
on se mit en quête, et l’on trouva
un temple druidique.
Le peu de documents que nous ayons,
épars dans Pline et dans Dion Cassius,
s’accordent à dire que : les druides
choisissaient pour leurs cérémonies des
lieux sombres, le fond des bois «et leur
vaste silence». Aussi, comme Carnac est
au bord de la mer, dans une campagne
136 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
stérile, où jamais il n’a poussé autre
chose que les conjectures de ces
messieurs, le premier grenadier de
France, qui ne me paraît pas en avoir
été le premier homme d’esprit, suivi de
Pelloutier, et de M. Mahé (chanoine de
la cathédrale de Vannes), a conclu «que
c’était un temple des druides, dans lequel
on devait aussi convoquer les assemblées
politiques».
Tout, cependant, n’était pas fini, et il
fallait démontrer un peu à quoi
servaient dans l’alignement les espaces
vides. «Cherchons-en la raison, ce que
personne ne s’est avisé de faire», s’est
écrié M. Mahé ; et, s’appuyant sur une
phrase de Pomponius Mêla : « Les
druides enseignent beaucoup de choses
à la noblesse, qu’ils instruisent
secrètement en des cavernes et en des
forêts écartées» et sur cette autre de
Lucain : «Vous habitez de hautes forêts
», il établit en conséquence que
les druides, non-seulement desservaient
les sanctuaires, mais y faisaient leur
demeure, et y tenaient des collèges :
« Puis, donc, que le monument de Carnac
est un sanctuaire comme l’étaient les
forêts gauloises (ô puissance de
l’induction, où pousses-tu le Père Mahé,
chanoine de Vannes et correspondant
de l’Académie d’agriculture de
Poitiers !), il y a lieu de croire que les
intervalles vides qui coupent les lignes
des pierres renfermaient des files de
maisons, où les druides habitaient avec
leurs familles et leurs nombreux élèves,
et où les principaux de la nation, qui se
rendaient au sanctuaire aux jours de
grande solennité, trouvaient des
logements préparés. » Bons druides !
excellents ecclésiastiques ! comme on
les a calomniés ! Eux qui habitaient là,
si honnêtement, avec leur famille et
leurs nombreux élèves, et qui même
poussaient l’amabilité jusqu’à préparer
des logements pour les principaux de
la nation !
L’amas de toutes «es gentillesses
constitue ce qu’on appelle
I’archéologie celtique [...].
Pour en revenir aux pierres de Carnac
(ou plutôt pour les quitter), que si l’on
me demande, après tant d’opinions,
quelle est la mienne, j’en émettrai une,
irréfutable, irréfragable, irrésistible, une
opinion qui ferait reculer les tentes
de M. de La Sauvagère et pâlir
l’Egyptien Penhoët, qui casserait
le zodiaque de Cambry et hacherait
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 137
Mais un homme, enfin, un homme
est venu, pénétré du génie des choses
antiques, et dédaigneux des routes
battues.
Il a su reconnaître, lui, les restes
d’un camp romain, et précisément d’un
camp de César, qui n’avait fait élever
ces pierres que pour servir d’appui
aux tentes des soldats et les empêcher
d’être emportées par le vent. Quelles
bourrasques il devait y avoir autrefois
sur les côtes de l’Armorique !
Le littérateur honnête qui
retrouva, pour la gloire du grand
Julius, cette précaution sublime
(ainsi restituant à César ce qui jamais
n’appartint à César), était un ancien
élève de l’Ecole polytechnique, un
capitaine de génie, le sieur de
La Sauvagère !
le serpent Python en mille morceaux.
Cette opinion, la voici : les pierres de
Carnac sont de grosses pierres !
Gustave Flaubert,
« Des pierres de Carnac
et de l’archéologie celtique»,
L'Artiste. 18 avril 1858
138 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
Le grand voyage des
mégalithes
En cette fin de siècle,
la Bretagne est en émoi,
on vient de lui enlever un
dolmen, on veut lui prendre
son plus beau menhir!
La presse relate les deux
affaires.
Episode pittoresque et inattendu : en
1896, Charles Piketty achète et enlève un
dolmen de Kerran pour orner le tombeau
familial au cimetière de Meudon !
Une opération lég ale
Quelques sincères amis des monuments
mégalithiques de notre vieille Bretagne
m’envoient une lettre d’alarme que je ne
puis que résumer ici, sans incriminer
personne, le propriétaire d’un dolmen
non acquis par l’Etat restant libre de le
vendre à qui bon lui semble, même pour
qu’il recouvre les cendres d’un modeste
rentier de Meudon.
Donc, un dolmen de Locmariaquer
fait route en ce moment pour le cimetière
de Meudon, où il sera reconstitué sur un
caveau de famille, comme monument
funéraire ! On ne dit pas s’il recevra
une inscription latine ou celtique.
Ce dolmen est celui de Kerran,
commune de Saint-Philibert. Il est à
grand dallage et se compose de treize
blocs en granit, dont l’un porte une
hache sculptée, emblème inconnu
jusqu’à ce jour aux archéologues de
cette région. La table
seule pèse 6800
kilogrammes. On l’a
placée sur des supports
de 1,90 mètre de
hauteur.
Sans chèvres ni grues,
cette table a été
amenée sur une plate-
forme à rouleaux au
moyen de leviers
et de crics. Puis sept
hommes, avec un
palan triple l’ont
conduite sur la grande
route distante de 210
mètres. Le transport
à la gare a été fait sur
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 139
un chariot venu spécialement de Paris,
traîné par seize chevaux.
L’expédition a été faite le 20 janvier de
la gare d’Auray pour celle des
Moulineaux (Seine-et-Oise). Avis aux
amateurs de
dolmens en
voyage. On va en
déballer un ces
jours-ci à
Meudon !
Tous les goûts
sont dans la nature
et chacun est libre
de se tailler par
avance le tombeau
qu’il lui plaît. On
ne m’empêchera
pas de déplorer que l’archéologue
meudonnais - il paraît à son aise si j’en
juge par les frais de ce transport - n’ait
pas laissé le dolmen de Ker-Han... à
Ker-Han et n’ait pas chargé son
architecte de lui en reconstituer une
simple copie à Meudon.
Le Petit Journal, 23 janvier 1896
Le tombeau celtique de Ker-Han
Sous ce titre : «Un tombeau celtique
en voyage», Le Petit Journal a raconté
récemment qu’un dolmen de
Locmariaquer venait être acquis par
un habitant de Meudon pour orner une
sépulture du cimetière de cette ville. [...]
Il nous a paru intéressant de savoir
quel était l’acquéreur de ce dolmen et à
quelle sépulture il était destiné. [...]. Ce
dolmen est destiné à orner la sépulture
de M. Piketty, riche industriel décédé il y
a environ un an.
De son vivant, M. Piketty était un
archéologue aussi passionné que
distingué. Correspondant de plusieurs
sociétés savantes, on lui doit de
nombreuses et très intéressantes
découvertes archéologiques faites dans le
lit de la Seine. Possesseur d’une grosse
fortune, il avait pu, à force de recherches
et de patience et non sans gros sacrifices,
réunir dans sa villa de l’avenue des
Fauvettes à
Meudon une
collection presque
unique de
spécimens
archéologiques
devenue
aujourd’hui la
propriété de son
fils M. Charles
Piketty, ingénieur
des arts et
manufactures.
Or, à plusieurs reprises, M. Piketty père
avait, au cours de ses conversations avec
des amis et des savants, manifesté le
désir de reposer après sa mort sous l’un
de ces mystérieux dolmens qui avaient
toujours fait son admiration. C’est donc
pour se conformer à la volonté
paternelle si souvent exprimée que
M. Charles Piketty, dans une pieuse
pensée filiale, s’est rendu acquéreur du
dolmen de Ker-Han.
Ce dolmen, véritable curiosité
scientifique est aujourd’hui placé
à l’entrée du cimetière de Meudon,
où il occupe une superficie de quinze
mètres carrés environ. D’importants
travaux de consolidation avaient dû
être exécutés pour recevoir cet
antique monument druidique, dont le
poids total représente environ vingt
tonnes. Voilà dans toutesa simplicité
l’histoire du tombeau celtique, lequel
aura, du moins sur la majorité des
sépultures, l’avantage incontestable
de n’être pas banal.
Le Petit Journal,
29 février 1896
140 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
Le menhir de Locmariaquer face à la
tour Eiffel pour l’Exposition de 1900!
Ce projet très sérieux n ’a été abandonné,
au dernier moment, qu’en raison des vives
protestations des Bretons, qui n ’ avaient
pas été consultés !
«Le Clocher breton» s'élève contre
le transfert
Vers le milieu du mois, paraissait, dans
les journaux, une lettre adressée par
M. le Contre-Amiral Réveillère au
directeur de l’Exposition de 1900,
et demandant qu’on fit figurer à cette
exposition le grand menhir brisé de
Locmariaquer. Peu après, l’amiral obtint
la réponse que son projet serait soumis
au comité de l’Exposition, et des
appréciations, plutôt favorables,
parurent à ce sujet dans la presse.
Je l’avoue, ma surprise fut extrême,
et les explications que donna, en divers
journaux, M. l’amiral Réveillère, ne
parvinrent pas à la dissiper. Un menhir à
l’Exposition !!! Je dus relire, il fallut bien
pourtant me rendre à l’évidence et il
m’apparut dès lors que le Clocher breton
se devait à lui-même de tenter une
protestation.
Le Clocher breton , nov. 1897
Réponse de l'amiral Réveillère
Le Celtisme est l’invincible sympathie
qui unit les représentants les plus
caractérisés, les plus intacts et les plus
purs des débris de cette domination celte
qui s’étendit, sur une bande trop étroite
pour sa durée, de l’Irlande à l’Asie
Mineure. Ces représentants, par
excellence, sont l’Ecosse, l’Irlande,
le Pays de Galles, l’Armorique.
C’est une utopie, dira-t-on. Pourquoi ?
Dans tous les cas, c’est une entreprise
à tenter. Tout rapprochement entre
les hommes, où qu’ils se trouvent et
quels qu’ils soient, est œuvre sainte. [...]
Telle fut la pensée qui nous décida à
demander le transfert du menhir de
Locmariaquer à Paris et sa reconstitution
pour l’exposition de 1900. La presse
française, déconcertée par cette proposition
inattendue, sentit vaguement que, sous ce
simple transfert de pierre, se cachait
quelque forte pensée. Elle ne savait
comment se prononcer sur une proposition
patronnée par les celtisants de l’envergure
de MM. Le Braz et Le Goffic.[...]
Le projet de transport du menhir de
Locmariaquer à Paris divisa la Bretagne
en deux camps : où la politique ne se
niche-t-elle pas? Au fond, s’agitait
la querelle entre la République une
et indivisible et le particularisme breton.
Ce dernier s’efforce de copier le
particularisme provençal, sans l’ombre
de succès d’ailleurs. Car, en dépit de
tous les attardés, la Bretagne est bien
française jusqu’aux moelles. Une dame
de la haute aristocratie bretonne me
disait à ce sujet : «Je combats votre
projet parce que je suis Bretonne, avant
d’être Française. » C’était bien là le débat.
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 141
«Ce n’est qu’à Paris qu’il (le menhir)
aura la force de symbole», disait
énergiquement M. Le Goffic.
Le symbole de l’unité morale de tous
les Mégalithes, union morale qui pèserait
étrangement sur les destinées du monde.
Gisant à terre, sur une pointe herbue
du Morbihan, il était le symbole d’un
passé vénérable, mais irrévocablement
mort. Aussi les fanatiques du passé
se révoltèrent-ils à la pensée d’un
déplacement qui le transformerait
en symbole de progrès et d’avenir.
Aux partisans superstitieux des vieilles
mœurs s’unirent les poètes qui, pour
conserver les bruyères, préféraient, au
sol fécond nourrissant les hommes une
terre habitée par les lapins. « Le pauvre
menhir aura la nostalgie des bruyères»,
disaient ces moyenâgeux. C’est le même
esprit qui entrave les voies
de communication, s’oppose
à la construction des ponts et sollicite
l’éloignement des chemins de fer
départementaux des gros bourgs
pour éviter la contagion.
Contre-Amiral Réveillère,
Mégalithisme , Paris, 1900
Frédéric Le Guyader^poète breton
Comme une énigme, au sein de l’Ere
quaternaire
Bien avant qu’on connût le Sphinx à l’œil
béant,
Les Primitifs avaient dressé ce roc géant
Qui gît en quatre blocs, frappé par le
tonnerre.
Ce gigantesque Aïeul que le Breton
révère,
On va l’arracher des bords de l’Océan,
Pour que Paris badaud, sceptique
et mécréant,
Vienne bailler devant ce «Clou du
Centenaire».
Allons, réveille-toi! Paris t’attend :
sois fier !
O témoin du Déluge, Ancêtre
de l’Histoire,
Va, sous la Tour Eiffel, chercher un peu
de gloire.
Colosse de granit près de la Tour de fer,
Le plus surpris de tous, au milieu
de la Foire,
Ce sera le Géant de Locmariaker.
142 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
«Tess d'Urberville»
Ecrit en 1891, Tess
D’Urberville raconte la
lutte d’une jeune femme
contre son destin; à la fin
du roman, elle s’effondre
sur un monolithe couché de
Stonehenge, le temple païen
du sacrifice qui correspond
si bien à sa révolte contre
la société contemporaine.
Bien que le ciel fût épais de nuages, une
lueur diffuse jetée par quelque fragment
de lune était venue à leur aide jusqu’ici.
Mais la lune disparut; les nuages
semblaient descendre sur leur tête et il
faisait noir comme dans un four. Malgré
tout, ils pouvaient encore trouver leur
chemin en restant autant que possible
sur le gazon pour éviter le bruit des pas,
chose facile, car il n’y avait ni haie ni
clôture d’aucun genre. Tout autour
s’étendait la plaine solitaire sombre
et désolée, sur laquelle soufflait un vent
âpre.
Ils avaient ainsi fait à tâtons trois
à quatre kilomètres quand Angel eut
soudain conscience de quelque vaste
monument tout proche qui se dressait
devant lui sur l’herbe. Ils s’y étaient
presque heurtés.
- Quel monstrueux endroit est -ce là ?
fit-il.
- Cela bourdonne, dit-elle. Ecoutez !
Il prêta l’oreille. Le vent, jouant sur
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 143
A daptation du roman de Thomas Hardy par
le cinéaste Roman Polanski.
l’édifice, produisait un grondement
pareil à la note de quelque harpe
gigantesque à une seule corde. Nul autre
son n’en sortait. Clare, levant la main
et avançant d’un ou deux pas, toucha
la surface verticale de la muraille ; elle
semblait de pierre massive sans joints
ni moulures; en la tâtant encore, il
découvrit que c’était un pilier
rectangulaire colossal; étendant la main
gauche, il en toucha un autre tout
semblable. A une hauteur indéfinie au-
dessus de sa tête, quelque chose rendait
le ciel noir encore plus noir, quelque
chose qui avait l’apparence d’une vaste
architrave, unissant horizontalement les
piliers. Ils pénétrèrent avec précaution
au-dessous ; les surfaces répercutaient
le doux frôlement deleurs pas; mais
ils semblaient toujours être dehors; il
n’y avait point de toit. Tess respirait
craintivement et Angel tout perplexe
dit :
- Qu’est-ce que cela peut être ?
Sur le côté, en tâtonnant, ils
rencontrèrent un autre pilier pareil
à une tour, carré et rigide comme
le premier; plus loin un autre, puis
encore un autre. L’endroit n’était que
portes et piliers, quelques-uns réunis
au-dessus par des architraves
continues.
- En vérité c’est un Temple des
Vents ! dit-il.
Le pilier suivant était isolé; d’autres
formaient un trilithon, d’autres étaient
couchés; leurs flancs faisaient une
chaussée assez vaste pour le passage
d’une voiture, et bientôt il devint
évident que c’était une forêt de
monolithes groupés sur l’étendue
herbeuse de la plaine. Le couple
s’enfonça plus avant dans ce pavillon
de la nuit et se trouva enfin au centre.
- C’est Stonehenge ! dit Clare.
- Le temple païen, voulez-vous dire ?
- Oui, plus vieux que les siècles; plus
vieux que les D’Urberville. Eh bien,
qu’allons-nous faire, chérie? Peut-être
trouverons-nous plus loin un abri.
Mais Tess, trop fatiguée, se jeta sur
une table de pierre qui était là tout près,
abritée du vent par un pilier. Grâce
à l’action du soleil pendant le jour,
la pierre était chaude et sèche et faisait
du bien après l’humidité de l’herbe rude
et glaciale qui avait mouillé ses jupes
et ses chaussures.
- Je ne tiens pas à aller plus loin,
Angel, dit-elle en étendant la main pour
chercher la sienne... Ne pouvons-nous
rester ici?
Thomas Hardy, Tess d’Urberville,
traduction Madeleine Rolland, 1939
144 TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS
Henry Moore
Pour le peintre et sculpteur
anglais Henry Moore qui
est revenu toute sa vie à
Stonehenge à intervalles
réguliers, le site représente
le lieu d’une expérience
artistique et spirituelle
complète.
C i-dessous, une sculpture de Henry Moore
inspirée de Stonehenge, pages suivantes,
ses lithographies.
Première visite à Stonehenge
Dans une lettre adressée au poète Stephen
Spender, Henry Moore relate sa première
visite du site, en septembre 1921, après
son arrivée à Londres comme étudiant
au Royal College of Art.
Peu après mon installation dans une
chambre minuscule de Sydney Street,
Chelsea (ce devait être fin septembre ou
début octobre 1921), je décidai un week-
end de voir Stonehenge. Je pris le train
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 145
qui arrivait à Salisbury en fin de journée,
puis trouvai un petit hôtel. La nuit
tombait. Après avoir mangé, je décidai
de ne pas remettre au lendemain ma
visite de Stonehenge.
Comme c’était une soirée claire, j’ai
gagné Stonehenge et l’ai découvert au
clair de lune. J'étais seul et terriblement
impressionné. Comme vous le savez,
le clair de lune grossit tout, et des
profondeurs et distances mystérieuses
faisaient paraître le site colossal.
J’y suis retourné le lendemain matin,
c’était toujours très impressionnant,
mais cette première visite au clair
de lune est restée pendant des années
mon idée de Stonehenge.
Sur deux ou trois lithographies, j’ai
essayé de me remémorer cet effet de clair
de lune. A cette époque, comme tant
d’autres choses aujourd’hui gâchées par les
foules, je ne me souviens pas d’y avoir vu
qui que ce soit, le soir ou dans la journée.
Après cette première visite
à Stonehenge, j’ai dû y retourner vingt
ou trente fois. Mary a été pensionnaire
146 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
à la Cranbourne Chase School
cinq ans ou plus, et deux fois
par trimestre, nous nous
rendions à Crichel. Nous
passions alors la nuit à
Salisbury et souvent, nous
allions voir Stonehenge. Je
prenais assez souvent des
photos et, de temps à autre,
faisais de petits croquis.
Je n’ai peut-être pas
mentionné un détail : j’ai
commencé l’album par des
eaux-fortes et n’ai décidé que
par la suite que des
lithographies conviendraient
mieux. Pour les eaux-fortes, on utilise
une pointe pour tracer des lignes fines,
technique qui n’est pas naturelle pour
rendre la texture de la pierre brute,
alors que les lithographies, pour
lesquelles on utilise de la craie sur de la
pierre, sont plus naturelles pour
représenter la texture de la pierre. Le
noir est également plus naturel sur les
lithographies, ainsi que la nuit; l’idée
du clair de lune était plus réalisable.
Le poète
Stephen Spender analyse
les œuvres de Henry Moore
Les premières lithographies sont, pour
la plupart, descriptives du Stonehenge
connu des touristes. Comme pour les
eaux fortes du crâne d’éléphant, le sujet
est facilement reconnaissable parce que
la distance est suffisante pour
permettre d’inclure tout l’arche d’un
trilithe, avec ses deux monolithes piliers
et son linteau au-dessus, ou bien
l’intérieur courbe d’un ovale de
colonnes, étrange colonnade. Toutefois,
les scènes «extérieures» vont du
descriptif au métaphorique. Un long
linteau reposant sur deux colonnes
amène une tension presque élastique :
en haut, la grande dalle couchée a un
poids immense.
Elle paraît pourtant presque éveillée,
maintenue là comme un sarcophage qui
contiendrait quelque chose de sinistre,
une momie ou un corps - fantomatique.
L’extrémité gravée plus étroite de cette
forme horizontale suggère les épaules,
la tête et le cou enfermés d’un cadavre.
Ainsi, un trilithe vu de côté comme
une tête et des membres me fait penser
à un corps voûté, bras et jambes
formant presque une ligne continue, et
à la tête au nez de chien d’une
sculpture égyptienne du British
Muséum. Au pied de cette forme,
repose une dalle plate dans ce qui
semble être une étendue d'eau, comme
une victime prostrée. [...]
Ces monolithes, vus à la lumière du
jour, ont la puissance cruelle de ceux
qui les ont traînés sur d’immenses
distances, qui ont durement taillé et
travaillé la pierre, développant ainsi ses
propriétés magiques de puissance,
intrinsèques au matériau. [...]
Stephen Spender in Henry Moore
Stonehenge , Ganymed Original Ed. Ltd,
1974, trad. Ghislaine Taxy
148 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
Un temple solaire
Hawkins aborde le
problème de la fonction
de Stonehenge non comme
archéologue mais comme
astrophysicien utilisant les
méthodes informatiques de
cette spécialité. Les résultats
obtenus étonnent son
auteur en raison de la
concordance précise
constatée entre les calculs
et les observations.
MOON
«INTER +1»
SUN
«INTER “24
La disposition des pierres dressées
de Stonehenge correspond-elle à des
positions célestes particulières ?
Pour Hawkins, trop de paramètres
concordent pour douter que Stonehenge
est un calculateur des doubles positions
du soleil et de la lune il y a 3 500 ans.
Nous décidâmes donc de passer tout de
suite aux corps célestes les plus évidents,
et qui jouaient un rôle de divinités aux
temps préhistoriques, le soleil et la lune.
Les résultats furent extraordinaires. Les
déclinaisons données par l’ordinateur
correspondaient de très près et avec
une grande fréquence à des positions
extrêmes du soleil - mais cela je m’y
attendais - et de la lune - ce que je
n’avais pas soupçonné. Ces alignements
que nous avions repérés
correspondaient, ou semblaient
correspondre, aux déclinaisons des deux
objets les plus remarquables du ciel.
J'ajoute «semblaient», car à ce stade
nous utilisions un programme de
recherche préliminaire d’une relative
précision céleste. Les alignements
de pierres et les déclinaisons qu’ils
avaient permis de calculer étaient aussi
iiooh nuuucn P r ^ c * s 0 ue P e r metta it la carte
-i» utilisée au départ, et nous
n’avions pas de positions parfaitement
précises du soleil et de la lune à
l’époque de Stonehenge. Nous
devions nous contenter
JJwwiN'rc" d’approximations imparfaites,
et pour vérifier des
moon corrélations apparentes,
-i>suMMER-2» il nous fallait les positions
extrêmes précises
j du soleil et de la lune,
1 500 ans avant
notre ère.
Nous avons alors introduit dans
l’ordinateur les déclinaisons extrêmes
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 149
actuelles du soleil et de la lune, pour
savoir ce qu’elles étaient 1500 ans avant
notre ère. Nous ajoutâmes au
programme le calcul des directions
de levers et de couchers du soleil
et de la lune. Ignorant ce que les
hommes de Stonehenge avaient pu
choisir, il fallut choisir trois définitions :
1. apparition du soleil ;
2. le disque solaire apparaît à moitié,
selon son diamètre, au-dessus de
l’horizon;
3. la circonférence complète tangente
à l’horizon.
Il existe encore 1° de différence entre
1 et 3. Ce n’est pas énorme, bien sûr,
mais je voulais déterminer avec autant
de précision que possible ce que les
hommes de Stonehenge avaient
exactement choisi comme définition.
Mais parlons maintenant de la lune.
Nous avons vu que le soleil se déplace
d’une position maximum au Nord en été,
avec une déclinaison de +23 °5,
correspondant à -23°5 au Sud en hiver.
Pour la pleine lune, c’est exactement le
mouvement inverse. Et son mouvement
relatif est plus compliqué que celui du
soleil. Ce mouvement comporte deux
maxima au nord et au sud. Dans un cycle
de 18 années 220 jours, elle varie de
sorte que ses déclinaisons nord et sud
varient de 29° à 19° pour revenir à 29°. Il
y a ainsi deux extrêmes, 29° et 19°, nord
et sud. Ce mouvement pendulaire relatif
est composé par les effets combinés de
l’inclinaison et de la précession de
l’orbite, et ce n’est pas un phénomène
facile à préciser en quelques mots. Même
un astronome éprouve une certaine
difficulté à voir clairement ce que cela
représente. Contentons-nous de savoir
que la lune a deux positions extrêmes
contre une pour le soleil.
Il ne fallut à notre machine
- l’ordinateur - que quelques secondes
pour déterminer la position du soleil et
de la lune en 1500 avant notre ère. Les
déclinaisons étaient +29°0 pour le soleil,
et +29°0 et +18°7 pour la lune.
Un rapide examen montra que ces
déclinaisons correspondaient de très près
à celles déterminées par les alignements
de Stonehenge.
Nous avons très soigneusement
comparé ces chiffres. Aucun doute.
Ces alignements bien connus et souvent
reproduits avaient bien un rapport avec
le soleil et la lune.
Bien sûr, je m’attendais à une certaine
relation entre Stonehenge et le soleil.
Je ne m’attendais cependant pas à une
liaison aussi précise et complète. Et je
ne m’attendais pas non plus à ce que la
liaison avec la lune fût également aussi
complète.
A moins d’un degré près, 12 des
alignements de Stonehenge indiquaient,
selon les résultats de l’ordinateur, une
position extrême du soleil. Et avec une
précision d’un degré et demi, 12 de ces
alignements montraient des positions
extrêmes de la lune.
On voit qu’aucune position
importante de Stonehenge n’échappe
à cette règle : toutes font référence
au soleil et à la lune. Ces positions
indiquent souvent des alignements
supplémentaires. Parmi les 12 points
indiquant uniquement le lever et le
coucher du soleil et de la lune, deux
seulement - le coucher de la lune
au solstice d’été à -29° et -19° -
y échappent. (Les pierres qui
compléteraient ces alignements
devraient, par symétrie, se trouver près
du trou d’Aubrey 28, mais cette zone
au-delà du fossé n’a pas encore été
complètement explorée.)
Gérald S. Hawkins,
Soleil sur Stonehenge,
Editions Copernic, 1977
150 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
Les dessins
de Gavrinis
La découverte de l’art
mégalithique a dérouté
les antiquaires du XIX e siècle.
Prosper Mérimée, premier
inspecteur des monuments
historiques, y voit autre
chose qu’un simple
ornement, mais désespère
d’en comprendre la
signification.
(j avrinis au siècle dernier (page de droite).
Des dessins bizarres
Outre sa situation souterraine, ce qui
distingue le monument de Gâvr’Innis
de tous les dolmens que j’ai vus, c’est que
presque toutes les pierres composant
les parois sont sculptées et couvertes
de dessins bizarres. Ce sont des courbes,
des lignes droites, brisées, combinées
de cent manières différentes.
Je ne saurais mieux les comparer
qu’au tatouage des insulaires de la
Nouvelle-Zélande, dont on voit des têtes
ainsi ornées, dans les cabinets d’Histoire
naturelle. Souvent sur la même pierre
il y a des divisions, des espèces de
compartiments qui séparent du fond
et encadrent une portion des dessins.
Pour graver tous ces traits extraordinaires,
on n’a pas pris le soin de polir
préalablement la surface de la pierre, car
sur presque toutes on voit ces grandes
ondulations irrégulières que présente
la cassure d’un bloc de granit; pourtant
aucune n’offre d’aspérités trop
marquées. Le trait des dessins gravé
en creux, à un demi-pouce de profondeur
à peu près, forme comme un canal, plus
étroit au fond qu’à la surface. Çà et là
quelques dessins se détachent en relief
sur le fond, comme ceux de la Table des
Marchands à Locmariaker.
Parmi une multitude de traits bizarres
qu’on ne peut regarder que comme
des ornements, on en distingue un petit
nombre que leur régularité et leur
disposition singulière pourrait faire
ressembler à des caractères d’écriture;
ce sont des triangles très allongés fort
semblables à des coins, ou bien à ces
instruments étranges de silex ou de jade,
qu’on appelle vulgairement Celts ou
haches celtiques. Dans un espace réservé
vers le haut de la cinquième pierre
de la paroi méridionale (je commence
à numéroter du côté de l’O.) on voit dix-
TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS
huit de ces coins disposés sur trois lignes
horizontales, les uns la pointe en haut,
les autres en sens inverse. La cinquième
pierre de la paroi opposée en présente
quatre sur une seule ligne. On en trouve
d’autres encore sur la quatrième et la
huitième pierre de la paroi N., mais au
nombre d’un ou de deux seulement. Les
coins de la quatrième pierre (paroi S.)
sont remarquables entre tous les autres,
parce que ce sont les seuls placés
horizontalement; leurs pointes sont
opposées. Souvent la base de ces coins
est arrondie, quelquefois fermée par
deux lignes qui se rencontrent sous
un angle très-obtus.
Une écriture cunéiforme?
Une imagination un peu vive n’hésitera
pas à voir là des inscriptions en
caractères cunéiformes; cependant en
les examinant avec attention, on n’y
découvre qu’un si petit nombre de
combinaisons distinctes, d’ailleurs si
souvent répétées, qu’on devra bientôt
renoncer à les considérer comme des
lettres d’une écriture inconnue. Ces
combinaisons sont au nombre de quatre,
suivant la position horizontale ou
verticale du coin et celle de sa pointe.
Mais il est évident que, sur plusieurs
pierres, deux coins ont été rapprochés à
dessein, de manière à former un groupe
distinct. Admettant cette réunion des
signes deux par deux, le nombre des
combinaisons sera porté à six; car on
peut distinguer deux groupes, les uns la
pointe en haut, les autres en sens inverse.
Peut-être faut-il considérer comme une
septième combinaison la réunion de
deux coins placés verticalement, l’un
élevé, l’autre renversé. Enfin on arrivera
à reconnaître un huitième caractère, si
l’on veut prendre pour un signe
particulier un coin la pointe en bas, au-
dessus duquel est tracé une espèce
d’ovale, comme un point sur un i
(septième pierre de la paroi S.). On
observera qu'une même combinaison se
représente jusqu’à cinq fois sur la même
pierre (deux coins la pointe en bas). Ce
petit nombre de signes et leur répétition
me semble prouver qu’ils ne sont pas des
caractères d’une écriture quelconque.
Que les hommes qui les ont sculptés
y aient attaché une idée, un sens, que ce
soit autre chose qu’un simple ornement,
cela ne me paraît pas douteux; mais
la signification, qui peut espérer
aujourd’hui la découvrir?
Prosper Mérimée,
Notes sur un monument
de llle de Gâvr'lnnis, 1858
152 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
L'art mégalithique
L’art mégalithique est l’un
des caractères originaux du
mégalithisme. Il comprend
des dessins plus ou moins
abstraits, piquetés, sculptés
ou peints sur les dalles
et blocs des monuments
mégalithiques. D’abord
passé inaperçu, puis jugé
incompréhensible, par
Mérimée par exemple
à propos de Gavrinis, l’art
mégalithique apparaît
de plus en plus, à mesure du
développement des
recherches, comme une
composante essentielle
du mégalithisme.
Trois grands foyers initiaux se distinguent :
le foyer breton, le foyer ibérique
occidental et le foyer irlandais.
Le foy_er breton (tableau 1)
1. Le foyer breton est aussi homogène
que foisonnant. Il est précoce et couvre
trois millénaires. Les grands thèmes
semblent se perpétuer à travers des
styles successifs. On le trouve sur les
piliers des dolmens aussi bien que
certains menhirs. Il est avant tout obtenu
par piquetage de la roche mais il y a
des exemples de sculpture. Les styles
suivants peuvent être distingués :
- Le style sobre ancien caractérise des
dessins au trait simple, souvent isolés :
les motifs sont classiques de l’art breton :
idole-écusson ou idole échevelée, hache
emmanchée ou pas, crosse, signes en V
parfois interprétés comme des cornes
bovines. Ces dessins se trouvent sur
les dalles des plus anciens monuments
mégalithiques du IV e millénaire.
On les retrouve jusqu’en Charente.
- Le style monumental semble réservé
aux grands menhirs de la région de
Carnac et chaque motif mesure plusieurs
mètres : idole, hache, hache-charrue,
crosse, taureau. Des fragments de ces
monolithes géants sont réutilisés dans
la construction des dolmens vers
4000 avant J.-C.
- Le style baroque reprend les thèmes
classiques de l’idole, de la hache,
de la crosse, des signes en U ou en V
et démultiplie les traits jusqu’à couvrir
la surface des dalles. Le plus bel exemple
est celui de Gavrinis où s’ajoutent les
motifs de l’arc et du serpent. On le date
du début du IV e millénaire.
- Le style plastique et les styles
apprentis concernent d’abord la
représentation de l’idole féminine dont
les seins sont dégagés en ronde bosse
TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS 153
Foyer breton :
I : cupule, 2 : signe en U, 3 : signe corniforme, 4 : crosse, 5 à 8 : haches,
9 : hache charrue, 10 : idole-écusson,
II : signe serpentiforme.
dans les allées couvertes bretonnes.
L’idole est ornée de cercles concentriques
dans le dolman coudé des Pierres Plates.
S’ajoutent des dessins de hache et d’une
«palette». Ce style et ces motifs se
retrouvent dans le Bassin parisien.
Le foyer ibérique occidental
(tableau 2 )
Le foyer ibérique occidental est celui
qui peut nous réserver les plus grandes
surprises comme l’attestent les fouilles
récentes des monuments de Soto
(Huelva), de Navalcan (Toledo) et de
Alberite (Cadix) datés du V e millénaire :
peintures et piquetages sont souvent
complémentaires comme par exemple
sur cette «statue-menhir» peinte en
rouge et aux serpents piquetés, trouvée
à l’entrée du dolmen de Navalcan...
Une scène peinte représentant un archer
visant des cerfs est une exception dans
le dolmen de Juncaïs à Viseu au Portugal.
La tendance «réaliste» comprend
aussi un gobelet à anse typique des
dolmens portugais. Le soleil et la lune
sont représentés sur les pierres dressées
154 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
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Foyer ibérique occidental :
1 : anthropomorphe et gobelet à anse, 2 : plan animal, 3 et 4 : motif floral,
5 et 6 : signes serpentiformes, 7 et 8 : soleil, 9 : signes en U.
piquetées aussi bien que sur des dalles
peintes de dolmens.
Les motifs géométriques, grands
zigzags, motifs floraux, où les simples
cupules semblent décorer des surfaces
entières à Soto ou à Alberite, qui font
dire aux archéologues que ces chambres
ont été de véritables temples-sanctuaires
avant que leur entrée n'ait été
condamnée.
Le foyer irlandais {tableau 3)
Le foyer irlandais est assez tardif (fin
IV e millénaire) et très homogène. Il est
caractérisé par des motifs circulaires ou
spiralés et losangiques ou en zigzag. On a
distingué deux styles selon que les motifs
étaient ordonnés ou pas. Le style
ordonné est représenté par les blocs
de Newgrange tandis que le style libre
est celui de Loughcrew.
Quelques dalles présentent une
composition équivalente à un corps
surmonté de deux yeux : on les suppose
anthropomorphes et représentant la
divinité gardienne des tombes
sanctuaires.
« Déesse-mère » et statue-menhir
Les trois monolithes anthropomorphes à
l’entrée des trois chambres du cairn III
de Gennog (Finistère), les stèles au profil
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 155
«en écusson» comme celle de la Table
des Marchands, l’idole-écusson piquetée
sur plusieurs dalles, présentant des
caractères communs avec les stèles,
semblent les expressions d’un même
thème. En effet, lorsque ce personnage
est traité d’une manière plus réaliste,
avec les stèles de Kermené, Le Trévoux
et le Catel, ou sur les dalles des allées
couvertes de Bretagne ou du Bassin
parisien, les seins biens marqués
symbolisent, avec le collier, la féminité.
Pendant tout le néolithique, ce
personnage appelé pa? J. Cauvin «la
déesse mère» en référence à la divinité
du néolithique pro-orientale serait en
effet omniprésent dans les monuments
mégalithiques.
Ce n’est qu’à la période suivante,
à partir du Chalcolithique, que les
statues-menhirs du midi de la France,
de Suisse et d’Italie, se partagent entre
statues ou stèles féminines et masculines
et, dans ce cas, avec représentation
d’armes.
Jean-Pierre Mohen
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Foyer irlandais :
motifs circulaires 1 et 2, spiralées 4, en soleil et en étoile 5
signes en IJ 3
motifs rectilignes 6 et 7, anguleux 9 et losangiques 10.
156 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
La traction d'un
mégalithe ou la fête
commandée
Pour aborder l’expérience
de traction d’un mégalithe,
comme il y a 6 000 ans,
il convient de réunir
aujourd’hui non seulement
les matériaux et les
techniques mais il faut
aussi se poser la question
des intentions des
protagonistes. Rien de cette
enquête n’est simple mais
quelques indices nous
mettent sur la voie.
L'apport de l'iconographie antique
L’iconographie antique nous livre
quelques images devenues classiques
comme la célèbre représentation
égyptienne de la tombe de Djuti-hetep
à El Berschi. On y voit la traction d’une
statue colossale évaluée à 60 tonnes
et fixée sur un traîneau halé par quatre
rangées de tireurs attachés aux cordes.
Sur les genoux du colosse, on reconnaît
le chef de travaux qui dirige la
manœuvre et face à lui, un prêtre
probable.
Un autre relief, assyrien, conservé au
British Muséum, nous montre également
la traction d’une sculpture monumentale,
à l’aide de glissières et d’une foule
constituant la main-d’œuvre nécessaire
à une telle opération.
Dans ces illustrations, de même que
d’après les témoignages rapportés par
des voyageurs du siècle dernier, ou même
au début du siècle, à Madagascar, en
Inde, en Indonésie, le scénario présente
des points communs. La mise en œuvre
des grosses pierres exige un fort
rassemblement de population et le projet
collectif engendre une grande fête. Il
existe une symétrie entre le poids du bloc
et l’énergie humaine mobilisée. Cette
balance entre la masse matérielle inerte
et le mouvement impliqué par la réunion
de toutes ces vies humaines, apparaît
comme essentielle dans le processus
de construction du temple en l’honneur
du dieu ou de la tombe en hommage
à Pharaon ou à l’ancêtre insigne.
D’après ces informations, la mise
en place d’un mégalithe, parce que
le caractère de ce dernier est d’être
particulièrement lourd, implique
la participation du plus grand nombre
qui trouve dans l’effort et le défi, une
certaine ivresse entretenue plus ou
moins par la boisson, en raison de motifs
religieux, ethniques, claniques. . . Le
débordement d’énergie vitale dans la
réussite du rite funéraire des dolmens
malgaches, devient le moteur
événementiel de la société.
Les fouilles de Bougon
Les fouilles de la nécropole de Bougon
ont révélé les outils des carriers
néolithiques, trouvés au fond des
carrières bordant chaque tumulus.
Il s’agissait de pics en bois de cerf et
de percuteur, en chaille pour débiter des
158 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
blocs de moins de 50 kg qui constituaient
le tumulus et ses parements. Les mêmes
outils avaient dû être utilisés sur le bord
des plateaux où affleurent les grandes
dalles à quelques kilomètres de la
nécropole. Ils ne suffisaient pas. Pour
envisager la reconstitution nous avons dû
faire intervenir les leviers en bois, puis
des rouleaux et des glissières ou rails
démontables. Il fallut aussi imaginer les
cordages que les fouilles lacustres des
pays alpins et jurassiens ne manquent
pas de nous transmettre. Il a fallu préparer
200 kilos de corde de lin pour envelopper
le bloc de 32 tonnes comme dans un filet
et le relier aux six rangées de tireurs.
Bougon, 28 juillet 1979
Le matin du 28 juillet 1979, près de 500
personnes s’étaient déplacées pour aider
à tirer le bloc ou pour voir; ceux qui
venaient aider étaient regroupés par
petites équipes et chaque responsable
expliquait le rôle de chacune d’elles.
Cinq équipes autonomes de 6 à 8
personnes s’exercèrent à manipuler les
rouleaux et les rails de chêne qui
pesaient chacun 300 kg et les mirent en
place devant le bloc tandis qu’une équipe
était chargée de lever les cordages avec
des grandes perches. Lors d’un premier
essai de traction, les cordes sont tendues
mais un rouleau sembla s’être coincé
et le bloc n’a pas avancé. Il a fallu, grâce
à un levier, dégager le rouleau repéré et
le remplacer. Lors du deuxième essai,
230 hommes tiraient et 20 poussaient, les
cordes se sont à nouveau tendues et le
bloc s’est déplacé, entraîné par son poids
dans un grand bruit de rouleaux. Cinq
ou six mètres avaient été parcourus.
Une grande clameur a suivi comme s’il
s’était produit un événement important.
Plusieurs tractions ont été ainsi réalisées
dans la matinée après avoir replacé
devant le bloc le chemin démontable
avec ses rails et ses rouleaux récupérés
à l’arrière. Une quarantaine de mètres
à été parcourue. L’une des tractions a pu
être faite avec 170 hommes qui tiraient et
20 qui décollaient le bloc à l’arrière avec
de petits leviers individuels. La traction
a d’abord été faite avec la corde tenue
au niveau de l’épaule et avec des
hommes qui avançaient : elle a été aussi
expérimentée avec les hommes marchant
à reculons et tenant la corde au niveau
de la ceinture, ce qui semble plus
efficace encore.
Une seule difficulté est apparue
lors de cette expérience : malgré les
précautions prises pour maintenir le bloc
lors de son déplacement dans l’axe
rectiligne du chemin démontable,
probablement en raison de l’irrégularité
de l’un des rouleaux, le bloc s’est mis
à dévier lors des deuxième et troisième
tractions. Un grand levier d’une dizaine
de mètres manipulé par une vingtaine
d’hommes et placé à l’endroit précis
indiqué par J. Bezombes fils a permis
de ramener le bloc dans l’axe du chemin
démontable et l’expérience a pu être
poursuivie.
Le même principe de ce grand levier a
été appliqué l’après-midi du 28 juillet
1979 pour élever le bloc de 32 tonnes
sans l’aide d’une rampe. Il a suffi de
placer trois grands leviers sur l’un des
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 159
petits côtés du bloc, de les
abaisser en même temps pour
lever d'un côté le bloc d'une
cinquantaine de centimètres,
le vide obtenu étant comblé
par une traverse de bois qui
maintenait le bloc à sa nouvelle
hauteur. Les leviers dégagés sont
ensuite placés de l’autre côté.
Ainsi par un jeu de leviers et un
système d’entrecroisement de
poutres, le bloc est élevé à la
hauteur voulue. Lors de
l'expérience, il a été monté d’un
mètre environ.
Jean-Pierre Mohen, Les dossiers
de l'archéologie, sept.-oct. 1980
Bougon,, 22 juin 1997
L’expérience de traction a été
renouvelée à Bougon le 25 juin 1995,
avec le même bloc et le même système
de cordages et rondins. L’amélioration
de la technique a permis de ramener
le nombre des tireurs à 120, ce qui était
un beau résultat !
L’année suivante, une publicité
annonce dans les journaux qu’au cours
du dimanche 22 juin 1997, «nous allons
tenter de la déplacer [la dalle de 32
tonnes] avec moins de cinquante
personnes, sans tirer, ni pousser,
et sans cordages». Bernard Poissonnier,
archéologue du Centre d'Etudes
des techniques et de recherches
expérimentales en préhistoire
(Belgique), est venu avec ses amis pour
tester une idée qui lui est chère :
«Nous avons perforé des rondins de bois
en plusieurs points, ce qui permet de
les faire tourner sur eux-mêmes grâce
à différents leviers. La pierre bouge
ensuite.» Ces rondins sont en effet
les rouleaux qui font avancer la pierre :
ils deviennent alors des moyeux et des
leviers des rayons d’une «proto-roue».
Avec ce système que l’on peut qualifier
de rotatif, les efforts sont concentrés
et le nombre des intervenants devient
minime : une dizaine de personnes
peuvent faire bouger le bloc.
La nouvelle expérience fait appel
à une technique astucieuse qui montre
bien que la technique seule n’a sans
doute pas été un handicap majeur
pour les constructeurs de mégalithes.
Ce système n’a jamais été signalé et,
pour l'instant, il semble une invention
moderne. Nous avons vu que le
problème n’était pas de réduire à
outrance le nombre des participants
à cette grande fête qu'était la mise
en place d’un gros bloc. Une technique
plus traditionnelle était peut-être plus
conforme à l’esprit de cette gigantesque
opération. On reste d'ailleurs songeur
quand on compare les 32 tonnes de
l’expérience de Bougon aux 350 tonnes
du Menhir brisé de Locmariaquer pour
lesquelles il faut peut-être penser à des
techniques aussi élaborées que celle
de Bernard Poissonnier.
Jean-Pierre Mohen
160 ANNEXES
GLOSSAIRE
Alignement
Série de pierres dressées disposées en ligne
droite. Il peut y avoir plusieurs lignes parallèles,
comme à Carnac. L’alignement est parfois
complété d’une enceinte ovale ou rectangulaire
également délimitée par des pierres dressées.
Allée couverte
La pertinence de cette notion, qui recouvre
des réalités diverses selon les auteurs, doit être
nuancée. Le seul critère général est la longueur
démesurée d’une chambre -couloir bordée de
dalles :
- Allée couverte de type armoricain,
construite au-dessus du sol et couverte d’une
série de dalles enfouies sous un tumulus allongé :
elle présente une antichambre et une cella
terminale, parfois décorée; l’allée couverte
arc-boutée présente des dalles latérales inclinées
vers l’intérieur et se soutenant l’une l'autre.
- Allée couverte de type aquitain, construite
au-dessus du sol; sa particularité est la hauteur
croissante des piliers latéraux à mesure que
l’on s’approche du chevet.
- Allée couverte de type Aude, à antichambre
et chambre à hauteur décroissante.
- Allée couverte de type Bassin parisien,
aménagée dans une tranchée avec une
antichambre parfois décorée : certaines allées
couvertes de ce type présentent des parois
en pierres sèches et d'autres en bois. Dans
de nombreux cas, la couverture ne semble pas
être mégalithique. Des liens iconographiques
et rituels existent entre ces monuments et les
hypogées de la Marne.
- Allée couverte de Westphalie et de Hesse,
ou Steinkiste . à entrée axiale. Un certain nombre
de ces monuments peuvent présenter une entrée
latérale : c’est le cas d’une série de tombes du
Danemark, d'Allemagne du Nord, de Hollande
et de Bretagne pour lesquelles on n'utilise pas
le terme d’allée couverte.
Anthropomorphe
En forme de silhouette humaine, comme
certaines dalles sculptées à épaulement qui,
en Bretagne, évoquent l’idole en écusson.
Antichambre en vestibule
Partie antérieure d’une tombe mégalithique
ou d’un hypogée, distincte de la chambre mais
de même largeur et de même hauteur qu’elle.
Elle se distingue en cela du portique et du couloir.
Avenue
Grande allée bordée de fossés et de levées de
terre, menant à un centre cérémoniel, comme
Stonehenge par exemple.
«Cairn»
Terme breton désignant le tumulus en pierres
architecturé d'une tombe mégalithique.
Caveau
Lieu funéraire où l’on dépose le corps d’un défunt.
«Cella»
Espace fermé et sacré d’un temple ou bien
d'une chambre funéraire.
Cercle
Terme général pour désigner toute structure
circulaire, le plus souvent un cercle de pierres
dressées, bordé ou non d’un fossé, d’une levée
de terre ou d’une palissade.
Chambre à couloir
Chambre funéraire à couloir d’accès qui
permettait d’atteindre le centre funéraire
du monument depuis le bord du tumulus.
La chambre à couloir est souvent tout ce qu’il
reste de la tombe quand le tumulus a été érodé.
Chambre funéraire
La chambre funéraire est une construction en
pierre ou en bois dont les dimensions dépassent
2 mètres sur 1 mètre en surface et 1 mètre de
hauteur intérieure, ce qui la distingue du coffre
et de la ciste. La chambre abrite le plus souvent
des sépultures collectives
Chambre simple
Il s’agit d’un espace funéraire fermé, aménagé
sous terre ou dans un tumulus, et ayant des
dimensions intérieures supérieures à celles
d’une ciste ou d’un coffre, c’est-à-dire 2 mètres
de long sur 1 mètre de large et 1 mètre de
hauteur. La chambre simple est une sépulture
le plus souvent collective. On y accède de
différentes manières qui ne sont pas toujours
facilement reconnaissables : déplacement
de dalle, déblai de pierrailles, etc.
GLOSSAIRE 161
Chevet
La dalle de chevet d’une chambre mégalithique est
la dalle de paroi qui est opposée à l’entrée. La plus
belle dalle de chevet est celle de la tombe de la
Table des Marchand, à Locmariaquer, avec son
profil anthropomorphe et son décor de crosses.
Ciste
Par analogie avec la cista latine qui signifie
«petit panier à couvercle», ce terme est utilisé
pour désigner une petite construction faite avec
des pierres sèches ou avec des dalles verticales
et horizontales, pour abriter une sépulture
individuelle, ce qui la distingue du coffre.
Coffre
Il désigne une construction funéraire en pierre
ou en bois de dimensions modestes, dont
l’accès se fait, le plus souvent, par le dessus.
Il ne dépasse pas, en général, 2 mètres sur
I mètre en plan et 1 mètre de hauteur intérieure,
ce qui le distingue de la chambre funéraire.
II est destiné à recevoir des sépultures
collectives, ce qui le différencie de la ciste.
Condamnation
Lorsqu’une tombe mégalithique a reçu ses
dépôts funéraires et ses offrandes, elle est
souvent condamnée : tout d’abord, le couloir
d’accès est bouché par des pierrailles et caché
par un parement ou une dalle; ensuite, le
monument et, plus particulièrement, la zone
de la façade sont recouverts par un amas
de pierrailles. Parfois, il semble qu’on ait
volontairement détruit certaines structures
en bois ou en pierre, par le feu par exemple.
Bien que condamné à la première utilisation,
le monument pouvait être encore vénéré comme
le prouvent ses réutilisations postérieures.
Couloir
«Passage moins large et moins haut que la
chambre sépulcrale, permettant de s’y introduire
à partir du bord du tumulus» (Jean Arnal, 1956).
«Court-cairn»
Terme anglais désignant un tumulus à cour.
En Irlande, la cour peut être interne quand le
tumulus l’entoure complètement. Elle peut être
externe quand elle est simplement limitée par
une façade concave.
«Cromlech»
Terme gallois désignant une dalle supportée par
des blocs - l’équivalent du dolmen - puis, plus
largement, le cercle formé par les blocs
entourant un tumulus qui recouvre une chambre
mégalithique : ces blocs forment un péristalithe.
Par extension, certains auteurs ont utilisé ce
terme pour dénommer tout cercle ou toute
enceinte mégalithique.
Crosse
Motif de l’art mégalithique, visible dans les
tombes bretonnes et sur les statues ou menhirs
du sud de la France. Son profil évoque les
crosses votives en schiste gravé, déposées dans
les tombes mégalithiques portugaises, ainsi
qu’une massue en bois trouvée à Auvernier-
Saunerie, sur les bords du lac de Neuchâtel.
Cupule
Petite dépression circulaire faite sur une dalle
ou sur un rocher. Souvent groupées, elles
résultent d’un geste rituel répété, dont la
signification nous échappe.
Culture
Les archéologues désignent sous ce nom
un ensemble homogène de manifestations
matérielles (outils, armes, parures, habitats, rites
funéraires, etc.), dont ils observent les vestiges.
La culture possède une limite géographique
et chronologique. A l’intérieur d’une même
culture, se distinguent des faciès (céramiques,
architectures, etc.). Plusieurs cultures peuvent
former une civilisation, comme la civilisation
néolithique d’Europe occidentale, la civilisation
grecque ou la civilisation romaine.
Dalle
Grande pierre plate généralement peu épaisse.
Dallette
Petite dalle utilisée, par exemple, pour
constituer un dallage ou un compartimentage.
Dalle anthropomorphe
Monolithe de taille importante (1 mètre et plus)
sculpté en faible relief sur une seule face pour
indiquer le visage et quelques attributs, ou plus
simplement sculpté en forme de silhouette
anthropomorphe avec épaulements et pointe
évoquant la tête.
Dalle-hublot
Dalle perforée située à l’entrée de certaines
chambres funéraires.
Dolmen
162 ANNEXES
Ce terme gallois dénomme une «table de
pierre», vestige le plus fréquent de la chambre
funéraire d’un monument mégalithique.
«Quoique le nom de lieu Tolmaen figure dans
une charte du cartulaire de Landevennec pour
désigner on ne sait quel lieu-dit, c'est Th. M.
Corret de Kerbeauffret de La Tour d’Auvergne
qui a popularisé le barbarisme dolm'm employé
chez Legrand d’Aussi et dolmen chez J. Cambry
(au lieu de taolven pour désigner correctement
une table de pierre). Ce mot, par suite de l'usage
élastique qui en a été fait, ne vaut plus guère que
comme nom très général pour toute sépulture
mégalithique» (Pierre-Roland Giot. 1979).
Tel que Jean Arnal le définit en 1956,
«le dolmen est une chambre sépulcrale ouverte,
généralement mégalithique, recouverte d'un
tumulus et destinée à recevoir plusieurs
inhumations».
Ecusson
Motif gravé ou piqueté sur les dalles des tombes
bretonnes; il représente de manière très
abstraite une figure anthropomorphe,
interprétée comme une idole.
Encorbellement
«Voûte “en four” obtenue en faisant avancer
en porte-à-faux les pierres posées les unes sur
les autres jusqu'à ce qu'elles se rejoignent
ou qu'une dalle joue le rôle de clé de voûte»
(Jean Arnal, 1956).
Fosse
Il s’agit normalement d'un trou creusé dans
le sol, le plus souvent remblayé. Il existe
des fosses de fondation, les fameux «trous
de poteau», ou des fosses qui reçoivent la base
de piliers, de dalles de paroi ou de pierres levées.
On trouve souvent dans ces fosses des pierres
de calage. La fosse de fondation reçoit parfois
une offrande qui sacralise le monument, par
exemple dans le cas de certaines pierres levées.
Il existe enfin des fosses funéraires ayant reçu
les restes d'incinération ou d'inhumation :
ces vestiges sont individuels ou collectifs.
Grotte artificielle
Monument souterrain creusé dans le roc
et destiné le plus souvent à recevoir une
sépulture collective. Les grottes artificielles
sont fréquentes dans le Bassin méditerranéen.
Ce terme général recouvre une forme
particulière à antichambre, appelée hypogée.
Il est justifié de rapprocher étroitement
les grottes artificielles et les monuments
mégalithiques car il existe entre eux de
nombreux points communs, chronologiques,
fonctionnels et iconographiques.
Henge
Nom anglais qui désigne traditionnellement une
structure circulaire. Celle-ci peut être constituée
d’un fossé le plus souvent accompagné d'une
levée de terre et/ou d'une série de pierres
dressées. La variété des éléments de cette
architecture ouverte apparaît à Stonehenge
[Voir Cercle ].
«Hougue» ou «hogue»
Tumulus, en patois normand.
Hypogée
Cette forme particulière de grotte artificielle
est constituée d'une chambre funéraire précédée
d'une antichambre de dimensions plus réduites,
à laquelle on accède de l'extérieur par un couloir
en pente.
Idole
On désigne ainsi des représentations
anthropomorphes, qu'il s'agisse de statuettes
souvent stylisées en terre cuite, en os ou en
pierre, ou bien de dessins, piquetés aussi sur
les dalles des tombes mégalithiques. L'un de ces
dessins, appelé écusson ou «idole échevelée»
est d’une grande abstraction.
Incinération
Cette pratique funéraire souvent difficile
à reconnaître est plus répandue qu’on ne
l’a d’abord pensé : fréquente en Irlande,
elle semble apparaître sporadiquement dans
les tombes mégalithiques des autres régions.
Inhumation
Ce terme désigne, dans le sens le plus large,
toute pratique de dépôt de cadavre ou d’os
humains, même s’il n’est pas recouvert de
terre. Il s'oppose alors à l'incinération.
En réalité, le mot «inhumation» recouvre
des pratiques très différentes les unes des
autres : au sens le plus strict, il désigne
un enterrement.
Maison des morts
Au Danemark, petit édifice en bois, torchis
et chaume, dans lequel on déposait un défunt
et des offrandes. Plusieurs individus s'y
trouvent parfois; ce sanctuaire peut servir
de point de départ à la construction d'un
grand tumulus. On a retrouvé ce type de
construction ailleurs, dans les îles Britanniques
par exemple.
Mégalithe - Mégalithique
Bloc de pierre de grandes dimensions (du grec
mega - «grand», et lithos ~ «pierre»), mis
en œuvre et intégré dans une architecture dite
mégalithique. L'architecture mégalithique est
simple quand il s'agit d'une pierre dressée dans
un rapport voulu avec les éléments naturels
GLOSSAIRE 163
d’un paysage. Elle est ouverte mais plus
complexe lorsque plusieurs pierres dressées
sont alignées ou disposées en cercle : le
monument de Stonehenge fournit le plus
remarquable exemple de ce type. Elle est
fermée quand les blocs sont utilisés pour
construire une cella de temple (temples de
l’archipel maltais) ou une chambre funéraire
(tombes de la zone atlantique). Dans ce cas,
les mégalithes sont souvent associés à des
parements en pierres sèches, à des remblais
de terre ou de pierraille et parfois même
à des structures en bois; un tumulus recouvre
les tombes.
IVfégalithisme
Phénomène mondial qui consiste à utiliser
de gros blocs de pierres [ mégalithes ], le plus
souvent brutes de taille. Le mégalithisme est,
en particulier, l’une des caractéristiques
importantes du néolithique d’Europe
occidentale. Il y apparaît dès le V e millénaire
avant notre ère sous ses aspects monumentaux
et représente l’une des plus anciennes
architectures de pierre connue dans le monde.
Il est l’expression sociale et religieuse majeure
de groupes humains qui ont acquis le mode
de vie agricole et qui se sont sédentarisés.
D’autres pays répartis sur tous les continents ont
aussi connu le mégalithisme dans des contextes
chronologiques et anthropologiques spécifiques.
Ils ont pu être par exemple précisés à travers
les traditions orales de la société malgache
des XVIII e -XIX e siècles ou même observés
à Bornéo, vers 1900. L’étude du mégalithisme
est comparative : elle doit faire la part des
originalités et des convergences.
Menhir
La dénomination de menhir (sous la forme
minhir , «pierre longue») s’est imposée sous
la plume des celtomanes de la fin du XVIII e
siècle. Il n’est pas certain que son origine soit
populaire, bien qu’un nombre important de
lieux-dits le contiennent (du type Kermenhir).
Dans son dictionnaire publié en 1732, Dom
Grégoire de Rostrenen donne au mot menhir
l’équivalent peulvan. Il s’agit d’une pierre
dressée.
Mobilier
Le mobilier funéraire est constitué des offrandes
déposées dans la tombe ou à proximité.
Monolithe - monolithique
Du grec monos - «seul» et lithos - «pierre».
Une pierre dressée est un monolithe.
La couverture monolithique d’une chambre
est constituée d’une seule dalle de pierre.
«Naveta»
Dans l'île de Minorque, aux Baléares, chambre
funéraire allongée couverte de blocs.
Nécropole
Du grec necros = «mort» et polis - «cité»,
ce mot signifie «cité des morts» et implique deux
notions, celle d’architecture et celle de fonction
funéraire. La nécropole se distingue du
cimetière par son architecture ; elle peut devenir
sanctuaire à partir du moment où sa fonction
funéraire est sublimée.
Nuraghe
En Sardaigne, tour construite en appareil
cyclopéen, simple ou complexe.
Offrande
Tout objet déposé en don à un ancêtre ou
à une divinité. On trouve des offrandes dans
une tombe ou à la base d’une pierre dressée.
L’offrande peut être individuelle mais elle
semble être, le plus souvent, collective.
Orthostat
Dalle de pierre dressée pour constituer une
paroi de tombe mégalithique ou un élément
de cette paroi.
Ossuaire
Lieu funéraire où sont entassés indistinctement
des corps amenés ensemble, à la suite d’un
carnage, d’une épidémie, ou d’une mort
naturelle.
164 ANNEXES
Parement
Empilement de pierres, formant un mur,
limitant et retenant les différentes masses
du tumulus.
«Peulvan»
Ancien nom breton qui désignait une pierre
dressée, dans les environs d’Audierne.
Pierre dressée ou levée
Toute pierre mise en œuvre par les hommes
pour marquer un lieu, un souvenir, un hommage,
une vénération. On dit aussi menhir ou peulvan.
Pierre sèche
Style de construction utilisant des pierres plates
empilées les unes sur les autres sans lien, argile
ou mortier, pour former des murs et des
parements.
Pilier
Bloc ou dalle qui soutient la dalle de couverture
d’une chambre mégalithique ou de son couloir.
Portai dolmen
En Irlande et au pays de Galles, type de chambre
mégalithique ayant, dans sa phase ruinée,
l’allure d’un grand portique avec une énorme
dalle de couverture supportée par deux piliers.
Portique
Trilithe mégalithique placé à l’entrée de
certaines tombes, comme les tombes de type
angevin.
Reliquaire
Endroit où l’on dépose une relique, tout ou
partie d’un squelette ou d’un corps embaumé
ayant une valeur sacrée.
Réutilisation
Les tombes mégalithiques présentent souvent
plusieurs phases successives d’utilisation,
déterminées par des dispositions particulières
d’ossements, par des structures annexes de
dallettes et par des mobiliers de cultures
différentes. Les réutilisations ont lieu parfois
dans la continuité du rite initial, par la même
entrée et selon les mêmes caractéristiques de
dépôt (corps en position fléchie, par exemple) :
dans ce cas, les anciens squelettes peuvent être
réduits pour libérer de la place et leurs
ossements rangés sur les côtés de la chambre.
Il arrive que les réutilisations interviennent assez
longtemps après le premier usage de la tombe,
un millénaire et parfois davantage selon des rites
différents des premiers.
Rites funéraires
Ensemble des cérémonies qui dictent l’attitude
des vivants vis-à-vis de leurs morts. On distingue
les rites primaires comme le rite-ossuaire ou
le rite-caveau, et les rites secondaires comme
les rites-reliquaires.
Sanctuaire
Lieu architecturé où se pratiquent des rites
cérémoniels selon des valeurs religieuses
et spirituelles. Une nécropole peut devenir
un sanctuaire quand l’aspect funéraire est
sublimé. Un sanctuaire peut ne pas avoir
de référence funéraire mais force est de
constater que cette situation est rare tant
il semble que toute dimension métaphysique
passe par la mort.
Statue-menhir
Monolithe représentant «le corps humain dans
sa totalité, sur la face antérieure et sur la face
postérieure, sculpté en bas-relief ou parfois
gravé. La taille est variable, comprise entre
75 centimètres et 4 mètres. La forme est
généralement rectangulaire ou subrectangulaire
mais elle peut être à sommet arrondi ou en
ogive» (André d’Anna, 1977).
Stèle
Monolithe de dimension plus ou moins modeste
présentant une seule face décorée de gravures
en champlevé ou de sculptures en faible relief.
Table
Dans la conception traditionnelle du «dolmen»,
ce mot désigne la seule dalle de couverture de
la tombe mégalithique.
«Talayot»
Dans l’île de Minorque, en Espagne, tour
construite en appareil cyclopéen, à l'intérieur
de laquelle sont aménagées une ou plusieurs
chambres.
«Taula»
A Minorque, pilier massif soutenant un bloc
posé en équilibre à son sommet, au milieu
d’une aire circulaire limitée par un mur
de pierre.
Temple
Les temples mégalithiques des îles de Malte,
de Gozo et de Sardaigne sont des édifices
dont l’espace interne est assez vaste et pas
spécifiquement funéraire.
GLOSSAIRE 165
Tertre
Tertre funéraire est synonyme de tumulus.
«Tholos»
Ce terme a été utilisé à tort, en référence
aux tombes mycéniennes, pour désigner des
chambres circulaires à encorbellement
précédées d’un couloir.
Tombe, tombeau
Ces deux termes viennent du mot latin tumba
qui désigne une pierre funéraire, simple ou
monumentale. Ils sont utilisés, ici, de manière
très générale pour dénommer les sépultures
mégalithiques.
Tombes des géants
En Sardaigne, tombe mégalithique très allongée
couverte de blocs et présentant deux antennes
de chaque côté d’une façade concave : l'entrée
monumentale est constituée d’une grande dalle
sculptée à entrée basse.
Tombelle
Petite chambre simple, circulaire, ovalaire
ou rectangulaire, construite en pierres sèches
avec parfois quelques dalles de paroi; la
couverture peut être une dalle.
«Torre»
Au sud de la Corse, tour construite en appareil
cyclopéen, équivalent du talayot des Baléares.
Transept
Il arrive qu’une chambre mégalithique à
couloir ait deux cabinets latéraux ou même
quatre : ceux-ci forment un transept ou un
double transept.
Tumulus
Ce mot latin francisé (au pluriel : les tumulus)
désigne une éminence artificielle qui recouvre
un dépôt funéraire, qui va du simple amas d’os
brûlés à la tombe mégalithique. On peut alors
parler d’un tumulus mégalithique. L’aspect
extérieur du tumulus est rarement celui d’une
simple butte de terre (tumulus proprement dit)
ou de pierre ( cairn ) : il est souvent entouré
d’une série de blocs, ou d’un parement de
pierres sèches, et peut même présenter un
complément de structures en bois; une façade
architecturée est parfois construite au niveau de
l’entrée du sépulcre.
Tumulus géant
Ces tertres,circulaires ou allongés, ont en commun
leurs dimensions considérables (plus de 100 mètres
de longueur ou de diamètre et plus de 5 mètres
de hauteur), des références funéraires discrètes,
absentes parfois, des relations évidentes avec
les monuments mégalithiques (des parements,
des orientations, des formes de sépulture, une
certaine contemporanéité).
«Unchambered barrow»
Expression anglaise pour désigner un tumulus
sans chambre funéraire : ce tumulus, allongé
ou circulaire, présente pourtant, le plus souvent,
une référence funéraire (simple dépôt
d’ossements, par exemple).
D’après Jean-Pierre Mohen,
Le Monde des mégalithes,
Casterman, 1989
166 ANNEXES
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68 ANNEXES
TABLE DES ILLUSTRATIONS
COUVERTURE
1 er plat Montage de
deux photographies :
au premier plan, un
menhir; au deuxième
plan, Stonehenge.
Dos Alexander Blair et
Francis Ronalds
mesurant le menhir de
Saint-Cado, in Sketches
at Carnac, 1836.
2 e plat La Roche aux
fées, gravure de 1854.
OUVERTURE
1 à 9 Site mégalithique
de Callanish, île
de Lewis, Ecosse,
photographies
de Fay Godwin.
10-11 Enfant assis sur
le dolmen de Vaccil-
Vecchio, commune
de Grosso, Corse,
photo de Mortillet,
1893. Bibliothèque
du Patrimoine, Paris.
CHAPITRE I
12 Les feux de la Saint-
Jean à Quiberon,
illustration de Moreno,
1902. Bibliothèque des
Arts décoratifs, Paris.
13 Cérémonie
druidique au temple
de Stonehenge,
Angleterre, gravure de
Biasoli, in Le Costume
ancien ou moderne de
Jules Ferrario, vers
1820. Bibliothèque des
Arts décoratifs, Paris.
14 Les Pierres sottes,
illustration de Maurice
Sand pour les Légendes
rustiques de George
Sand, 1858.
Bibliothèque des Arts
décoratifs, Paris.
15h Forêt de signes.
gravure, in Historia
d’01ausMagnus,1567.
15b Le dolmen de la
Pierre levée, Poitiers,
gravure, xvi e siècle.
Bibliothèque nationale
de France, Paris,
département des
Estampes.
16 Le sabbat des
sorcières, gravure, début
xx e siècle. Bibliothèque
polonaise, Paris.
16-17 Les pierres de
Carnac allant à la baie
de Saint-Colomban,
gravure de Méaulle
d’après Chiflar.
17 Vers le sabbat,
dessin de Balluriau.
Bibliothèque des
Arts décoratifs, Paris.
18 Menhir de Saint-
Samson-sur- Rance .
18-19 Danse au menhir
de Plonéour-Lanvern
le jour du Pardon.
Collection Abbaye
de la Source, Paris.
19g La Pierre aux
maris, La Baroche,
près de Colmar,
gravure de Kauffmann
et Pirabaud.
19d Dolmen à Trie-
Châleau, dans la
garenne de Gromer-
Fontaine, entre
Chaumont et Gisors,
gravure d’après
Danvin.
20-21 Sainte Geneviève
gardant ses moutons,
peinture anonyme,
xvi e siècle. Musée
Carnavalet, Paris.
21 Le menhir de
Saint-Duzec, près de
Lannion, carte postale.
22 La Pierre de Dolon,
gravure.
23h Sacrifice humain
chez les druides,
gravure de Gustave
Doré, xix e siècle.
Bibliothèque des Arts
décoratifs, Paris.
23b Druidesse devant
un dolmen, peinture
d’Armand La Roche.
24g The Druid Sacrifice
of Yule-Tide, plume
à l’aquarelle de
William Stukeley, 1759.
Bodleian Library,
Oxford.
24d Portrait de
William Stukeley
en Chyndonax,
gravure. Bodleian
Library, Oxford.
25h et 25b Détails
d’un dessin de
Stukeley expliquant
les cromlechs anglais
par la mythologie
du serpent. Bodleian
Library, Oxford.
25m The Druid-
Sacrifice ofthe
Vernal Equinox,
plume à l’aquarelle
de William Stukeley,
1759. Bodleian Library,
Oxford.
26-27 «La Marche des
druides» par l'ancien
ordre des druides
de Stonehenge,
24 août 1905.
Salisbury and South
Wiltshire Muséum.
28h Intérieur de la
tombe dite de César,
Table des Marchand,
Locmariaquer, in
Voyages pittoresques
et romantiques dans
l’ancienne France
de J. E. C. Nodier
et J. Taylor, 1845-1846.
Bibliothèque
municipale. Rennes.
28b Obélix, in Astérix
chez les Normands,
dessin de Goscinny.
29 Cérémonie
druidique du soltice
d’été, à Stonehenge,
Angleterre, 22 juin
1987.
CHAPITRE II
30 Fouilles
archéologiques
à l’intérieur d’un
tumulus à Udleire,
près de Copenhague,
Danemark,
lithogravure d’après
Mayer, xix e siècle.
Bibliothèque des Arts
décoratifs, Paris.
31 La Celtomanie,
gravure de Gustave
Doré.
32-33h Sir Richard
Colt Hoare et William
Cunnington assistant à
la fouille d’un tumulus,
aquarelle de Philip
Crocker, 1807.
32m et 33b Upton
Gold Barrow (détails),
dessin de Philip
Crocker. Wiltshire
Archaeological and
Natural History
Society, Devizes.
33g et 33d Portraits
de William Cunnington
et de sir Richard Colt
Hoare, in Ancient
Wiltshire de Colt
Hoare, 1812-1820.
Wiltshire
Archaeological and
Natural History
Society, Devizes.
34h Relevés de
bijoux retrouvés
dans le tumulus
Saint-Michel,
aquarelle, 1874.
Bibliothèque du
Patrimoine, Paris.
TABLE DES ILLUSTRATIONS 169
34m Haches en pierre
polie retrouvées
dans le tumulus Saint-
Michel, aquarelle,
1874. Bibliothèque
du Patrimoine, Paris.
34b Objets polis
provenant de la fouille
de Bocennos,
aquarelle, septembre
1874. Bibliothèque
du Patrimoine, Paris.
34-35 Gravure extraite
de Wanderings of
an Antiquary de
Thomas Wright, 1854.
35d Portrait de
Zacharie Le Rouzic,
carte postale.
36 Dolmen de la Roche
aux Fées, dessin tiré du
recueil de Christophe
Paul de Robien, xvm e
siècle. Bibliothèque
municipale, Rennes.
37 Les monuments de
Locmariaquer, dessins
tirés du recueil de
Christophe Paul de
Robien, xviif siècle.
Bibliothèque
municipale, Rennes.
38-39 et 40-41
Planches extraites de
Monuments celtiques
de Jacques de Cambry,
1805.
42 Vue cavalière du
Ménec-Vihan, lavis
noir d’Henri du
Cleuziou. Bibliothèque
du Patrimoine, Paris.
42-43h Alignements
de Carnac, coupe
transversale dans
les pierres du Ménec,
lavis noir de Henri
du Cleuziou, 1873.
Bibliothèque du
Patrimoine, Paris.
42-43m Alignements
de Carnac, coupe
transversale et
longitudinale dans les
pierres de Ker-Mario,
lavis noir d’Henri
du Cleuziou, 1874.
Bibliothèque du
Patrimoine, Paris.
43b La Pierre levée
de Poitiers, dessin
exécuté par l’ingénieur
Duchesne pour le
comte de Caylus.
Bibliothèque nationale
de France, Paris.
44 «Monuments
mégalithiques de
Carnac acquis par
l’Etat», in
L’ Illustration ,
8 septembre 1888.
44-45b Dolmen du
Caucase, d’après
un dessin de Simpson,
in Rude Stone
Monuments de
James Fergusson,
Londres, 1872.
45h Trilithe, d’après un
dessin du Dr Barth, in
Rude Stone Monuments
de James Fergusson,
Londres, 1872.
45m Dolmen de
Rajunkoloor en Inde,
d’après un dessin du
colonel Meadows
Taylor, in Rude Stone
Monuments de James
Fergusson, Londres,
1872.
46h Groupe de menhirs
situé à proximité de
Sartène, Corse du Sud,
photo d’Adrien de
Mortillet, 1893.
Bibliothèque du
Patrimoine, Paris.
46b Dolmen de
Fontanaccia, commune
de Sartène, Corse du
Sud, photo d’Adrien
de Mortillet, 1893.
Bibliothèque du
Patrimoine, Paris.
47 Enfant devant les
menhirs de Rizzanese,
commune de Sartène,
Corse du Sud, photo
d’Adrien de Mortillet,
1893. Bibliothèque du
Patrimoine, Paris.
48 Stonehenge, cartes
postales anglaises.
49 Carnac, Morbihan,
cartes postales.
CHAPITRE III
50 Dolmen, îles
Orcades, Ecosse, photo.
51 Fouilles du site des
Fouillages à Guernesey
par Ian Kinnes.
52 Poteries de style
Carn, Carn central,
Ploudalmézeau,
Finistère.
52-53 Cairn à trois
dolmens de l’île Carn,
Ploudalmézeau.
53h Fouille du site des
Fouillages à Guernesey
par Ian Kinnes.
54h Chronologie
des premières
constructions
monumentales.
54b Pierre dressée
d’Almendres, près
d’Evora, Portugal.
55 Chambre et couloir,
dolmen de Viseu,
Portugal, début du IV e
millénaire.
56h Relevé du tumulus
de Barnenez,
Plouézoc’h, Finistère.
56b Le cairn de
Barnenez, secteur de la
chambre D avec vue
sur l’arrivée du couloir.
56-57 Vue du sud-ouest
du cairn de Barnenez,
Plouézoc’h, Finistère.
57b Vue du tumulus
Saint-Michel, Carnac.
58h Quadrilatère du
Manio, enceinte
rectangulaire formée
de petits menhirs.
58m Schémas d’un
coffre, ou ciste, et de
chambres à couloir
d’accès.
58b Nécropole
de Champ-Chalon,
Charente-Maritime.
59 Vue intérieure
de la chambre de
Newgrange, Irlande.
59bg Schéma du long
couloir du tumulus
de Newgrange.
59bd Schéma du
tumulus de Newgrange.
60h Plan de l’allée
couverte de la Roche
aux Fées, Essé, Ille-
et-Vilaine.
60m Plan de l’allée
coudée des Pierres
plates à Locmariaquer,
Morbihan.
60b Dolmen des
Pierres plates,
Locmariaquer.
60-61 Allée couverte
de la Roche aux Fées,
Essé, Ille-et-Vilaine.
61b Allée dite de la
Pierre Turquaise, à
Saint-Martin-du-
Tertre, Val-d’Oise.
62 Carte des différents
sites mégalithiques
en Europe.
63h Hypogée de
Coizard, Marne.
63b Plan de l’hypogée
d’Arles.
64-65 Site d’Avebury,
Angleterre.
65 Saint-Just, Ille-et-
Vilaine, photo.
66 Mégalithes corses.
67h Taula de Trépuco,
île de Minorque,
Baléares.
67b Naveta d’Els
Tudons, île de
Minorque.
68h, 68b, 69 La tombe
des Géants,
Arzachena, Sardaigne.
70b Vue intérieure de
l’hypogée d’Hal
Saflieni, Malte.
70-71h,71bg Temple
mégalithique de
170 ANNEXES
Mnadjra, Malte.
71 bd Statuette de
femme couchée
(Malte) comparable
à la statue géante
du temple de Tarxien,
vers 3000 avant J.-C.
Musée de l’Auberge de
Provence, La Valette.
72b Schémas des quatre
phases successives
de construction
du monument
du Petit Mont,
Arzon, Morbihan.
72-73 Schéma de la
nécropole composite
de Bougon, Deux-
Sèvres, 3000-3000
avant J.-C.
73m Entrée du tumulus
F de Bougon.
74g Schéma du Grand
Menhir brisé de
Locmariaquer,
Morbihan.
74d Schéma de la
pierre dressée
reconstituée à partir du
bloc de Gavrinis (au
centre) et des deux
blocs de Locmariaquer,
celui de la Table des
Marchand et celui d’Er
Vinglé-Er Grah.
75g Dalle de
couverture de Gavrinis,
dégagée en 1983.
75d La Table des
Marchand,
Locmariaquer,
Morbihan.
75b Schéma des idoles
réutilisées du Mané
Rutual, Locmariaquer.
76 Couloir du tumulus
de Gavrinis, Morbihan.
77 Bloc décoré de la
nécropole de Knowth,
Irlande.
78h «Cadran solaire»
sur une dalle de
Knowth.
78bg Schéma du motif
peint du dolmen
d’Antela, Portugal.
78bd Menhir de Bulhoa,
Monsaraz, Portugal.
79h Bloc de 3,50 mètres
de long déposé devant
l’entrée du couloir
de la tombe de
Newgrange, Irlande.
79m Bloc décoré
de la nécropole
de Newgrange.
CHAPITRE IV
80 Entrée d’une des
tombes de Barnenez,
Finistère.
81 Sépulture du
dolmen de Villard au
Lauzet-Ubaye, Alpes.
82h Sépultures multiples
de Pontcharaud,
Auvergne.
82m Gravure d’E.
Bayard représentant
«une cérémonie
funèbre à l’époque du
renne», in La Vie de
l'homme préhistorique
de Louis Figiuer, Paris,
1869. Bibliothèque
nationale de France,
Paris, département
des Estampes.
83 Sépulture n° 5
de Tagarp, dans le
district d’O. Tommarp,
en Suède.
84b Le dolmen
d’Axevalla en Suède,
vue intérieure et plan,
fin xix c siècle.
Bibliothèque des Arts
décoratifs, Paris.
84-85 Tombe n° 2
d’Auzay-les-
Chatelliers, Vendée.
85h Sépulture à
Auzay-les-Chatelliers,
Vendée.
85b Ossements de La
Chaussée-Tirancourt,
Somme.
86 Vue aérienne du site
de Knowth, Irlande,
1976.
87 Tombeau de la
Hougue Bie à Jersey.
88-89 Mégalithes de
Sine-Ngayène, Sénégal.
89h Reconstitution des
positions d’inhumation
des squelettes du cercle
n° 25 du site de Sine-
Ngayène, Sénégal.
90-91 Mégalithes
en pays Toradja,
Célèbes, Indonésie.
92-93 et 93h Site
de Altos de los Idolos
à San Agustin,
Colombie.
94 Vertèbre percée
d’une pointe de flèche
en silex provenant de
l’une des grottes des
Ronces à Villevenard,
Marne. Musée des
Antiquités nationales,
Saint-Germain-en-
Laye.
94-95m Amulettes
faites de rondelles
crâniennes. Musée des
Antiquités nationales,
Saint-Germain-en-
Laye.
95h Crâne trépané
provenant de l’un
des hypogées du
Petit Morin, Marne.
Musée des Antiquités
nationales, Saint-
Germain-en-Laye.
95b Radiographie du
crâne néolithique de
Nogent-les- Vierges,
présentant une
trépanation guérie
de la région temporo-
pariétale gauche.
Muséum national
d’Histoire naturelle,
galerie
d’Anthropologie, Paris.
96h Pilier de Gavrinis,
décoré du motif de la
hache en pierre polie.
96b Hache en jadéite
du tumulus de Tumiac,
Morbihan. Société
polymathique. Vannes.
97h Hache polie en
silex. Musée des
Antiquités nationales,
Saint-Germain-en-
Laye.
97b Masses d’armes
en pierre dure polie,
Irlande.
98 Disques en jadéite.
Société polymathique.
Vannes.
99h Pendeloque et
perles en variscite
provenant du tumulus
d’Er Grah à
Locmariaquer,
Morbihan, vers 3500
avant J.-C. Musée de la
Préhistoire, Carnac.
99b Perles en variscite.
Musée des Antiquités
nationales, Saint-
Germain-en-Laye.
100 Reconstitution
de la position des
corps de la tombe de
Talheim, Allemagne.
100-101 Ossements
de La Chaussée-
Tirancourt, Somme.
101 h Tombe
mégalithique de La
Chaussée-Tirancourt.
CHAPITRE V
102 Site de Stonehenge
au soleil levant, le jour
du solstice d’été.
103 Stèle mégalithique.
Musée Fenaille, Rodez.
104h Pierres bleues de
Stonehenge, Angleterre.
104b Tombe
mégalithique en Suède.
105 Allée couverte de
la Roche aux Fées,
Essé, Ille-et-Vilaine.
106, 106-107 Site
d’Avebury, Angleterre,
gravures de Stukeley,
in Avebury , 1743.
107h Site d’Avebury,
gravure de Stukeley.
108-109 Double Arc-
TABLE DES ILLUSTRATIONS 171
en-ciel sur Stonehenge ,
peinture de John
Constable, 1835.
Victoria and Albert
Muséum, Londres.
110-111 Stonehenge au
point du jour , aquarelle
de J. M. Turner, 1828.
Salisbury and South
Wiltshire Muséum.
112-113 Une
promenade au
crépuscule , huile sur
toile de Caspar David
Friedrich. The Paul
Getty Muséum,
Los Angeles.
114-115 Paysage
danois au dolmen ,
peinture de Johan
Christian Dahl, 1838.
1 16 Cercle de pierres
dressées de Callanish,
Ecosse.
116-1 17 Site de
Callanish.
118 Statue-menhir
devant Catel Church,
Guernesey.
1 19 Déesse-mère,
hypogée du Razet,
Coizard, Marne.
Musée des Antiquités
nationales, Saint-
Germain-en-Laye.
120-121 Expérience de
traction d’un mégalithe
menée sur le site de
Bougon le 28 juillet
1979.
121 h Expérience de
traction d’un mégalithe
menée sur le site de
Bougon en 1997.
121b Traction
des pierres bleues
de Stonehenge
par voie d’eau.
122 et 122-123
Reconstitution des
alignements de Carnac,
dessin de Jean-Claude
Golvin avec la
collaboration de
Florence Babled.
122b Relevé des
alignements du Ménec,
Carnac, Morbihan,
d’après A. Thom, 1972.
124, 124-125 Site
de Stonehenge,
Angleterre, photos.
125 Relevés des
différentes structures
de Stonehenge.
126b Affiche pour
la protection du site
de Stonehenge.
126-127 Reconstitution
du tumulus de
Newgrange, Irlande.
127b Scène finale du
film Tess de Roman
Polanski, 1979.
128 Site de Stonehenge
au clair de lune.
TÉMOIGNAGES
ET DOCUMENTS
129 Alignement de
Kermario, Carnac,
Morbihan, photo.
130 Avebury,
Angleterre, gravure,
in Avebury de
Stukeley, 1743.
131g Monuments
celtiques, gravure, in
Itineriarum Curiosum,
Stukeley, 1724.
13 ld Stonehenge,
gravure, in Stonehenge
a Temple Restor'd
to the British Druids
de Stukeley, 1740.
132 Danse des
korrigannes près
des menhirs, gravure,
in La Création de
l'homme et les
premiers âges de
l'humanité d’Henri du
Cleuziou, Paris, 1887.
134 Carnac,
lithographie de
Fréminville, 1824.
136 Carnac, gouache
de Prosper Mérimée.
Coll. part.
1 37 Une exécution
capitale chez les
Gaulois , lithographie,
xix e siècle.
138 Le tombeau
de la famille Piketty,
cimetière des Longs-
Réages, Meudon.
139 Le dolmen
de Kerhan à Saint-
Philibert, déménagé
en 1896 pour le
cimetière de Meudon.
140-141 Grand Menhir
de Locmariaquer,
Morbihan, photo.
142, 143h, 143m
Photographies extraites
de Tess, film de Roman
Polanski, 1979.
144g Sculpture de
Henry Moore.
144-145 Inside the
circle, lithographie
de Henry Moore.
146 Fallen Giant,
lithographie de Henry
Moore.
147 Cyclops,
lithographie de Henry
Moore.
148 Plan schématique
de Stonehenge
expliquant les
concordances entre
l’architecture du site et
les positions célestes
du soleil et de la lune,
in Stonehenge
Decoded de Gerald
S. Hawkins, Fontana,
Collins, 1970.
150 Pierre gravée,
tumulus de Gavrinis,
Morbihan, photo.
151 Intérieur de
Gavrinis au siècle
dernier, lithographie,
xixe siècle.
152 Déesse-mère, photo.
153 Tableau de l’art
mégalithique : le foyer
breton, in Megalithic
Art of Western Europe,
Elizabeth Shee Twohig,
Clarendon Press,
"Oxford, 1981.
154 Tableau de l’art
mégalithique : le foyer
ibérique occidental,
in Megalithic Art
of Western Europe,
Elizabeth Shee Twohig,
Clarendon Press,
Oxford, 1981.
155 Tableau de l’art
mégalithique : le foyer
irlandais, in Megalithic
Art of Western Europe,
Elizabeth Shee Twohig,
Clarendon Press,
Oxford, 1981.
156-157 Déplacement
d'une statue colossale,
dessin d’un bas-relief
du tombeau de
Djéhoutihotep à Deir
el-Bercha, in L’Art
de l'Egypte, éditions
Citadelles Mazenod,
1968.
158, 159 Traction d’un
mégalithe. Bougon,
Deux-Sèvres, photo.
160 Allée couverte du
Mougot, à Commana,
Finistère, in Pauvres
Pierres! Les Mégalithes
bretons devant la
science de l’abbé
A. Millon, xixe siècle.
161 Dolmen de Saint-
Maudez, près de Pont-
Aven, Finistère, ibid.
163 Menhir de La
Roche-Longue, près
de Quintin, Côtes-
d’Armor, ibid.
164 Alignements du
Ménec, à Carnac,
Morbihan, ibid.
165 Cromlech du
Ménec à Carnac, ibid.
167 Un menhir, près
de Lochrist, Bretagne,
in Voyages pittoresques
et romantiques dans
l'ancienne France
(1820-1878) de
J. Taylor, Ch. Nodier,
A. de Cailleux.
172 ANNEXES
INDEX DES SITES
A
Alberite, Cadix,
Espagne 54.
Allemagne 44, 60, 61,
84, 85.
Almendres, Portugal
55.
Antelas, Oliveira de
Frades, Viseu,
Portugal 78.
Arles (hypogée d’),
Bouches-du-Rhône
63, 63.
Arzon, Morbihan 72,
97.
Auzay-les-Chatelliers,
Vendée 84, 84.
Avebury, Wiltshire,
Angleterre 23, 24,
25, 65, 106, 106, 107.
Axevalla, Suède 84.
Aylesford, Grande-
Bretagne 35.
B
Bagneux, Maine-et-
Loire 60.
Barnenez, Plouézoc’h,
Lanmeur, Finistère
52, 55, 56, 56, 57, 59,
81, 127.
Baroche (La), Haut-
Rhin 19.
Belgique 61, 84.
Benon, Seine-Maritime
58.
Bôgebakken,
Danemark 55.
Boscawen-Un,
Cornouailles,
Angleterre 27.
Bougon (nécropole
de), Deux-Sèvres
54, 72, 73, 83, 86, 94,
105, 120, 120.
Brocéliande (forêt de),
Paimpont, Ille-et-
Vilaine 16, 28.
Brogar (Ring of),
Orkney Mainland,
îles Orcades 123.
Bulhoa, Alentejo,
Portugal 78.
Bygholm Norremark,
Jutland, Danemark
72.
C
Callanish,île de Lewis,
Ecosse 107, 116, 117,
124.
Calmels-et-le-Viala,
Aveyron 103.
Canterbury,
Angleterre 98.
Carn (tumulus de l’île),
Ploudalmézeau,
Finistère 52, 53.
Carnac, Morbihan 16,
16, 17, 22, 34, 37, 42,
43, 44, 49, 56, 58, 64,
73,86, 107, 121,122,
123, 127.
Catel, Guernesey 118.
Caucase 45.
Célèbes, Indonésie 91.
Chamblandes, Suisse
58.
Champ-Chalon,
Benon, Seine-
Maritime 58.
Chaussée-Tirancourt
(La), Somme 83, 85,
87, 99, 100, 101, 101.
Cibournios, Lozère 95.
Coizard, Marne 63, 119.
Cojoux (alignement
de), Saint-J ust, Ille-
et-Vilaine 64, 74, 99.
Colombie 93.
Constantine,
Cornouailles,
Angleterre 19.
Corée 45.
Crète 63.
Cueva de Menga,
Antequera, Espagne
60.
Cueva de Romeral,
Antequera, Espagne
87.
Culey-le-Patry,
Calvados 17.
D
Damerancourt, Oise
100.
Danemark 44, 55, 56,
58, 72, 84, 85, 113.
Demoiselles, Langon,
Ille-et-Vilaine 16.
Demoiselles, Saint-
Just, Ille-et-Vilaine
16.
Dent de Gargantua,
Saint-Suliac, Ille-
et-Vilaine 15.
Dissignac, Loire-
Atlantique 86.
Doigt de Gargantua,
Fort La Latte,
Côtes-d’Armor 15.
Douhet (le), Charente-
Maritime 72.
E
Eleven Sheares, Ecosse
123.
Els Tudons, Minorque,
Baléares 67.
Er Grah,
Locmariaquer,
Morbihan 73, 74,
75, 99.
Espagne 54, 60, 87, 99.
Essé, Ille-et-Vilaine 16,
37, 60, 60, 104, 105.
F
Filitosa, Corse 67.
Fontanaccia, Sartène,
Corse 49, 67.
Fort La Latte, Côtes-
d’Armor 15.
Fouillages (tumulus
des), Guernesey 57,
53, 56.
G
Gavrinis (île de),
Larmor-Baden,
Morbihan 29, 74, 75,
77, 78, 79, 126.
Géants (tombe des),
Sardaigne 69.
Gnewitz, Allemagne 85.
Gordom’s Edge,
Grande-Bretagne
31.
Gozo (île de) 71.
Grand Menhir brisé,
Locmariaquer,
Morbihan 37, 43,
44, 74, 74, 122.
Groleck (dolmen de),
Irlande 51.
Gros Dognon (le),
Tusson, Charente
72.
Guennoc (tumulus
de l’île), Landéda,
Finistère 53.
Guernesey 51, 53, 56,
118.
H
Hagestad, Suède 85,
86.
Hal Saflieni (hypogée
de), Malte 63, 71,
127.
Hambledon Hill,
Dorset, Angleterre
87.
Haute-Bonny
(nécropole de la),
Rots, Calvados 56.
Heel Stone,
Stonehenge,
Wiltshire,
Angleterre 124, 124.
Hoédic (île de),
Morbihan 55.
Hollande voir
Pays-Bas.
Hougue Bie, Jersey 87,
87.
I
Inde 45, 45.
Ingelstorp, Suède 85.
Irlande 59 ,59, 77, 78,
79, 79, 84, 86, 87,
97, 126, 127.
Isbister (tombe d’),
îles Orcades,
Ecosse 98.
INDEX 173
3_K
Jersey 87, 87.
Kephala, Crète 63.
Kercado, Carnac,
Morbihan 86.
Kerlescan (alignements
de), Carnac,
Morbihan 64, 123.
Kerloas (menhir de),
Plouarzel, Finistère
19.
Kermario (alignements
de), Carnac,
Morbihan 42, 64,
123.
Knowth, Meath,
Irlande 77, 78, 79,
86 87, 127.
L
Langon, Ille-et-Vilaine
16.
Lauzet-Ubaye, Alpes-
de-Haute-Provence
81.
Le Mesnil-sur-Oger,
Marne 96.
Lewis (île de), Ecosse
107,7/6, 117.
Locmariaquer,
Morbihan 28, 37,
56, 60, 60, 73, 74-75,
99, 122, 127.
Loughcrew, Meath,
Irlande 79.
M
Maes Howe, Orkney
Mainland, îles
Orcades, Ecosse
123.
Malesherbes, Loiret
55.
Malte 58, 63, 71, 127.
Mané Rutual (dolmen
du), Locmariaquer,
Morbihan 73, 74,
75.
Mané-er-Hroeck,
Morbihan 56, 73.
Mané-Lud,
Locmariaquer 56,
73.
Manio (lieu-dit),
Carnac, Morbihan
122.
Manio III (tumulus
de), Carnac,
Morbihan 58.
Marne, hypogées
de la 35, 94-95, 96.
Maurels (statue-
menhir des),
Calmels-et-le-Viala,
Aveyron 103.
Ménec (alignements
du), Carnac,
Morbihan 42, 64,
123.
Merlin (tombeau de),
forêt de Brocéliande
16, 28.
Mesnil-Hardray (Le),
Eure 17.
Mid Clyth,
Caithnesshire,
Ecosse 123.
Midhowe, Orcades 60.
Minorque, Baléares 67.
Monchique, Portugal
58.
Moulin, (menhirs du)
Quiberon,
Morbihan 13.
Mournouards
(hypogée des),
Le Mesnil-sur-Oger,
Marne 96.
Moustoir (Le), Carnac,
Morbihan 56.
Muge, Portugal 55.
N
Néant-sur- Yvel,
Morbihan 16.
Newgrange, Meath,
Irlande 59, 59, 79,
87, 126, 127.
Niederbôsa, Thuringe,
Allemagne 100.
Nohant-Vic, Indre 19.
Norvège 15.
O j _P
Orcades (îles), Ecosse
60, 98,99, 123.
Palestine 63.
Palmela, Portugal 63.
Passy (nécropole de),
Yonne 56.
Pays-Bas 60, 84.
Petit Mont (cairn du),
Arzon, Morbihan
72, 72, 75, 77.
Pierre aux maris,
La Baroche,
Haut-Rhin 19.
Pierre des
Demoiselles,
Le Mesnil-Hardray,
Eure 17.
Pierre levée (dolmen
de la), Poitiers,
Vienne 14, 42, 43.
Pierre Turquaise,
Saint-Martin-du-
Tertre, Val-d’Oise
61.
Pierre-de-Chantecoq,
Eure-et-Loir 18.
Pierres plates (tombe
des), Locmariaquer,
Morbihan 60, 60, 73.
Plonéour-Lanvern,
Finistère 19.
Plouarzel, Finistère 19.
Plouézoc’h, Lanmeur,
Finistère 52, 81.
Plouhinec, Finistère 17.
Poço de Gateira,
Haut-Alentejo,
Portugal 54.
Poitiers, Vienne 14, 42,
43.
Pontcharaud
(sépulture de), Puy-
de-Dôme 55, 82, 82.
Pontypridd Rocking,
pays de Galles 27.
Porto- Vecchio, Corse
67.
Portugal 54, 55,55, 58,
59, 63, 78, 99.
Pozuelo (El), La
Huelva, Espagne 60.
Q-R
Quiberon, Morbihan 13.
Razet (hypogée du),
Coizard, Marne 63,
119.
Rhos y beddan, Ecosse
123.
Roaix (hypogée de),
Vaucluse 84.
Roche aux Fées, La
Essé, Ille-et-Vilaine
16,57, 60 ,60, 104,
105.
Roche-Marie, Saint-
Aubin-du-Cormier,
Ille-et-Vilaine 18.
Ronces (grotte des),
Villevenard, Marne
94.
Rumfort (menhir de)
Ille-et-Vilaine 16.
S
Saint-Aubin-du-
Cormier, Ille-et-
Vilaine 18.
Saint-Duzec, Côtes-
d’Armor 20.
Saint-Just, Ille-et-
Vilaine 16, 64, 99,
107.
Saint-Martin-d’Arcé,
Maine-et-Loire 17.
Saint-Martin-la-
Rivière, Vienne 55.
Saint-Michel
(tumulus), Carnac,
Morbihan 34, 56,
57.
Saint-Samson-sur-
Rance, Côtes-
d’Armor 18, 19.
Saint-Suliac, Ille-et-
Vilaine 15.
Saint-Martin-du-
Tertre, Val-d’Oise
61.
San Agustin,
Colombie 93.
Sardaigne 63, 69.
Sartène, Corse 49.
Sénégal 89
Sine-Ngayène, Sénégal
89.
Skateholm, Danemark,
55.
Stenness (Stones of),
Orkney Mainland,
îles Orcades, Ecosse
123.
174 ANNEXES
Stonehenge, Wiltshire,
Angleterre 13, 23,
25,25, 26,26, 27, 29,
32, 32, 33, 49, 65, 87,
87, 103, 104, 105,
107, 113, 117, 120,
121, 124-127.
Suède 15, 83, 84, 85, 87,
104.
Morbihan 28, 37, 74,
75.
Tagarp, Ô Tommarp,
Suède 83.
Talheim, Stuttgart,
Allemagne 84, 100.
Téviec, Morbihan 55.
Tremblais (menhir de
La), Saint-Samson-
sur-Rance, Côtes-
d’Armor 18, 19.
Trois Pierres (dolmen
des), Trie-Château,
Oise 19.
Tuchen Pol, Ploemeur,
Morbihan 99.
Tumiac, Arzon,
Morbihan 56, 99.
Tustrup, Jutland,
Danemark 85.
Lauzet-Ubaye,
Alpes-de-Haute-
Provence 81.
Villevenard, Marne 94.
Viseu, Portugal 55.
Vrone Hede, Jutland,
Danemark 85.
Xaghra Stone Circle
71.
U- V-X
T
Udleire, Copenhague,
Danemark 31.
Villard (dolmen du).
Table des Marchand,
Locmariaquer,
INDEX GÉNÉRAL
A
D
I -J
N-O
Académie celtique 32.
Arthur, geste d’ 28.
Astérix 28.
Atkinson, Richard
120, 121.
Atrides, tombeau des
(Mycènes) 54, 63.
Aubrey,John 124.
Déesse-mère 118-119.
Devizes Muséum
33.
Devoir, capitaine 44.
Doré, Gustave 23.
Druidisme 22-27, 28,
29, 29.
Dryden 43.
Du Chatelier 35.
Duchesne, ingénieur
42, 43.
Inspection des
Monuments
historiques 44.
Itinerarium Curiosum
(William Stukeley)
24.
Jéricho, tour de 54.
Napoléon III 33.
O’Kelly 126.
Ordre des druides 25.
Origines gauloise. Les
(La Tour
d’Auvergne) 22.
P
B
K-L
Pantagruel 14, 14, 15.
Paré, Ambroise 94.
Platon 24.
Pline 23.
Poissonnier, Bertrand
120.
Prescelly Mountains,
dolérites des 105.
Pyramides d’Egypte
54.
Bateman, Thomas 33.
Baye, baron Joseph de
35, 94.
Blake, William 25.
Bocennos, fouilles
de 34.
Bristol, Angleterre 17.
Burl, A. 123.
Kerviler, A. 121, 122.
Le Rouzic, Zacharie
35, 55.
Leroux, Charles-
Tanguy 74, 75.
Lukis 43.
E-F
Eloi, saint 14.
Fergusson James 45.
Frédéric II du
Danemark 33.
Friedrich, Caspar
David 113.
M
C
Mac Pherson, James
25.
Mahé, abbé 31.
Marlborough
Downs, grès de
105.
Méen, saint 16.
Mérimée, Prosper 29,
32.
Miln, James 34, 35.
Moïse 14, 24.
Monde celtique. Le
(Jacques de
Cambry) 37.
Mortillet, Gabriel de
43.
R
Cambry, Jacques de
32, 37.
Carbone 14, datation
au 52, 52, 53.
Carnutes, forêt des 29.
Cauvin, Jacques 118.
Caylus, comte de 42,
43.
César 23.
Colt Hoare, sir
Richard 32, 33.
Constable 113.
Cunnington, W. 32.
Dahl, Johan Christian
113.
G-H
Rabelais 14, 43.
Recueil d'antiquités
égyptiennes,
étrusques, grecques,
romaines et
gauloises (comte
de Caylus) 43.
Renfrew, Colin 87.
Rivers, Pitt 33.
Robien, Christophe
Paul de 37.
Rude Stone
Monuments (James
Fergusson) 45.
Geneviève, sainte
19.
Golvin, Jean-Claude
123.
Greenwell, Canon
William 33.
Guerre des Gaules, La
(César) 23.
Hawkins, G. 125.
Historia (Olaus
Magnus) 15.
Hurle, Henry 25.
CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES 175
S
Antiquaires de
France 32.
Stonehenge Decoded
(G. Hawkins) 125.
Stukeley, William 23,
24-25, 26, 106, 106.
1 hermoluminescence,
datation par 54.
Thom, Alexander
122-123.
Toradja, cérémonies
91.
Trépanation 94-95.
Tripoli 45.
Turner, William
113.
U- V-Z
Saint-Germain-en-
Laye, forêt de 29.
Salisbury 32, 33.
Sand, George 14.
Sand, Maurice 14.
Société polymathique
du Morbihan 32, 35.
Société royale des
Ullrich, Herbert 100.
Voyages pittoresques
et romantiques
dans l'ancienne
France 28.
Ziggourats 54.
T
Tess (Roman Polanski)
127.
CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES
AKG, Paris 114-115. Archives Gallimard Jeunesse Dos de couverture, 2 e plat de couverture, 44,
48-49, 132, 137, 151. Atkinson 121b, 125. Gérard Bailloud 35d, 139. Bibliothèque nationale
de France, Paris 43b. P. Birocheau/J.-M. Large 84-85. Bodleian Library, Oxford 24g, 24d, 25h,
25b, 25m. Jean-Loup Charmet, Paris 10-11, 12, 13, 14, 15b, 16, 17, 18-19, 19g, 20-21, 23h, 23b, 30,
35m, 46h, 46b, 47, 82m, 84b, 136. Collection Londres/R. J. Davis 29. Collection, Londres/
Fay Godwin 1-9, 116. D. R. 15h, 31, 33g, 33d, 34-35, 36, 37, 38-39, 40-41, 44-45b, 45h, 45m, 52, 64-65,
70, 74g, 74d, 75b, 78d, 78b, 79h, 79m, 85h, 85b, 89h, 90-91, 93h, 96h, 106, 106-107, 107h, 116-117,
122b, 127b, 130, 131g, 131d, 134, 142, 143h, 143m, 148, 153, 154, 155, 160, 161, 163, 164, 167. Editions
d’art Jos le Doaré, Chateaulin 56bn, 56-57, 57b, 58h. Explorer 52-53. Explorer/S. Boiffin Vivier 105.
Explorer/C. Cuny 80. Explorer/A. Froissardey 92-93. Explorer/Le Coz 65. Explorer/D. Mar 73.
Explorer/Migdale 124. Explorer/G. Renoux 105b. Explorer/P. Roy 60b, 87. Explorer/P. Tetrel 50.
Explorer/H. Veiller 60-61. Gallimard/Vincent Lever 54h, 58m, 59bg, 59bd, 60h, 60m, 62, 72, 72-73.
Jean-Claude Golvin 122, 122-123. Henry Moore Foundation 144, 144-145g, 146, 147. G. Hersant
96b, 98, 99h. Hoaqui/G. Gasquet 88-89. Hoaqui/C. Vaisse 70-71h, 71. R. Joussaume 58b.
Iann Kinnes 51, 53h. J.-M. Labat 63h, 94, 95, 94-95m, 97h, 99b, 119, 152. G. Loison 82.
Magnum/Erich Lessing66, 76, 103. Mairie de Meudon, Service des Archives 138. Marta Strômberg 83.
Masset 100-101, lOlh. Jean-Pierre Mohen l«w plat de couverture, 21, 54b, 55, 95b, 118, 120-121,
1 2 1 h, 126-127, 126b, 158, 159. Musée national de Dublin 97b. Office of Public Works, Dublin 59, 77.
The Paul Getty Muséum, Los Angeles 112-113. Photo Researchers/Lawrence Mogdale 104h.
Photo Tarrotte 61b. Pierre Pitrou 28, 34h, 34m, 34b, 42, 42-43h, 42 -43m. R. Pollès 68h, 68b, 69.
Salisbury and South Wiltshire Muséum 26-27, 110-111. Sauzade 81. Scope/Charles Bowman 102,
124-125, 128. Scope/Jacques Gaillard 75d, 140-141. Scope/Michel Plassart 150. Tarrette 61b.
Victoria and Albert Muséum, Londres 108-109. Viollet, Paris 16-17, 18, 19d, 22, 67h, 67b, 71b.
Wiltshire Archaelogical and Natural History Society, Devizes 32-33h, 32m, 33b.
ÉDITION ET FABRICATION
Découvertes Gallimard
Direction Pierre Marchand et Elisabeth de Farcy.
Graphisme Alain Gouessant.
Fabrication Claude Cinquin.
Promotion & Presse Valérie Tolstoï.
Les mégalithes, pierres de mémoire
Edition Caroline Larroche (Corpus), Jeanne Hély (Témoignages et Documents).
Maquette et Montage PAO Vincent Lever (Corpus), Jacques Le Scanff
(Témoignages et Documents).
Iconographie Suzanne Bosman , Caroline Larroche.
Lecture-correction François Boisivon, Catherine Lévine.
Photogravure Mirascan (Corpus), Arc-en-Ciel (Témoignages et Documents).
176 TABLE DES MATIERES
ï LES PIERRES DE LA LÉGENDE
14 Des idoles païennes
16 Un monde surnaturel
18 Des symboles de fertilité
et de vigueur
20 Le triomphe des signes chrétiens
22 Rites et sacrifices
24 La vision de Stukeley
26 Des rassemblements d’initiés
28 Des croyances bien ancrées
II ANTIQUAIRES ET SAVANTS
32 L’invention des «mégalithes»
34 Les premières collections
36 Mégalithomania
42 Cartes, plans et coupes
44 Inventaires et publications
48 Souvenirs de mégalithes
III TROIS MILLE ANS
D'ARCHITECTURE
52 Les révélations du carbone 14
54 Des monuments antérieurs
aux pyramides
56 Les critères du mégalithisme
58 L’évolution de la chambre
sépulcrale
60 Dolmens et allées couvertes
62 L’Europe des mégalithes
64 Les pierres dressées
66 Statues-menhirs et «torre»
de Corse et des Baléares
68 Les tombes géantes
de Sardaigne
70 Temples et hypogées de Malte
72 Des tumulus géants, utilisés
pendant trois mille ans
74 Les menhirs devenus dolmens
76 Un art caché pour les morts
78 Le langage des mégalithes^
IV LE PALAIS DES MORTS
ET DES DIEUX
82 Rites funéraires
84 Sépultures et ossuaires
86 Les plus grands d’entre les morts
88 Les mégalithes du Sénégal
90 Les pierres des Toradja
92 Tombes et dieux d’Amérique
94 Traces de mort ou de guérison
96 Offrandes et symboles masculins
98 Bijoux et symboles féminins
100 Un échantillonnage
de la société néolithique
V ENTRE CIEL ET TERRE
104 La sélection des qualités
et des couleurs de roches
106 Des marques dans le paysage
112 Rêveries dans les ruines
116 Des axes cardinaux
118 Les déesses-mères
120 Un travail de titans
122 La géométrie des alignements
124 Les visées célestes de Stonehenge
126 Quel destin pour les mégalithes?
TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS
130 L’analyse de Stukeley
132 De la signification des dolmens
134 «Les pierres de Carnac sont
de grosses pierres !»
138 Le grand voyage des mégalithes
142 «Tess d’Urberville»
144 Henry Moore
148 Un temple solaire
150 Les dessins de Gavrinis
152 L’art mégalithique
156 La traction d’un mégalithe
ou la fête commandée
160 Annexes